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LA PRIÈRE, TEST DE LA FOI

Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14 – 4, 2 ; Lc 18, 1-8
Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire – Année C (19 octobre 1986)
Homélie du Frère Frère Daniel BOURGEOIS

 

"Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre" ? Comme pour la plupart des paroles du Seigneur, nous savons à la simple lecture, ou du moins nous croyons savoir, ce qu'elles veulent dire. Celle-ci est particulièrement simple. Luc nous avertit dès le début : "Le Seigneur a donné cet enseignement pour expliquer aux disciples qu'il fallait prier sans se lasser". Pourtant je ne suis pas sûr que nous mesurions toute la signification de cette parabole et toutes les exigences qu'elle implique. Il suffit de constater d'abord le fait que cette veuve a "doublement" la foi. Elle a la foi en la justice de sa cause, sinon elle n'irait pas demander justice, elle sait qu'elle est dans son bon droit. Mais elle a aussi la foi en ce juge absolument inique et qui ne craint pas Dieu, ce juge qui n'a "ni foi ni loi". Or elle a foi en lui puisqu'elle fait appel à lui, même si elle sait qu'il est mauvais.

C'est précisément là que nous devrions perce­voir nos limites : aujourd'hui, dans notre monde actuel plus encore qu'au temps de Jésus, nous manquons de cette foi-là. Et la parabole est infiniment plus actuelle que nous le pensons. Nous savons qu'il faut prier, mais au fond nous avons l'impression que c'est perdu d'avance. Nous sommes façonnés dans notre menta­lité, dans notre cœur, dans notre manière de compren­dre la vie par un monde totalement organisé et pro­grammé. Quoiqu'il arrive, il y a des horaires de che­min de fer, des horaires d'autobus, des horaires d'avion. Quoi qu'il arrive, les magasins sont ouverts de telle heure à telle heure. De plus en plus toutes les contraintes, toute l'organisation de la vie en société, contribuent à nous maintenir dans le sentiment qu'à aucun moment, il ne peut sortir quelque chose de neuf ou d'imprévisible de tout cela. Nous vivons dans un monde parfaitement "prévu", organisé à la minute près, nous vivons dans un monde technique le mieux équipé possible, comme si tout l'effort de l'homme aujourd'hui c'est d'empêcher l'imprévu.

Ainsi donc, la question qui nous tient le plus à cœur et que nous pouvons peut-être même nous poser c'est : est-ce que, oui ou non, nous croyons qu'il peut y avoir encore un imprévu ? Est-ce qu'il y a encore un petit espace pour que notre prière fasse surgir dans notre monde, comme la supplication de la veuve dans le texte d'aujourd'hui, quelque chose d'inattendu et qui ne soit pas programmé ? C'est souvent cela devant quoi nous sommes mis. Notre foi en la prière est-elle vraiment une foi telle que le Seigneur nous la de­mande ? C'est sans doute la difficulté la plus moderne de la prière, pour nous.

C'est vrai que de nos jours quand un pneu de voiture est crevé, on ne se met pas à dire le chapelet et c'est raisonnable. Mais ce réflexe va beaucoup plus loin, il nous saisit totalement le cœur, il nous lie et nous empêche de croire qu'effectivement la prière est source de salut pour l'homme.

Un petit exemple parmi tant d'autres Jean Paul il a demandé que le 27 Octobre, il n'y ait pas de combats dans le monde mais comment avons-nous accepté cette demande ? Est-ce que nous nous som­mes dit : "oui même si le 27 Octobre, il n'y a pas d'attentat, en réalité ça recommencera le lendemain". Nous sommes devenus des habitués, nous ne sommes plus les témoins d'une véritable nouveauté ou, plus exactement, la nouveauté que nous cherchons, nous la cherchons dans ce qui est totalement éphémère, dans ce qui choque et dans ce qui provoque. Mais cette nouveauté profonde : le surgissement de Dieu au cœur du monde, est-ce que nous y croyons ? Croyons-nous que dans le cœur du juge inique, ce jour-là, c'est la miséricorde de Dieu qui va travailler à travers les prières de son peuple dans cette opacité et cette résis­tance du monde à la puissance de Dieu ?

Pour éclairer et affermir notre foi en la prière, la première lecture est aussi un appui et une aide. La scène se passe au moment de l'Exode lorsque le peu­ple traverse le désert, et arrive à un endroit qui s'ap­pelle précisément Réphidim, nom que l'étymologie populaire interprétait "les mains faibles", cela veut dire que le peuple était dans le désert si démuni et désemparé que juste avant, à Mériba, il avait baissé les bras et s'était révolté quand Dieu lui demandait d'avoir confiance en Lui.

Or c'est précisément à ce moment-là que l'en­nemi "héréditaire", Amalec attaque le peuple d'Israël. Avez-vous vu comment Moïse réagit ? c'est très beau. Il ne fait pas de préparatifs de bataille, mais il dit à Josué : "Va, et moi je monterai sur la montagne pour prier". Avez-vous entendu comment se déroule le combat ? Ce n'est pas le bras qui tient l'épée qui rem­porte la victoire, ce sont les bras étendus devant Dieu avec le signe dressé, ce bâton ou cet étendard qui est la prophétie de la croix. La bataille contre Amalec se déroule à deux niveaux, il y a ce qui se passe dans la plaine et il y a, invisible, inaccessible, le mystère de cet homme, de ce chef qui écarte tout simplement les bras en supplication et en prière.

Cela me rappelle une très belle histoire de Marthe Robin, au début de sa souffrance, de sa pas­sion, elle était encore très jeune, mais déjà sa réputa­tion de sainteté commençait à s'étendre dans les villa­ges alentour. Et un jour, un petit enfant de deux ou trois ans est tombé très gravement malade, le médecin tout de suite a diagnostiqué quelque chose de grave et contre quoi lui-même ne pouvait pas grand-chose. Immédiatement les parents sont allés voir Marthe Robin qui leur a dit ceci :"emmenez vite l'enfant à l'hôpital à Lyon, faites tout ce qu'il est possible de faire médicalement, et moi pendant ce temps-là je prierai".

C'est très exactement cela le mystère profond de la prière. Ce n'est pas une réalité qui bouleverse l'ordre des choses, mais qui fait surgir au cours de ce qui apparemment nous paraît irréversible, l'imprévu de Dieu. La prière est cette irruption de la puissance même de Dieu ce sont les bras de Moïse étendus sur la montagne. Apparemment il ne sert à rien. Et pourtant le déroulement du combat dans la plaine dépend de la manière dont Moïse est en supplication devant Dieu.

Je sais ce que vous me répondrez : "Ca ne marche pas toujours". Je le sais bien. Mais cependant, c'est la question de la foi telle que la pose Jésus. Nous ne connaissons pas exactement les trésors de miséricorde et d'amour que Dieu porte dans son cœur. Mais dans notre foi, la seule exigence qui nous soit demandée, c'est de nous tenir en face de ce Dieu, face à ce monde, et là, d'être à l'image de Moïse ceux qui supplient, ceux qui ouvrent le chemin de la miséricorde et des bienfaits de Dieu. Ensuite ces bienfaits et cette miséricorde viendront de la manière dont Dieu le voudra. Mais il serait grave et ce serait un manque de foi (ce que le Christ craint de rencontrer quand il reviendra sur la terre !) , ce serait purement et simplement une démission de nous rallier au monde et penser que ça n'a pas de sens d'étendre les bras et de supplier le Seigneur.

Que notre vie soit donc une vie non seulement de prière, mais surtout de priants, que nous soyons d'abord ceux qui ont le double regard de Moïse sur la montagne, qui regarde la lutte de Josué contre Amalec, et en même temps la miséricorde de Dieu qui, elle seule, donne la victoire.

 

AMEN

 

 

 
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