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UN POUR CENT D'EAU DOUCE

Is 55, 1-11

(11 octobre 1981???)

Homélie du Frère Serge JAUNET

 

Fontaine de la Place Saint Jean de Malte 

P

ermettez-moi de vous lire le début de cet article trouvé dans le journal cette semaine, et vous pensez bien que si je vous lis cela, ce n'est pas pour faire de la géographie ou de l'économie."L'eau douce, dit l'auteur, contrairement aux apparences est une denrée rare sur notre planète, très rare même, en dépit des inondations de certains fleuves comme le Gange ou des pluies abondantes certaines années. Les calculs des géographes nous disent que l'eau douce représente exactement et seulement 3% des réserves totales d'eau, le reste 97% est constitué par la masse des océans, donc de l'eau salée. Mais les calculs vont plus loin. Cette petite proportion d'eau douce est gelée à 99%. L'ensemble des fleuves, des rivières, des lacs, des nappes souterraines de toutes nos sources qui sont nécessaires à la vie, ne représente que 1% de l'eau douce du globe, le reste, ce sont les glaces du formidable Antarctique, celles du Groenland, de l'Arctique et des divers glaciers du monde. Ainsi, pour subsister, il suffit à l'humanité de 1% des 3% du total des réserves d'eau". Et l'auteur ajoute : "Il suffit, mais il faut !".

      En lisant cet article, me revenait à l'oreille cette parole entendue au début de la semaine dans une conversation : "Vous, chrétiens, votre foi, tout ce que vous faites ici dans la liturgie, dans la prière, après tout ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan." Et c'est bien vrai que ce que nous croyons, ce que nous faisons n'est rien qu'une goutte d'eau, mais peut-être que c'est la goutte d'eau, le 1% qui suffit à l'humanité mais qu'il lui faut pour qu'elle vive. En effet, on pourrait continuer à aligner les chiffres et cela a déjà été fait, où l'on nous montre, à travers toute l'humanité, la proportion de ceux qui croient au Christ, non seulement de ceux qui ont été baptisés, mais de ceux qui croient vraiment au Christ, de ceux qui croient au centre même de ce qui fait notre foi, à cette Résurrection que nous célébrons encore ce soir dans ces vigiles. Oui, les chiffres seraient bien maigres. Même si on allait plus loin, et je ne dis pas cela pour que nous soyons heureux de ce que nous faisons, mais combien en ce soir de samedi, pensent de célébrer, d'une manière ou d'une autre, dans une communauté comme ici ou dans le secret de la prière, combien pensent vraiment à célébrer ce qu'est à tout jamais pour l'humanité cette nuit du samedi au dimanche, celle de la Résurrection. Oui, c'est bien peu, c'est infime, c'est ce 1% ; c'est cette petite goutte d'eau dans l'océan d'eau salée. Et je ne sais pas si nos deux amis d'Emmaüs, en retournant vers Jérusalem, tout portés qu'ils étaient dans leur course par cette rencontre qu'ils avaient eue sur le chemin et puis à l'auberge, avec le Ressuscité, je ne sais pas s'ils se rendaient compte qu'ils étaient si peu pour annoncer cette résurrection au monde qui attendait et qui attend encore d'ailleurs cette Bonne Nouvelle : une douzaine d'apôtres moins un, quelques dizaines de disciples qui devraient partir à travers l'univers pour dire au monde ce feu qui leur avait brûlé le cœur quand ils l'avaient vu debout, Lui, Celui qui avait été crucifié, Celui qui avait été enseveli dans le tombeau. Et même si nous réfléchissons encore, si nous allons plus loin, qu'est-ce que cette résurrection après tout, celle d'un homme, un homme seulement se lève un jour d'un tombeau, un homme pour tous les temps, de toute l'humanité, un seul. Et pourtant, nous le savons, c'est là que pour nous est le salut, c'est là que pour nous est cette eau vive, cette petite goutte d'eau qui peut rendre l'univers à sa joie, qui peut rendre l'univers à ce salut qui lui est offert tout entier.

       Alors, oui, il faut que nous qui avons eu la grâce d'être appelés car c'est la seule grâce, nous n'avons pas à nous vanter d'être parmi ceux qui croient au Christ, qui croient à la Résurrection et qui plus est même, la célèbrent tous les samedis soirs, notre seule gloire, c'est de bénir le Seigneur "de nous avoir choisis pour servir en sa présence" comme nous le disons dans une prière eucharistique.

       Il faut bien que nous prenions aussi conscience que nous sommes pour l'humanité, ô non pas cette eau vive, cette goutte d'eau dont elle a besoin, car l'eau du salut c'est le Seigneur seul qui la donne, mais que nous sommes de ceux qui avons toujours les mains tendues vers la source pour recueillir comme dans les pays de montagne l'été, ces quelques gouttes qui nous désaltéreront et que nous offrirons aussi à tous ceux qui nous entourent. Cette petite goutte d'eau, ce 1% d'eau douce suffit, mais il le faut.

 

       AMEN