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TOUS APPELÉS AU DON DE SOI

Is 25, 6-10 ; Ph 4, 12-14+19-20 ; Mt 22, 1-14
Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire – Année A (9 octobre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Retour sur le festin de noces, un roi qui organise un banquet pour le mariage de son fils. Quelque chose de très important, qui doit mobiliser tout le royaume, quelque chose qui exige la participation de tout le royaume, car y a-t-il dans un royaume événement plus important que le mariage du fils, c'est-à-dire, de celui qui va assurer la survie, la suite, la poursuite de cette œuvre entreprise par le roi, par ce rassemblement qui s'opère. Donc, on mobilise toutes les énergies. On envoie des premiers serviteurs, on envoie une autre série de serviteurs, mais en plus, il y a un drame, ces serviteurs sont tués, alors on envoie l'armée pour réduire à néant cette poche de résistance pour que la joie soit complète, pour qu'il y ait unanimité de joie pour le mariage du fils. Et ensuite, parce que la salle n'est pas complètement remplie, que la viande risque de refroidir, alors, on part à la croisée des chemins ramasser tous les estropiés, les mal fichus. Il faut remplir la salle des noces pour que la joie du roi et de son fils soit complète.

Poursuite de la parabole, ou deuxième parabole collée à côté de celle-ci. Cet homme qui n'a pas le vêtement de noces est là par hasard, ne sait donc absolument pas pourquoi il est là, donc il ne peut pas se réjouir. Il est là, tout seul, éperdu, et finalement, il est jeté dehors.

Par une petite pirouette, je m'attarderai sur cet homme pour y voir la figure d'une catégorie de personnes extrêmement présente dans notre société, présent par leur nombre, présence par l'importance même qui leur est accordée par les médias, par la société dite de consommation, c'est la figure du célibataire. C'est celui qui est là, tout seul dans la salle de noces, et qui a l'impression quelquefois d'être rejeté, ou d'être mis au ban. Il n'a pas trouvé l'âme sœur, ou le frère sœur, ce qu'il faut comme support pour faire un beau mariage avec la belle robe, il se retrouve là tout seul. Je pense à cette rencontre que j'avais faite avec une personne, une jeune femme qui me disait : "jusqu'à vingt-six, vingt-huit ans, je le vivais normalement, ensuite, je me suis inquiétée, jusque vers trente-cinq ans, ensuite, j'ai désespéré, ensuite, je me suis résignée".

On dit qu'il y a douze millions de célibataires en France, mais que si l'on enlève les consacrés, les prêtres, si on enlève aussi les concubins, qui aux yeux de la loi sont restés célibataires, on arrive à quatre millions de célibataires. Certains le choisissent, certains développent toute une extraordinaire fécondité dans leur métier d'acteur. Mais d'autres ne le choisissent pas, d'autres se sont résignés. On parle même d'un célibat d'attente, d'un célibat définitif. Les raisons sont multiples : entre un affaiblissement du sens du lien conjugal, l'individualisme qui prévaut un peu partout, les réseaux qui étaient autrefois extrêmement ténus dans des ensembles plus petits de villages, de réseaux d'amitiés, de réseaux de patros, de réseaux familiaux qui faisaient qu'on finissait par se rencontrer. Les raisons sont très nombreuses, mais je voudrais voir avec vous, la place, mieux, envisager les célibataires comme les chercheurs de sens, comme des personnes qui sont en quelque sorte aux avant-postes du sens. Face à ce célibat parfois pas choisi, il y a bien souvent cette tentation de récupérer, parce qu'on se trouve face à des choix qu'il faut prendre seul, déménager, changer d'activité professionnelle. On se dit : si jamais je fais cela, peut-être que je ne trouverai pas le conjoint ou la conjointe ?

Face à cela, il y a la tentation de se disperser, de chercher dans une multitude d'activités, à oublier, de chercher à se dépasser mais en allant vraiment dans tous les sens. À l'inverse, d'autres vont être sensibles à développer des potentialités intérieures, à développer la richesse de la personnalité, et vont s'embarquer dans des recherches très auto-centriques. Alors, on fait le reproche aux célibataires d'être des personnes qui ne pensent qu'à elles, ou qui vivent au contraire dans une sorte de dilettantisme. Je crois qu'au contraire, et là, l'Église est passée complètement à côté pendant pas mal d'années, je crois que les célibataires ont leur place, mais si l'Église aujourd'hui propose tellement de choses pour eux, à la limite, presque plus que pour les couples aujourd'hui. Il faut voir le nombre de retraites, de pèlerinages, de propositions. L'Église a compris que ce ne sont pas seulement des personnes, qui, parce qu'elles ne sont pas mariées, ont une disponibilité plus grande et qu'on peut les embaucher pour le caté, etc … Elle a compris qu'il faut d'abord en quelque sorte, laver cette fausse culpabilité qu'il y a derrière souvent, et appeler à la responsabilité qui tient au baptême, qui tient à la vérité de cette robe que porte chacun des enfants de Dieu. La robe dont il est parlé dans la parabole du festin des invités à la noce, ce n'est pas la belle robe de mariée, la robe dont il est parlé, c'est la robe du baptême. À ce moment-là, on comprend que tous, que l'on soit marié ou célibataire, que l'on ait choisi ou non son célibat, on comprend alors qu'on est tous appelés à la sainteté. C'est-à-dire, au dépassement, au don de soi, non pas à multiplier des expériences, à multiplier des rencontres, mais à donner sa vie. Et là, on est tous appelés à cela, et c'est dans la rencontre personnelle avec le Christ et dans des engagements qui ouvrent au don de soi, que tous, quelle que soit notre situation, nous trouvons un véritable sens à notre vie.

Alors, que l'on soit dans cette assemblée, célibataire, que l'on connaît tous dans notre entourage des personnes célibataires, je crois qu'il faut pousser jusqu'au don de soi qui permet de trouver, en découvrant son identité, à découvrir aussi sa vocation profonde.

 

AMEN

 

 

 

 
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