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LA RICHESSE DU CHRIST

Sg 7, 7-11 ; Hb 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30
Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire – Année B (12 octobre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Un homme riche, certains évangélistes disent le jeune homme riche, on retient souvent cela, cela doit être en fonction de l'âge au-delà, ou en-deçà des quarante ans, plus ou moins jeune certainement, et selon celui qui écrit. Bref, ce n'est pas ici l'âge de l'homme qui intéresse, c'est sa richesse. Il est tellement riche qu'on le dit dès le départ, c'est un homme riche. Jésus aussi le dit lui-même en commentant : "Il sera difficile aux riches". L'évangile précise que l'homme "repart tout triste", ou en tout cas, il s'assombrit "parce qu'il avait de grands biens". Jésus a pointé une chose : sa richesse : "Va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis, viens, et suis-moi".

Jésus ne demande qu'une chose à cet homme : "Détache-toi de ce que tu as". La belle leçon spirituelle de cet évangile, c'est le détachement. Cela dit, il est facile de dire, de prôner, le détachement, quand peut-être soi-même on a un peu moins de biens et de richesses que celui à qui il est comme fait la leçon, et l'on peut imaginer (et l'évangile ne s'en prive pas), la réaction des uns et des autres. La première réaction pourrait être celle-ci : puisque que Jésus se met en route, qu'un homme arrive, en peut imaginer qu'il y a quelques personnes de-ci, de là, et la foule comme toute foule, plus ou moins nombreuse, doit commenter en se demandant ce qui se passe, que veut cet homme, on entend le dialogue, il doit y avoir des murmures, des chuchotements, et certains disent : c'est clair, il n'a qu'à tout quitter, d'autres commentent en disant que ce n'est pas facile. Certainement, comme toute personne assistant à un petit événement, à une rencontre, avec plus ou moins de bienveillance pour ce qui se passe.

Il y a une réaction dont l'évangile ne se prive pas de parler, c'est celle des disciples. On dit qu'ils sont stupéfaits, on va même jusqu'à dire qu'ils sont surpris à l'excès avec cette parole : "Mais qui donc peut être sauvé ?"A croire que les disciples faisaient partie dur la dernière page de l'Express des fortunes multimilliardaires et que cela leur coûtait beaucoup d'avoir déjà suivi Jésus, mais en plus d'avoir à perdre tous les biens qu'ils avaient. Là aussi, une réaction des disciples à cette rencontre, qui prouve que cela ne les laisse pas du tout indifférents. Ils sont remués de l'intérieur par ce que demande Jésus.

Cela remue tellement les disciples qu'il y a une autre réaction, celle de Pierre. Vous savez qu'on le dit souvent, Pierre s'emporte assez facilement, et lui, il ne fait ni une, ni deux, il dit : moi j'ai tout quitté, je ne vais quand même pas être traité comme les autres, moi j'ai tout quitté pour te suivre, qu'allons-nous recevoir ? Et Jésus, bienveillant, va lui répondre : "Nul n'aura quitté père, mère, enfants, etc, qu'il ne reçoive au centuple". Bien l'espérance fait vivre, c'est un peu comme le loto, on a beau ne pas gagner, on rejoue à chaque fois. Est-ce de cette manière que Pierre va concevoir son attachement à Jésus, parier sur Jésus pour pouvoir gagner le centuple ? Mais il y a une autre promesse, c'est la persécution, dans le paquet cadeau, il semblerait qu'on ne puisse pas faire autrement. Mais s'il y a les richesses, on dit que l'argent ne fait pas le bonheur, certains ajoutent qu'il y contribue !

La réaction de Jésus est assez étonnante, parce qu'Il me semble un peu agacé. L'homme arrive et lui dit : "Seigneur, tu es bon, que dois-je faire ?" Jésus lui répond du tac au tac : "Il n'y a que Dieu seul qui est bon". Je trouve que c'est une réaction un petit peu vive. Il continue et dit : "Tu n'as qu'à faire ce qu'il faut faire, garder les commandements, ne tue pas, ne commets pas d'adultère, ne vole pas, honore ton père et ta mère". Et là, on peut rester admiratif, en tout cas, moi je le reste, le jeune homme répond : "Tout cela je l'ai fait dès ma jeunesse". Je suis sûr qu'il y en a beaucoup parmi nous qui ont fait tout cela dès leur jeunesse, moi j'ai parfois eu quelques difficultés, quelques tentations, je vous l'avoue, mais là, l'homme est impeccable, il est parfait. Que demander de plus ? Mais Jésus a une autre réaction, on dit : "il fixe son regard sur lui, et Il l'aima". C'est assez inattendu. Cela dit, c'est certainement un homme aimable, parce qu'avoir accompli tous les commandements, cela lui a fait faire un sacré bout de chemin, une belle route jusqu'à présent, un parcours presque sans faute. Jésus alors lui dit : "Il ne te manque qu'une chose : va, vends tous tes biens, donne-les aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis, viens et suis-moi".

Je crois que le détachement auquel Jésus appelle l'homme riche, peut paraître ensuite sentencieux. En effet, Jésus va parler de la richesse en disant : "il est difficile à un riche d'entrer dans le Royaume des cieux, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille". Là, les exégètes disent que c'est parce que l'aiguille est une porte étroite de Jérusalem et il fallait débâter les animaux pour qu'ils puissent passer. C'est vrai que cela pourrait correspondre à l'évangile, il faut se décharger de tous les biens, tel l'animal pour passer par la porte.

Mais j'ai envie de dire : c'est peut-être facile pour Jésus de dire : il suffit de se détacher de ce qui nous reste, d'un bien, ou de quelques biens, puis de le suivre. Qu'est-ce qu'Il a à perdre, Lui, Jésus ?

J'aimerais changer l'évangile. C'est vrai que cela ne se fait pas d'habitude. Je vais mélanger les personnages et je mets Jésus à la place de l'homme riche. Jésus arrive et Il voit des hommes, Il voit l'humanité, et Jésus leur dit : "Que dois-je faire pour avoir en partage votre vie ?" Un des hommes, peut-être un peu plus sage que les autres va lui dire : "tu n'as qu'à suivre Dieu". - "Je l'ai fait tout cela". - "Il ne te manque qu'une chose, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens, et suis-nous". Alors, peut-être que là, Jésus nous apparaîtra moins sentencieux. Pourquoi ? Parce que je crois profondément que c'est ce que Jésus a fait, et qu'avant de demander aux hommes de se détacher de leurs biens, et avant d'imaginer que Jésus donne une belle leçon spirituelle, Jésus l'a Lui-même accomplie. Il est venu dans l'humanité, Il est venu parmi les hommes pour partager leur vie, et comme le dit si bien l'épître aux Philippiens : "Lui qui était riche de sa divinité, riche de sa puissance, riche de son être, Il a abandonné tout cela". Il a quitté tout le bien qu'Il avait, et quand on sait que les biens, c'est Dieu, Il a quitté Dieu pour les hommes. Il a quitté cette richesse de sa divinité pour entrer dans la pauvreté de l'humanité. Et Il s'est mis en route, comme nous le dit l'évangile au départ. Il s'est mis en route, et Il s'est mis sur les routes des hommes, Il a suivi les hommes. Il les a si bien suivis, jusqu'à la porte étroite, oui, Jésus a été jusqu'à cette porte étroite qu'est la porte de la croix, et il est passé par cette porte étroite de la croix. Il est arrivé comme les animaux, Lui dont on aime à dire qu'il est l'agneau de Dieu, l'agneau qui n'ouvre plus la bouche, qui ne porte plus rien d'autre que ce qu'Il est et qui passe jusqu'au bout de la route des hommes, et l'on sait que le bout de la route des hommes, c'est le détachement complet, c'est la mort. Il est allé jusque-là. Et du coup, Il a rempli l'homme de sa vraie richesse. Il a rempli l'homme de son humanité et de sa divinité, Il a redonné à l'homme une qualité d'être, une qualité de vie que l'homme avait perdue. Jésus en faisant cela, en abandonnant tous ses biens parce qu'Il a condisciple que désormais ses biens, c'était l'humanité, il a gagné au centuple, des mères, des frères, des sœurs, des champs, des maisons. Il a gagné tout ce que nous sommes. Il a gagné note propre fraternité, Il a gagné notre propre amitié, notre propre convivialité, notre propre maison. Il est Lui, l'homme riche qui a tout vendu pour nous suivre et nous entraîner désormais à sa suite.

Stendhal écrivait dans la Chartreuse de Parme : "Dans les pires moments, il me reste moi". Cette phrase, elle est fausse même pour Jésus. Il ne lui est resté même plus lui-même : "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" parce qu'il s'est rempli entièrement de la vie des hommes et c'est cela qui est devenu pour Lui une vie éternelle de communion avec Dieu et de communion avec tous les êtres.

Cela change la lecture de cet évangile. Pourquoi ? Parce que du coup, serons-nous à la place d'une foule qui murmure ou chuchote ? Serons-nous à la place des disciples qui sont excédés ? Serons-nous à la place de Pierre qui demande quand même quelque chose parce que lui a tout quitté ? Serons-nous à la place de l'homme riche qui ne quitte rien de ses biens ? Ou serons-nous à la place de Jésus qui a tout quitté, qui nous demande de le suivre comme Lui-même nous a suivis le premier ? La réponse nous appartient. Mais puisque Jésus s'est mis en route, où que nous soyons de notre chemin, nous sommes un jour appelés à une telle rencontre. Et pour nous, puisqu'un jour, nous devrons nous détacher de toute façon de tous nos biens, nous savons que ce qui compte désormais dans notre vie, ce n'est pas tant le détachement de nos biens que l'attachement à Jésus-Christ notre Seigneur, maître bon, doux et humble de cœur.

 

 

AMEN

 

 
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