Photos

VIVRE LA FOI, PARTAGER LA CHARITÉ, RÉVÉLER L'ESPÉRANCE

Is 45, 1+4-6 ; 1 Th 1, 1-5 b ; Mt 22, 15-21

(21 octobre 1984???)

Homélie de Monseigneur Bernard PANAFIEU

Unité et diversité

F

rères et sœurs, je reprends les paroles de l'apôtre à l'Église de Thessalonique et je les fais miennes. "Nous nous adressons à vous tous, l'Église qui est ici, à Saint Jean de Malte, qui êtes en Dieu le Père et en Jésus-Christ le Seigneur, que la grâce et la paix soient avec vous. A tout instant, nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine et que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus-Christ, en présence de Dieu notre Père."

Vous êtes, chers amis, le corps du Christ. Vous êtes une paroisse, non pas une structure administrative, mais un don de Dieu, une communion. Baptisés, confirmés, partageant la même eucharistie, recevant le même pardon, vous êtes le don de Dieu. Vivez ce don dans l'action de grâce. Considérez-vous comme des frères. Partagez la même espérance.

Soyez donc d'abord des croyants au Dieu de Jésus-Christ. L'évangile d'aujourd'hui nous le rappelle, nous sommes tentés de mélanger l'accessoire et l'essentiel et de réduire l'évangile du Christ dont nous sommes porteurs à des habitudes, à des comportements, à des idéologies. Etre croyant, c'est reconnaître en Jésus-Christ, mort et ressuscité, le Fils de Dieu, le visage du Père, c'est reconnaître que l'Esprit Saint travaille au cœur de ce monde et fait de l'Église que nous sommes le signe de l'amour et du Salut apportés par le Seigneur à tous les hommes. Je ne suis pas sûr qu'en ce temps où règnent le soupçon, la critique systématique facile, que nous allions toujours à cet essentiel. Oh, je ne prends qu'un exemple. Cette semaine, un document de Rome est venu nous expliquer que le Saint Père souhaitait que la messe selon le rite de Saint Pie V puisse être permise, selon certaines conditions dans l'Église catholique. C'est un signe de la volonté du pape et de l'Église d'ouvrir largement son cœur à tous ceux et à toutes celles qui auraient pu s'égarer sur d'autres chemins. Mais en lisant les journaux, je m'aperçois que l'on mélange tout et qu'à la limite, on met sur le même pied le rite de la célébration eucharistique ou la langue dans laquelle il faut la célébrer, et le mystère de la Trinité, c'est-à-dire le fondement même de notre foi.

De même je suis frappé de voir combien volontiers nous associons la foi à certaines idéologies. Et dernièrement dans un document de Rome sur la théologie de la libération, on nous a rappelé avec vigueur, comme doit le faire celui qui a la charge de l'unité des Églises, le pape, que la foi ne peut pas s'identifier à une idéologie, que le salut en Jésus-Christ n'est pas simplement, seulement plus de justice et de fraternité. Il n'est pas un humanisme. Il est bien plus. Il est un don de Dieu qui saisit tout l'homme, dans toutes ses dimensions, jusque dans ses dimensions d'éternité.

Alors je souhaite que nous recentrions notre foi sur ce qui en fait le fondement et le cœur. Et pour cela il m'apparaît nécessaire, et je me réjouis que vous le viviez ici, dans cette paroisse, que vous soyez une communauté de priants. Tous les jours dans cette église, les frères et un certain nombre d'entre vous, vous chantez l'office, vous célébrez l'eucharistie du Seigneur, et ce matin vous êtes rassemblés en grand nombre au nom même de la foi qui vous habite. Se recentrer sur l'essentiel c'est accueillir dans la prière ce don que le Seigneur nous fait de Lui-même et de son amour, mais c'est aussi refuser d'être des analphabètes de la foi. Il ne faut pas trop vite parler de la foi du charbonnier. Parce que nous avons une formation, parce que nous avons une culture, parce que nous sommes des riches à bien des égards, nous avons le devoir de connaître la foi de l'Église, et donc nous avons le devoir de nous former, et je suis heureux que, dans votre paroisse, il y a des moments, dans la semaine, qui sont prévus pour un enseignement, pour une formation sérieuse. Nous ne pouvons pas vivre la foi dans l'à peu près, il nous faut avoir des convictions éclairées ; il y a une intelligence de la foi et il y a une conversion de l'intelligence qui est nécessaire si nous voulons rester fidèles au Dieu de Jésus.

Communauté de Foi, soyons aussi une communauté de Charité. "Sans cesse, nous nous souvenons", dit saint Paul, "que votre charité se donne de la peine". La charité c'est d'abord un don de Dieu, c'est l'amour de Dieu en nous, la conviction que nous sommes aimés par Lui. "Je t'ai appelé par ton nom", disait-on tout à l'heure dans le livre d'Isaïe, et cet amour nous avons à le répandre autour de nous. J'en vois pour ma part actuellement deux formes privilégiées. La première c'est le pardon. Nous sommes dans une société qui est dure, difficile, où tous les problèmes risquent d'être résolus à coups de formules dures qui ne respectent plus l'homme dans ce qu'il est. Il nous faut apprendre à nous pardonner les uns les autres, au niveau du couple comme dans les rapports entre parents et enfants au niveau de la famille comme au niveau de la vie professionnelle et de la société. Le pardon, c'est ce qui, d'une certaine manière, identifie le chrétien, car on ne peut pardonner en vérité que si l'on est habité par l'amour fou de Dieu, c'est folie que de pardonner. Cela ne peut pas aller de soi.

La deuxième forme de charité qui me paraît s'imposer aujourd'hui, en un temps où la vie fait qu'un certain nombre d'hommes et de femmes, de jeunes et d'enfants, dans notre propre pays, souffrent de la misère, de la pauvreté, et pas seulement de la pauvreté religieuse, il nous faut être le visage du Christ, le regard du Christ, la main du Christ, le cœur du Christ pour les plus pauvres autour de nous.

Il y a quinze jours, j'ai rencontré Mère Térésa dans une conférence qu'elle faisait aux prêtres avec la simplicité qui la caractérise. Elle disait : "à Calcutta, un jour, nous avons ramassé un vieil homme couvert de vermine. Et la petite sœur l'a lavé et nettoyé, avec le sourire. Et cet homme ensuite est venu voir Mère Térésa et lui a dit : "Je comprends maintenant l'amour de Dieu. J'ai découvert la tendresse de Dieu à travers le sourire de la petite sœur."

Soyons pour ceux d'entre nous qui sont les plus déshérités l'amour du Seigneur. Mais la pauvreté peut atteindre chacun de nous, il y a une pauvreté qui peut atteindre aussi les riches, il y a des malheurs et des souffrances auxquels nous n'échappons pas. Et puis, comme le disait toujours Mère Térésa, on ne peut pas acheter l'amour. Alors si l'amour, c'est ce qui fait vivre, chacun de nous peut avoir, à certaines heures, le sentiment de la détresse et de la solitude. Nous avons besoin d'être vraiment, les uns pour les autres, dans la solidarité, dans la communion, le Visage, le cœur et la main du Christ.

Enfin, frères, soyons des témoins de l'espérance. "Sans cesse, nous nous souvenons que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus-Christ". Il m'apparaît qu'aujourd'hui tant d'hommes, autour de nous, sont découragés, ont perdu leur raison de vivre. Nous avons, nous les chrétiens, un message à porter, un témoignage à donner, nous sommes les préposés à l'espérance. Nous croyons que la vie a un sens, nous croyons que l'homme a une dimension éternelle. D'où la doctrine de l'Église concernant la vie à son origine comme à sa fin. L'avortement, l'euthanasie, les manipulations génétiques, devant toutes ces questions qui touchent et qui mutilent l'homme, l'Église, au nom de l'espérance qui l'habite, parce qu'elle croit que nous sommes fils de Dieu, ne peut pas accepter que l'homme soit ainsi mutilé.

Soyons porteurs de cette espérance. Nous avons un message extraordinaire, il ne vient pas de nous, et c'est pour cela que nous pouvons le porter avec beaucoup de confiance et d'assurance. Ce n'est pas notre parole, ce n'est pas simplement notre conviction personnelle, c'est la Parole de Dieu pour l'homme. Soyons ces messagers de la lumière dans un monde qui est souvent le monde des ténèbres.

"Nous le savons, frères bien aimés de Dieu, vous avez été choisis par Dieu. Vous entendez cette parole, vous avez été choisis par Dieu. Aussi l'annonce de l'évangile, chez vous, n'a pas été simple parole. Elle a été puissance et action de l'Esprit Saint".

Je souhaite que votre paroisse, comme communion dans la foi et dans l'amour, soit pour ceux qui nous entourent le signe de cette présence aimante de Dieu au cœur des hommes de notre temps.

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public