INVITEZ A LA NOCE TOUS CEUX QUE VOUS TROUVEREZ

Is 25, 6-10 ; Ph 4, 12-14+19-20 ; Mt 22, 1-14
Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire – Année A (15 octobre 2017)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Frères et sœurs,

Comment comprendre ce qu’avait dans la tête ce roi pour qu’il ait prévu un festin si extraordinaire, qu’il ait payé le traiteur, tout préparé – ce qui est le moment le plus douloureux de la préparation des noces encore aujourd’hui – et qu’ensuite personne ne vienne, que tous ceux qui étaient les invités officiels se dérobent ? Chacun a ses occupations ! Puis ceux qui viennent ont été ramassés aux portes de la ville, nous les considérons comme des gens qui n’ont pas nécessairement la dignité suffisante pour entrer dans la salle des noces, et voilà que le roi se montre extrêmement pointilleux sur le protocole. En effet, alors que tous se sont apprêtés et habillés, il y en a un qui a dû passer entre les gouttes et n’a pas la tenue de noce. Le roi se montre impitoyable parce que l’invité avait quand même répondu à la proposition : pourquoi le roi est-il donc si sévère ?

Nous avons tendance à lire cette parabole comme une parabole des exigences de Dieu, de la manière dont Il nous impose une certaine façon de répondre : il faudrait être "dans les clous", exactement comme Il veut pour que nous puissions entrer dans la salle des noces. C’est peut-être une fausse lecture, parce que je ne crois pas que Jésus soit venu pour apporter la terreur, Il est venu pour apporter le feu sur la terre, mais le feu qui embrase le monde de son amour et de sa parole. On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi dans l’Eglise, si souvent, on a présenté le moment d’entrer dans le Royaume de Dieu comme un moment terrible. Qu’y a-t-il là derrière, pour que nous lisions cette parabole comme un texte qui nous présente Dieu si redoutable, si impitoyable, si exigeant sur le protocole ? Au fond, pourquoi avons-nous fait de cette parabole, une parabole de la terreur ?

En fait, c’est l’inverse. Quel est le fond de la parabole ? C’est Dieu qui invite l’humanité, tous sans distinction, et qui montre qu’après avoir invité ceux qui avaient une sorte de priorité, c’est-à-dire le peuple qui avait été choisi pour préparer la venue du Christ, pour les noces du Christ avec l’humanité, ceux-là ont refusé, au moins à l’époque une bonne partie d’entre eux, et Dieu n’en a pas démordu pour autant, Il a invité tout le monde.

Par conséquent, la première chose qu’il faudrait voir, c’est le problème de l’invitation. Que veut dire "inviter" ? La plupart du temps, là encore dans notre comportement humain, l’invitation entre dans les convenances. Je rends une invitation parce que l’on m’a invité, je ne peux pas me dérober à cette invitation parce que cela poserait des problèmes dans un milieu professionnel ou social : là encore, l’invitation est calculée. C’est là que le bât blesse. Comment se fait-il qu’à l’invitation de Dieu – « entrez dans le festin des noces, il y a de la place infinie pour vous, qui que vous soyez, et plus spécialement pour vous que j’invite » –, les gens se dérobent ?

L’invitation, c’est toujours la réciprocité. C’est la réciprocité de celui qui invite et qui dit : « Venez chez moi, vous y serez en toute liberté », et des autres qui acceptent ce jeu de la liberté. En vérité, cette parabole n’est pas le jeu de la contrainte de Dieu sur l’homme ou de l’homme sur Dieu. C’est précisément nous qui transformons cela, lorsque l’évangile dit que Dieu prépare un festin de noces, prépare une salle, prépare un espace pour que nous entrions et que nous vivions avec lui. Que nous est-il passé par la tête pour que nous fassions de cette parabole un lieu de crainte et de terreur ? Tout simplement, nous ne savons pas nous laisser inviter, car se laisser inviter, c’est reconnaître le cadeau qui nous est fait, le don qui nous est fait.

C’est pour cela que ce sont les gens qui sont aux portes de la ville, sur les chemins, les routards, les zonards qui répondent, parce qu’ils ont une sorte de disponibilité et de gratuité fondamentale ; si le roi les invite, ils ne vont tout de même pas refuser cela. Voilà la première chose : se laisser inviter, c’est découvrir la gratuité de l’amour de celui qui invite. Il ne faut pas répondre à l’invitation parce qu’il y a des contraintes, des exigences de politesse, il faut répondre à l’invitation parce que ça fait plaisir d’être invité, et que ça fait plaisir de faire plaisir. En fait, telle est la religion. Ce n’est pas faire ce qu’il faut pour avoir le "minimum syndical". La religion, la foi chrétienne, la vie avec Dieu, c’est reconnaître la gratuité de l’invitation et celle de notre réponse.

C’est ce qui explique, et ici l’invité n’y a pas pensé, qu’il fallait essayer de répondre le mieux possible. C’est cela la robe des noces, c’est la gratuité de la réponse. Le maître qui vous invite vous donne un joli costume, vous ne le mettez pas, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que vous vous en moquez, que vous ne voulez pas répondre avec toute la gratuité voulue à l’invitation. Il y a donc bien une cohérence dans le comportement du maître : inviter gratuitement, même ceux qui refusent, inviter gratuitement même ceux qui apparemment n’en sont pas dignes, mais au moins, que ceux qui répondent sachent que leur propre réponse doit être dans la ligne de l’accueil et de la gratuité.

Frères et sœurs, c’est un peu le sens de la vie de sainte Thérèse d’Avila dont nous faisons plus spécialement mémoire aujourd’hui avec les tambourinaires et le chœur provençal, c’est la gratuité de cette vie. Thérèse d’Avila est une maîtresse-femme d’accord, elle est très volontaire, très autoritaire, ça marche avec elle, mais pourquoi ? A cause de la gratuité de l’amour de Dieu.

Et nous les parents qui sommes aujourd’hui ici pour la catéchèse des enfants, quelle foi allons-nous leur transmettre ? La foi de la contrainte ? La foi du "il faut faire ça pour gagner son paradis", comme il faut gagner sa vie pour s’acheter une voiture ou un frigo ? Ou bien est-ce que là encore, la foi que nous allons leur transmettre est une foi de la gratuité, du bonheur d’être invité par Dieu et tout simplement du bonheur d’y répondre ?

En fait, chaque eucharistie, on s’en rend à peine compte, on ne s’en souvient même plus, est le moment où nous essayons de répondre avec le maximum de gratuité à l’invitation que Dieu nous apporte, c’est pour cela que ce n’est pas obligatoire, c’est gratuit au sens profond du terme, la simple joie de la reconnaissance d’être invité par Dieu dans son festin et dans sa maison.

Alors, frères et sœurs, que ce dimanche soit d’une certaine façon, à travers la musique, à travers sainte Thérèse d’Avila et à travers cet évangile, une occasion pour nous de renouveler le sens de notre gratuité dans la vie avec Dieu. Amen.


 
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