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DES PÉCHEURS GUÉRIS RASSEMBLÉS DANS LA LOUANGE

2 R 5, 14-17 ; 2 Tm 2, 8-13 ; Lc 17, 11-19
Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire – Année C (12 octobre 1980)
Homélie du Frère Frère Jean-Philippe REVEL

Le miracle de la guérison des dix lépreux que nous rapporte saint Luc se déroule en quelque sorte en deux temps. Dans un premier temps les dix lépreux obéissant à la parole de Jésus qui leur a ordonné d'aller se montrer aux prêtres, sont guéris en chemin. Du côté des lépreux, cette guérison est déjà la conséquence d'un acte de Dieu, car pour venir supplier Jésus, il fallait qu'ils croient en Lui. Et quand Jésus leur dit :" Allez vous montrer aux prêtres", Il ne les guérit pas encore, Il les renvoie simplement au précepte de la Loi qui donnait aux prêtres le pouvoir, non de guérir, mais de constater officiellement si tel ou tel lépreux était malade ou s'il était guéri et pouvait donc être réintégré dans la société. Jésus ne fait donc là rien d'extraordinaire, à la limite sa réponse pouvait passer pour une fin de non-recevoir, et les lépreux auraient pu partir en se disant : "Jésus n'a pas voulu s'occuper de nous, Il nous renvoie tout simplement au précepte de la Loi de Moïse". Le fait que les lépreux soient partis, obéissant à la Parole de Jésus, est donc déjà un acte de foi. C'est donc bien comme toujours en prenant cette foi comme seule condition que Jésus guérit

La manière concrète dont Jésus s'y prend pour guérir varie beaucoup d'un miracle à l'autre : quelquefois Jésus touche le malade, lui impose les mains. D'autres fois Il fera des onctions d'huile ou des onctions avec sa salive. Quelquefois Il se contente d'une parole adressée au malade quelquefois même, Il guérit à distance, souvenez-vous par exemple, du serviteur du centurion que Jésus guérit sans même l'avoir vu. Il s'agit ici de quelque chose d'assez semblable L'intervention miraculeuse de Jésus se produit non pas quand les lépreux sont devant Lui, mais alors qu'ils l'ont quitté et qu'ils sont en chemin pour accomplir ce qu'Il vient de leur demander. Il y a donc eu comme seule condition, un acte de foi de leur part. Les dix lépreux ont cru en Jésus avec assez de force pour que cette foi ouvre leurs cœurs à la grâce vivifiante de Dieu qui veut les guérir.

Et c'est alors que le récit entre dans la deuxième phase du miracle. Sur les dix lépreux qui ont été ainsi guéris, un seul, et qui plus est, un étranger, un hérétique, quelqu'un qui ne fait pas partie de la communauté juive qui ne partage pas entièrement la foi des Juifs, un samaritain, un seul donc revient auprès de Jésus glorifiant Dieu à haute voix et venant rendre grâces pour le miracle qui s'est accompli en lui. Or Jésus exprime alors sa déception : " Et les neuf autres n'ont-ils pas été guéris ? Pourquoi ne sont-ils pas revenus ? " C'est probablement la seule fois dans l'évangile où Jésus semble déçu par l'issue d'un miracle. Serait-ce donc que Jésus se plaint de l'ingratitude des neuf autres lépreux, de leur manque de politesse puisqu'ils n'ont pas eu la délicatesse de venir le remercier ? Il ne faudrait tout de même pas frères et sœurs, que nous prenions l'habitude de réduire à ce point notre foi à une morale, et l'évangile à un manuel de savoir-vivre. Les paroles du Christ ne sont pas des conseils de bonne conduite, mais une révélation du mystère et, si nous nous référons aux autres miracles de l'évangile, il apparaît qu'en général les malades guéris ne semblent pas éprouver le besoin de revenir trouver Jésus.

Pour ne prendre qu'un seul exemple qui ressemble beaucoup au miracle que nous venons d'entendre quand Jésus guérit l'aveugle-né, il ne le guérit pas sur place, en sa présence, Il se contente de mettre sur ses yeux, un peu de boue et Il lui dit : "Va te laver à la piscine de Siloé", demandant aussi à cet aveugle une démarche qui, également semble dérisoire. Et l'aveugle croyant en Jésus, va se laver à Siloé et il y recouvre la vue. Or, on ne nous dit pas que cet aveugle soit revenu voir Jésus ; au contraire, on nous dit que c'est Jésus qui est allé à sa recherche et qui l'a rencontré à nouveau et qui lui a dit : "Celui dont tu reconnais la voix, c'est moi, maintenant tu me vois, c'est moi qui t'ai guéri". Jésus n'a donc pas reproché à cet aveugle de n'avoir pas pris l'initiative de venir le remercier. Dans l'épisode des dix lépreux, il y a donc quelque chose de plus qu'une exigence de savoir-vivre que Jésus demanderait à ceux qu'il a guéris.

En réalité, nous sommes tous ces lépreux, non point au sens de la maladie physique qui, au moins dans nos pays est, de nos jours, extrêmement rare, mais nous sommes des lépreux de cette lèpre du cœur, ce péché qui ronge notre cœur comme la lèpre ronge les chairs du malade. Et je pense qu'il est arrivé à chacun d'entre nous que la parole de Jésus nous atteigne sur le chemin de notre vie et nous avons eu assez de foi pour ouvrir notre cœur à cette parole guérissante de Jésus. Combien de fois n'avons-nous pas été guéris, c'est-à-dire convertis au fond de notre cœur ? Et pourtant, il manque encore quelque chose pour que la démarche de la grâce de Dieu en nous s'accomplisse. Il faut, comme le samaritain, que nous revenions vers le Christ, non pas simplement pour le remercier de ce bienfait qu'Il nous a donné, mais pour chanter la louange de Dieu, le bénir et le glorifier. Et ce que Jésus attendait, c'est que les dix lépreux viennent ensemble chanter cette louange de Dieu, que d'un seul cœur, d'une seule voix, ils manifestent, ils rendent visible cette grâce de conversion, cette grâce de guérison qui s'était opérée dans le secret de la vie de chacun d'eux.

Voilà ce que c'est que l'Église, frères et sœurs, nous sommes rencontrés par Dieu au plus secret de notre vie, mais il ne suffit pas que nous accueillons cette visite de Dieu. Il faut encore que nous venions ensemble pour manifester, pour rendre manifeste cette action de Dieu, pour faire éclater la gloire de Dieu et la proclamer. Et c'est cela l'Église, c'est ce rassemblement de tous ces hommes et ces femmes que nous sommes, qui avons été guéris, qui sommes chaque jour guéris de la lèpre de notre péché qui dévore et qui ronge notre cœur. Nous qui sommes chaque jour guéris par Dieu qui vient à notre rencontre, il faut que d'un seul cœur tous ensemble, nous manifestions cette oeuvre de Dieu, que nous la rendions visible au monde, pour que le monde croie, pour que le monde sache que Dieu est présent non seulement en nous, mais aussi dans le cœur de nos frères qui ne le savent pas, qui n'ont peut-être pas la foi assez profonde encore pour ouvrir leur cœur à cette guérison, à cette conversion qui leur est proposée.

L'Église, c'est ce que nous sommes aujourd'hui, maintenant, un rassemblement dans la joie, dans la louange, pour proclamer les merveilles de Dieu. Et ceci est capital, puisque c'est à ce moment-là seulement que Jésus dit au samaritain : "Ta foi t'a sauvé". La guérison n'avait pas suffi, il a fallu cette proclamation de la gloire de Dieu pour qu'il soit vraiment sauvé. Et il ne suffit pas que Dieu nous rencontre dans l'intimité de notre vie quand nous sommes seuls avec Lui à l'intérieur de notre cœur. Il faut pour que nous soyons pleinement sauvés, que nous nous rassemblions dans la joie et la louange pour que ce salut soit total et vraiment efficace. Car il ne suffit pas que, individuellement, nous soyons guéris, il faut que nous le soyons ensemble, que l'humanité et l'univers tout entier soient guéris avec nous, à travers nous, et peut-être grâce au témoignage que nous porterons de notre propre conversion. Il faut que dans l'univers entier et tout d'abord dans cette portion du monde relativement petite qui nous entoure et dans laquelle nous allons et venons chaque jour, où se trace le chemin de notre vie, il faut que dans ce monde soient proclamés les merveilles de Dieu et le désir intense que Dieu a de convertir tous les cœurs, de transformer tous les hommes en Église. Nous ne sommes que le germe de cette Eglise, sa première cellule, car l'humanité tout entière doit devenir Église. Mais déjà, petit germe, petit troupeau, nous devons être assez remplis de cette unanimité dans la louange, pour que cela se sache et se sente, pour que les hommes autour de nous le voient et que le témoignage de cette présence de Dieu atteigne leurs cœurs et à leur tour, les convertissent.

Frères et sœurs, ne soyons pas de ces chrétiens isolés qui se contentent d'une relation personnelle avec Dieu dans le secret de leur cœur. Sachons découvrir et vivre la dimension communautaire indispensable que Dieu nous propose et qui est le mystère de son Église à laquelle Il nous a appelés et à laquelle Il appelle tous nos frères.

 

AMEN

 
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