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RÉSURRECTION

Ps 75

(18 octobre 1981???)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS 

Finsonius : Résurrection 

L

e psaume 75 que nous avons chanté tout à l'heure est une hymne de victoire. Il traduit l'émerveillement du peuple qui est à Jérusalem, à la suite d'une victoire de Dieu. C'est là, à Sion, en Salem la cité de la Paix que Dieu "a brisé l'arc et les flèches de feu, le bouclier, l'épée et les armes de guerre". Ce qui avait été extraordinaire pour le peuple à ce moment-là, c'était de voir tous ses ennemis qui s'étaient rassemblés contre la ville de notre Dieu, qui avaient déployé leur force, avec toutes leurs armes et toute leur violence, tous ces guerriers qui étaient pleins de vaillance, tous ces hommes qui avaient le cœur plein de violence, les chars et les chevaux qui étaient prêts pour l'assaut, tout cela s'était déchaîné contre Jérusalem. Toute la force et la violence dont l'homme est capable et qui transparaît à travers toutes ces tentatives de l'humanité non seulement à l'époque où l'on assaillait Jérusalem, mais chaque fois que l'on essaye de détruire et d'anéantir l'homme et qui se manifeste toujours par la violence, par la force, par les armes.

       Or voici que ces ennemis qui s'étaient rassemblés contre la ville de Sion et contre ses remparts, n'avaient pas tenu compte d'une chose. C'est qu'en réalité, ce n'était pas un peuple qu'ils attaquaient, ce n'était pas contre une autre armée qu'ils marchaient face à face, cela n'était pas avec d'autres guerriers peut-être plus courageux ou peut-être moins courageux, en face desquels ils auraient à combattre corps à corps, c'était la cité de la paix. Et la cité de la paix, c'est là où Dieu avait voulu se manifester. Oui, Dieu s'est manifesté au milieu de son peuple en Juda. Et parce qu'il s'est manifesté en Juda, au cœur de Jérusalem, dans le Temple le lieu où brille et resplendit sa présence, il y avait fixé sa tente et sa demeure. Et ces hommes ont combattu contre une demeure. Ils ont envoyé leurs flèches avec des traits de feu. Ils ont tendu leurs arcs, ils ont déployé les boucliers, mais tout cela a été brisé, brûlé parce que Dieu avait établi sa demeure.

       Et c'est alors que le psalmiste s'émerveille : "Tu resplendis de lumière et de majesté, tu es plus puissant que les montagnes éternelles". La demeure de Dieu, c'est de la lumière. Nous autres, nous croyons qu'une demeure ce sont des murs, et en cas de guerre des remparts, mais dans le cœur de Dieu, sa demeure parmi les hommes c'est la lumière. La demeure de Dieu, c'est ce moment où Il resplendit et sa présence irradie. Alors, c'est plus fort que les montagnes éternelles, c'est plus puissant que les montagnes qui sont elles-mêmes plus fortes que des remparts, les montagnes qui entourent Jérusalem.

       Et alors, ce qui se passe, c'est une victoire, mais précisément une victoire de lumière. Ces hommes au cœur violent sont devenus la proie de Dieu. Ils ont été saisis. Eux qui envoyaient des traits chargés de feu, pour détruire et pour brûler, voici qu'ils sont devenus la proie de la lumière. A la menace du Seigneur de la lumière, les chars et les chevaux ont été saisis de terreur et de torpeur, comme un jour Saul sur le chemin de Damas avec son cheval seront saisis par cet éblouissement de la lumière qui est présence de Dieu. Et plus encore tous ces hommes au cœur violent ils ont été saisis du sommeil de la mort. C'était comme un éclair et la mort c'est toujours comme un éclair. C'est un éclair de lumière tellement violente, tellement insoutenable qu'à ce moment-là on en meurt.

       Alors devant cette victoire de la lumière, devant cette force qui s'impose par la présence de la lumière, le psalmiste s'écrie : "Toi Seigneur, qui pourrait se dresser devant ta face ?" "Nul ne peut voir ma face sans mourir." Ces guerriers qui s'avançaient contre Jérusalem et contre de murs, en réalité, c'est devant la face de Dieu qu'ils se sont dressés et quand la violence se dresse devant la face de Dieu pour se rebeller contre Lui, alors, elle est immédiatement saisie du sommeil de la mort. "Qui pourrait se dresser devant ta face quand se déchaîne ta fureur ?" car alors au moment même où la lumière de la présence et de la demeure de Dieu resplendit, alors Dieu parle et Dieu parle pour le jugement.

       Le jugement c'est le moment où la vérité est faite. C'est parce que Dieu luit d'abord dans la lumière de sa présence que la parole du jugement peut retentir. Car le jugement, c'est le moment où la vérité de chacun d'entre nous, la vérité de notre être apparaît dans la lumière de Dieu. Et si la vérité de notre être, ce n'est que la violence, la haine, alors, tout ceci est comme saisi, paralysé, figé comme le cheval et les chars qui sont frappés de stupeur.

       C'est la victoire de Dieu. Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, que ce psaume va s'achever par une sorte de petit couplet nationaliste, pour proclamer la supériorité d'Israël sur les autres nations, pas du tout. A ce moment-là, Israël reconnaît que c'est la lumière de Dieu qui a fait apparaître la vérité de la violence et qui l'a anéantie. C'est alors qu'Israël se lève devant son Dieu en disant : "Dieu se lève pour rendre justice. Que dans ses forteresses Edom te rende gloire.'' Edom c'est l'ennemi héréditaire, c'est l'ennemi dont le nom signifie"rouge", la couleur du sang et de la violence.

       Et voilà qu'au moment de la victoire, Israël ne se glorifie pas de la victoire. Il invite les nations à venir rendre gloire au Seigneur. Même les survivants de la colère, les survivants du combat, s'ils survivent c'est pour rendre gloire et pour être en fête. C'est pourquoi il faut que tous les peuples des alentours apportent au Seigneur leur offrande, car le Seigneur a coupé le souffle de ceux qui croyaient vaincre par leur propre force. C'est Lui qui inspire la terreur aux rois de la terre.

       Frères et sœurs, dans cet hymne de victoire, c'était un pressentiment de la Résurrection, et nous avons la chance de posséder dans cette église un tableau qui illustre admirablement la résurrection et ce psaume. Il n'y a qu'une tache de lumière, une tache de blancheur éclatante et c'est elle qui anéantit la puissance de la mort qui voudrait de manière totalement impuissante se déchaîner contre elle, contre sa face et contre la lumière. Nous ne pourrons jamais résister à la lumière. Notre combat c'est à la fois un combat de Jacob dans la nuit, et pourtant, mystérieusement dans cette nuit, nous combattons, ou plus exactement notre vieil homme en nous, tout chargé de péché de violence et de résistance, s'acharne contre la lumière. Saurons-nous venir et voir la Pâque du Ressuscité ?

 

       AMEN

 

 
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