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L'IMMENSE PROCESSION DES PÉCHEURS

Jr 31, 7-9

(23 octobre 1994???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Ennezat : Le Jugement dernier 

D

ebout ! Montons à la montagne de Sion vers le Seigneur notre Dieu. Le Seigneur a sauvé son peuple. Voici que je les ramène du pays du nord, je les rassemble des extrémités du monde. Parmi eux se trouvent aussi l'aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la femme qui enfante, tous ensemble, c'est une grande assemblée qui revient ici. Ils étaient partis dans les larmes, c'est dans les consolations que je les ramène. Je vais les conduire aux cours d'eau par un chemin droit. Car je suis un Père pour Israël".

       Cet oracle du prophète Jérémie que nous entendions tout à l'heure, à travers l'image du retour d'exil d'Israël, annonce cette immense procession de l'Église, l'Église qui elle aussi retourne vers son Dieu, qui marche vers le Royaume. C'est l'Église qui est représentée par ce peuple, ce peuple en marche, ce peuple qui est le reste d'Israël, qui est rassemblé des extrémités de la terre, qui est ramené dans l'allégresse par Dieu.

       La première remarque que ce texte nous invite à faire au sujet de l'Église, c'est que parmi eux se trouvent aussi l'aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la femme qui enfante. L'aveugle comme Bartimée, le boiteux comme tant d'autres malades de l'évangile. Et à travers ces aveugles et ces boiteux, c'est tous les pécheurs, ces pécheurs que nous sommes, nous dont les yeux ne savent pas voir le visage de Dieu, ne savent pas se tourner vers la lumière de Dieu, nous qui marchons toujours en trébuchant, qui chancelons sur nos jambes mal assurées, nous qui allons comme à tâtons à la recherche de Dieu et de la vie, nous sommes l'Église. L'Église, ce n'est pas un peuple uniquement composé de saints, ou plus exactement selon l'antique façon de s'exprimer, nous sommes tous ces saints de Dieu, mais des saints en route, en marche, des saints encore chancelants, encore malhabiles et maladroits, encore englués dans leur péché. L'Église c'est ce rassemblement du peuple de Dieu, de toute race, de toute nation, des extrémités de la terre, les vertueux et ceux qui le sont moins, les pauvres, les médiocres, les miséreux, les misérables. C'est cela l'Église.

       Frères et sœurs, nous sommes l'Église, mais l'Église s'étend plus loin que les limites de notre assemblée, l'Église c'est aussi nos frères et nos sœurs qui ne sont pas ici mais qui cahin-caha marchent quand même vers le but de leur vie sans trop savoir peut-être où est ce but, mais avançant comme des pauvres. Et nos frères et nos sœurs que nous croisons chaque jour dans la rue et qui ne savent peut-être pas que Dieu les aime, sont aussi aimés de Dieu et ils sont eux aussi dans cette immense procession qui, à travers les siècles, à travers les générations, s'avance, marche pauvrement, humblement.

       Et pourtant une deuxième caractéristique de cette Église en marche, c'est qu'elle marche dans la joie. "Tous ensemble, c'est une grande assemblée. Ils étaient partis dans les larmes". Combien de fois, nous ou nos frères, vivons-nous dans les larmes, dans la souffrance, dans le deuil, dans la déréliction, peut-être même dans le désespoir, mais "Je les ramène dans les consolations". Et là nous pouvons évoquer aussi cet aveugle de l'évangile qui, appelé par Jésus, bondit. Il bondit de joie et d'allégresse et il se rend vers le Seigneur qui l'appelle.

       Oui, l'Église c'est un peuple de pauvres, c'est un peuple de pécheurs, c'est un peuple misérable, mais c'est un peuple qui marche dans les consolations et dans l'allégresse parce que Dieu l'appelle, non pas parce que nous pouvons nous vanter d'être meilleurs que les autres, non pas parce que nous sommes contents de nous ou satisfaits de ce que nous sommes, mais uniquement parce que Dieu nous appelle. Dieu nous appelle si pauvres que nous soyons, si pécheurs que nous soyons, si médiocres que nous soyons, Dieu nous appelle. Et c'est cela la source de notre joie parce que c'est la source de notre confiance, c'est cela cette consolation qui vient se superposer à nos larmes, à nos souffrances, à notre misère, Dieu nous appelle. Et l'appel de Dieu suffit à nous donner la joie. L'Église c'est un peuple en marche vers la joie.

        Pourquoi cette joie ? Et bien, comme je viens de vous le dire, c'est parce que Dieu nous appelle, mais plus précisément, je pense, le texte de Jérémie nous invite à comprendre les causes de cette joie. Dieu nous appelle et Dieu nous appelle à son Royaume : "Je vais les conduire vers des cours d'eau, vers des sources d'eau vive". Ailleurs un autre prophète, le prophète Isaïe dit : "Je les conduirai vers les eaux bouillonnantes, vers les eaux jaillissantes" (Isaïe 49, 10). Les eaux, c'est-à-dire la vie. Nous sommes des vivants en marche vers la vie, car ce vers quoi Dieu nous appelle c'est vers la plénitude de la vie, c'est vers un surcroît de vie. Ce que nous vivons maintenant n'est qu'une inchoation, un commencement et c'est pour cela que nous sommes en marche et nous serons toujours en marche, car la vie ne finira jamais et elle sera toujours plus belle, toujours plus profonde cette vie que Dieu nous propose. "Ils étaient partis dans les larmes, c'est dans les consolations que Je les ramène, Je les conduis vers les eaux jaillissantes".

       Tel est le Royaume de Dieu, le Royaume de la vie, le Royaume des sources d'eau vive. Et tous nos frères qui ne savent pas qu'ils marchent vers ce Royaume ont besoin que nous leur disions que, avec eux nous sommes en route vers la source, qu'avec eux nous sommes en marche vers la Vie, que pour eux aussi il y a une promesse, il y a un Royaume, il y a une éternité de bonheur. Le bonheur est possible puisque Dieu nous y appelle, puisque Dieu nous le promet, puisque Dieu l'ouvre et le prépare chaque jour pour nous, pour nous et pour tous nos frères. L'Église, un peuple en marche vers le bonheur, un peuple en marche vers la vie. L'Église, un peuple de pauvres dans l'allégresse parce que la vie lui est promise, parce que le bonheur lui est promis.

       Et une autre cause non moins importante de la joie, de l'allégresse, de la confiance, de la consolation dans laquelle se trouve ce peuple immense qui traverse les siècles, c'est qu'il a un berger, il a un guide. Le Seigneur sauve son peuple : "Je les ramène, Je les rassemble des extrémités du monde, Je vais les conduire vers les cours d'eau". Et ici je voudrais m'attarder quelques instants sur ce que nous dit l'épître aux Hébreux, ce texte si profond, si magnifique qui nous parle, tous ces dimanches, du grand-prêtre qui nous est donné. Le texte d'aujourd'hui insiste plus particulièrement sur le fait que cette dignité de grand prêtre vient de Dieu, que même le Christ ne se l'est pas donnée à Lui-même, que c'est Dieu qui Lui a dit : "Tu es mon Fils, Je T'ai engendré, Tu es prêtre pour l'éternité". Mais si vous permettez, je vais vous lire les versets qui suivent immédiatement ce que nous venons d'entendre tout à l'heure : "Tu es prêtre pour l'éternité selon le sacerdoce de Melchisédech. C'est le Christ qui, aux jours de sa chair, a présenté, avec une clameur violente et des larmes, des implorations et des supplications à Celui qui pouvait Le sauver de la mort et qui a été exaucé en raison de sa piété, Lui qui était le Fils, Il a appris de la souffrance 1'obéissance. Et, rendu parfait, Il est devenu pour tous ceux qui Le suivent principe de salut éternel ". (Hébreux 5, 7-9).

       Oui, ce peuple qu'est l'Église, ce peuple de pauvres et de misérables en marche vers le Royaume, a un grand-prêtre, il a un chef, il a un berger. Et ce berger, ce grand-prêtre Lui-même a connu cette clameur violente et ces larmes et la mort, la mort dont Il a été délivré par sa Résurrection, mais qu'Il a endossé tout entière. Et le même texte de l'épître aux Hébreux, dans un passage que nous lisons, il y a quelques dimanches, nous disait : "Jésus, notre grand-prêtre a dû devenir en tout semblable à ses frères afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu ce grand-prêtre plein de miséricorde et de fidélité, expiant les péchés du peuple". (Hébreux 2, 11)" Et c'est parce qu'II s'est chargé de nos péchés, Lui qui est sans péché, nous  dit aussi l'épître aux Hébreux (4, 15) c'est parce qu'II s'est chargé de nos péchés qu'Il a souffert par l'épreuve et qu'Il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés". (Hébreux 2, 18)

       Oui, frères et sœurs, nous avons un grand -prêtre : Jésus, sans péché, Celui qui a appelé Bartimée, l'aveugle de Jéricho. Et ce grand-prêtre a pris sur Lui notre souffrance, nos épreuves, et parce qu'Il a souffert jusqu'au bout, jusqu'au bout de nos épreuves, Il peut venir en aide à ceux qui sont éprouvés. Parce qu'Il s'est fait pauvre et misérable comme nous, parce que, sur la croix, Il a accepté d'être délaissé, abandonné, Il a connu la déréliction, Il a connu la clameur, Il a connu le poids de nos péchés qu'Il avait pris sur Lui, alors Il peut devenir pour nous ce grand-prêtre plein de miséricorde et de fidélité qui peut nous sauver, qui peut nous arracher à notre pauvreté, à notre misère, à notre péché et nous conduire vers les eaux jaillissantes.

       Frères et sœurs, tel est le mystère de l'Église. Le mystère de l'Église, ce n'est pas celui de gens qui seraient parfaits, qui seraient sans reproche, de gens qui auraient atteint à je ne sais quelle plénitude humaine et qui pourraient se glorifier d'une réussite. Ce n'est pas cela. L'Église, c'est ce peuple de pauvres que nous sommes, ce peuple de pécheurs que nous sommes, mais qui a un grand-prêtre qui, tout parfait qu'Il est, a accepté de se mettre au nombre des pécheurs, a accepté de connaître notre souffrance et notre déréliction. Et à cause de cela, parce qu'Il est venu nous chercher au plus profond de cette pauvreté qui est la nôtre, parce qu'Il est venu se faire semblable à nous et prendre dans sa chair notre misère, à cause de cela ce grand-prêtre peut nous sauver. Il peut venir en aide à ceux qui sont dans l'épreuve. Il peut venir en aide à ces pauvres que nous sommes et entraîner cette immense foule de pécheurs et de pauvres que nous sommes jusqu'au Royaume des eaux jaillissantes, jusqu'au Royaume de la vie et du bonheur éternel.

       Frères et sœurs, ne nous imaginons pas que nous sommes supérieurs aux autres, nous sommes comme nos frères. Et Jésus qui a voulu être comme nous, nous invite à être nous aussi comme nos frères, comme tous ceux qui nous entourent, nous sentir solidaires, nous sentir capables comme eux du péché que nous commettons si souvent, mais comme eux-mêmes s'ils ne le savent pas et, il faut que nous le leur annoncions sauvés par un grand-prêtre qui a faite sienne notre misère et notre pauvreté et qui, à cause de cela, nous donne le salut et le bonheur.

       Frères et sœurs, au cours de cette eucharistie, soyons ces pauvres remplis d'allégresse qui bondissent vers le Christ qui nous appelle, nous écriant comme Bartimée : "Aie pitié de moi, Jésus, Fils de David, que je voie".

 

       AMEN

 

 
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