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JÉSUS FIXA SUR LUI SON REGARD ET IL L'AIMA

Sg 7, 7-11 ; Hb 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30
Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire – Année B (14 octobre 1979)
Homélie du Frère Michel MORIN

Jésus pose sur chacun de nous son regard et nous aime. L'eucharistie que nous célébrons chaque dimanche, c'est Jésus-Christ qui passe sur notre route, et, chaque dimanche, comme le jeune homme riche, nous accourons pour nous prosterner devant Lui et nous Lui disons : donne-nous la vie éternelle. L'évangile que nous venons de lire, c'est maintenant, pur chacun d'entre nous qu'il se réalise.

Jésus fixe son regard sur nous. Le regard que Jésus fixe sur nous est un regard plus profond, qui va beaucoup plus loin que notre connaissance de nous-mêmes. C'est le regard d'un Dieu, dont l'Ancien Testament nous a déjà appris qu'il "sonde les reins et les cœurs". Sonder, c'est aller là où on ne peut pas habituellement aller. Le regard que le Christ plonge en nous, va jusqu'à cette jointure de nos désirs et de nos craintes, jusqu'à cette moelle de nos espérances et de nos torpeurs.

Jésus fixe sur nous son regard. Jésus prend plaisir à nous regarder. C'est un regard d'admiration, un regard d'affection, un regard de contemplation, car Dieu aime, Il propose, il contemple, il nous observe. Et dans ce regard de Jésus, il y a ce qu'il y a de plus humain en Dieu, pour révéler en nous ce qu'il y a de plus divin, c'est-à-dire notre désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, de devenir Dieu. Le regard que Jésus pose sur chacun de nous est ce regard-là, d'affection, d'émerveillement, de contemplation.

Mais comme dans notre faute, comme pour Simon-Pierre, ce regard nous dévoile. Car ce regard de lumière, nous ne pouvons pas le supporter, comme le bois ne supporte pas le feu sauf s'il accepte d'être transformé en sa chaleur. Le regard du Christ est un regard qui nous éprouve, qui nous met à l'épreuve, qui nous met à l'épreuve de l'amour, de la présence de Dieu.

Nous disons parfois que Dieu nous voit, que Dieu nous connaît, que Dieu nous regarde. Mais il faut prendre garde de ne pas faire trop d'interprétations. Dieu ne nous regarde pas comme un spectateur regarde une scène de théâtre. Nous serions seuls à jouer notre rôle alors que Dieu serait en face de nous, un peu plus loin dans son fauteuil à regarder, à se réjouir ou à s'attrister. Car si Dieu était un spectateur, jamais Il ne serait monté sur la scène du monde, alors qu'Il est venu dans la chair de Jésus Christ pour parcourir ce monde et pour y jouer sa peau, son rôle de Dieu.

Le regard de Dieu n'est pas un regard qui nous scrute, qui nous épie et qui cherche nos manquements, qui calcule tous nos délits. Le regard de Dieu ne compte pas ce que nous faisons ou ce que nous ne faisons pas, autrement ce ne serait pas un regard d'amour, mais autre chose.

Pour essayer de comprendre quelle est la qualité, l'intensité de ce regard de Dieu sur chacun de nous, je voudrais prendre deux comparaisons. Dieu nous regarde comme la lentille d'un microscope. Ce regard va révéler à tout oeil exercé, toute la qualité, toute l'intensité, toute la vie, toutes les possibilités qui sont en nous, mais qui, au regard profane d'un autre œil ne peuvent apparaître.

Ou encore, et je préfère cette comparaison, le regard de Dieu sur nous est comme le regard d'un peintre impressionniste. Rien n'est changé, rien n'est ajouté, rien n'est enlevé, mais quelque chose d'insoupçonné est mis en valeur, est mis en relief, est mis en couleur, est mis en lumière, parce que dans le tableau d'un peintre impressionniste, le personnage principal c'est la lumière. Quand Dieu nous regarde, ce qui devient essentiel dans notre vie, ce n'est pas nous-mêmes mais la lumière que Dieu met en nous pour nous connaître, pour connaître les autres à sa lumière à Lui.

C'est cela l'épreuve du regard de Dieu. C'est cela que le jeune homme riche n'a pas compris. Car, voyez-vous, ce jeune homme riche était bardé de qualités. Il avait toutes les vertus, il menait une vie droite, il accomplissait la Loi, il était "parfait", et c'est justement là son mal. C'est que, à ses yeux à lui, il était parfait Il n'a pas compris qu'en donnant sa loi, Dieu ne fait rien d'autre que de donner son amour et sa vie. Il n'a pas compris que la loi, ce n'est pas soi-même ni ses oeuvres si parfaites soient elles, mais c'est Dieu et Lui seul et son regard qui nous découvre ou oui nous transforme.

La loi, pour le jeune homme riche, c'était "qu'est-ce que je dois faire ?" Son observance de la Loi, c'était "tout cela Je l'ai fait". Sa religion, c'était sa perfection. Mais, frères et sœurs, notre perfection n'est pas celle de Dieu, surtout quand elle se fait seule, avec nos bras seuls, avec nos vertus seules, avec notre volonté seule. Cela n'est pas du christianisme, cela a un autre nom, c'est de l'égoïsme.

Et Jésus le regarde et l'aime, parce que, comme le regard qui contemple, Il est ébloui par la qualité débordante de ce cœur, par la ferveur de ce garçon, et son appel n'est plus un devoir à faire mais un choix : "si tu veux. Et à ce moment-là, il s'en alla tout triste !" Pourquoi ? Parce que cette tristesse est le fruit d'un homme uniquement centré sur lui-même ; même si ce lui-même est le meilleur de ce qu'il est ou de ce qu'il fait.

Ce qu'il a manqué au jeune homme riche, ce n'est pas une vertu supplémentaire, ce n'est pas une qualité nouvelle à acquérir pour sa propre perfection, ce n'est pas une médaille à afficher à sa veste, ce qu'il a manqué à ce jeune homme riche, c'est simplement d'avoir les yeux ouverts sur quelqu'un d'autre que lui. Et il n'a pas résisté à cette épreuve du feu, la pire des épreuves, la chaleur et la lumière de la tendresse et de l'amour de Dieu. Et il s'en alla tout triste.

Frères et sœurs, cet évangile est maintenant pour chacun de nous. Allons-nous puiser notre perfection, allons-nous puiser notre loi, allons-nous puiser notre vie dans notre propre cœur ? Nous n'en récolterons que la tristesse ou le dépit. Ou alors, en répondant à l'appel du Seigneur, allons-nous puiser notre loi, notre vie, notre perfection dans la sainteté du cœur de Dieu qui nous est donnée par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ ?

Que le Seigneur Jésus illumine notre regard !

 

AMEN

 
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