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LE CHRIST NOUS APPELLE A ÊTRE MAGNANIMES

Jr 31, 7-9 ; Hb 5, 1-6 ; Mc 10, 46-52
Trentième dimanche du temps ordinaire – Année B (27 octobre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

La guérison d'un aveugle n'est pas dans l'évan­gile un événement exceptionnel, à plusieurs reprise Jésus intervient pour rendre la lumière, ce qui est hautement symbolique du don de la foi, de cette lumière de l'évangile de la bonne nouvelle qui vient éclairer notre cœur aveuglé par le péché. Ce qui est caractéristique de ce récit de saint Marc, que vous avez peut-être remarqué, mais qu'une lecture plus attentive vous ferait immédiatement voir, c'est le dy­namisme qui traverse et emporte tout ce passage de l'évangile. Tout est en marche. En fait cet épisode est le dernier qui précède l'entrée messianique de Jésus à Jérusalem. Et en quelques versets avant ce que nous venons de lire il nous dit : "Ils étaient en route, mon­tant à Jérusalem. Et Jésus marchait devant eux", et ils étaient dans la stupeur, et ceux qui le suivaient étaient effrayés. Jésus est donc en marche vers Jérusalem. Et Il marche devant la foule comme pour l'entraîner à sa suite.

Il y a quelque chose de tragique dans cette montée vers Jérusalem. Chacun pressent le drame qui va se nouer, puisque tous sont effrayés par l'attitude de Jésus qui à grands pas, marche vers sa passion et vers sa mort. C'est donc au niveau du passage, en quelque sorte que Jésus va guérir cet aveugle. De fait le texte que nous venons de lire commence ainsi : "Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho, et quand ils sortent de Jéricho," on a comme l'impression qu'ils n'ont fait que traverser la ville en toute hâte, avec une foule considérable les suivant.

Or voici qu'il y avait sur le bord de la route un homme du nom de Bartimée, un aveugle assis, immo­bile au bord du chemin, en dehors du mouvement de la foule à cause de son infirmité qui lui rend difficile la communication avec les autres. Instruit par la foule que c'est Jésus le Nazaréen qui passe, Bartimée crie de toutes ses forces : "Fils de David, Jésus aie pitié de moi" ! La foule essaie de lui imposer silence, pour ne pas déranger le Maître pour quelque chose de se­condaire alors qu'on voit bien qu'il est préoccupé par des choses bien plus importantes. Mais plus on essaie de le faire taire, plus il crie et appelle Jésus. Celui-ci s'avance à grands pas sur la route et, tout à coup au milieu de ce grand élan vers Jérusalem et vers sa pas­sion, Jésus s'arrête. Et il appelle l'aveugle, Il l'appelle à sa suite. Quand l'aveugle comprend que Jésus s'est arrêté pour lui, il bondit, mais nous dit l'évangile, et se précipite vers Jésus. Là encore c'est dans la hâte, comme dans un grand élan, que Bartimée surgit de son immobilité pour se jeter vers Jésus : "Rabbouni, que je voie" ! De nouveau tout se passe très vite : "aussitôt, nous dit le texte, il recouvre la vue". Et Jésus lui dit "va" ! Il le met en mouvement. Bartimée qui était immobile sur le bord de la route, va entrer dans la marche de cette foule qui suit le Christ allant vers Jérusalem. L'évangile se termine par ces mots : "L'aveugle se mit en route à sa suite". Ainsi nous sommes pris comme dans un grand mouvement qui fait écho d'ailleurs au texte de Jérémie que nous li­sions tout à l'heure, au début de cette eucharistie, où Dieu disait qu'Il allait ramener son peuple des extré­mités de la terre et que parmi eux, il y aurait l'aveugle et le boiteux, et la femme enceinte et la femme en couches, tous ceux qui ont des difficultés à se dépla­cer seront pris dans ce grand mouvement, tous en­semble comme une grande assemblée qui revient vers Dieu dans les consolations.

Je crains que justement ce grand élan, ce dy­namisme soit ce qui manque le plus à notre vie chré­tienne. Certes nous aimons le Christ, nous croyons en Lui, nous voulons le suivre et modeler notre vie sur ce que le Christ veut nous donner, mais souvent nous le faisons, si j'ose dire à petit pas, au compte goutte, en économisant nos forces. Nous avons souvent une conception trop statique de notre vie chrétienne. Nous sommes installés dans un certain nombre de circons­tances, dans un certain nombre de données qui façon­nent les contours de notre existence et de notre vie. Et au niveau de tous ces conditionnements au milieu de toutes ces activités qui occupent notre temps et en­combrent notre existence, nous faisons une certaine place au Christ, une certaine place à la vie chrétienne. Nous essayons bien de donner à chacune de nos acti­vités une dimension évangélique. Mais ce n'est pas la totalité de notre vie qui est traversée comme par un grand courant d'air pur, nous vivons trop confinés dans nos habitudes, chacun murés dans ce qui nous semble indispensable et nécessaire et qui occupe l'es­sentiel de notre vie. Nous ne sommes pas comme cet aveugle au bord du chemin en train de crier de toutes ses forces vers le Christ. Nous ne pensons pas à l'ap­peler avec toute la puissance de notre désir de notre soif. Et le Christ qui cependant se penche vers nous, s'arrête arrête pour nous regarder, le Christ qui nous appelle pour nous guérir, pour nous donner sa lu­mière, le Christ ne trouve pas en nous cet élan qui nous ferait bondir vers Lui. Or la vie chrétienne de­vrait être une dynamique permanente, une constante générosité, une attitude de magnanimité. La magna­nimité est une vertu dont on parle peu, le vocabulaire chrétien en fait peu usage. La magnanimité cela signi­fie la vertu de la grandeur. Être magnanime c'est ne pas se faire petit, ne pas se faire mesquin ne pas don­ner son temps, sa vie son intérêt chichement, mais largement, avoir le cœur large et l'esprit large, respirer largement, être tout entier largement ouvert. La ma­gnanimité est une des caractéristiques de la vie chré­tienne, parce que c'est une caractéristique de la vie de Dieu.

Dans le livre de Jérémie que nous lisions tout à l'heure nous voyons bien cette profusion avec la­quelle Dieu veut rassembler de toutes les extrémités de la terre, tous les hommes en foule, venant de par­tout. Le rêve de Dieu est un rêve magnanime. Il a le désir de ramener vers lui la totalité des hommes pour une plénitude de bonheur. Dieu ne veut pas nous don­ner à chacun une mesure relativement appropriée à ce que serait nos forces, nos capacités. Non, Dieu nous abreuve, nous noie en quelque sorte sous la pluie de ses largesses, sous la multiplicité de ces grâces et de ses bontés. Mais il faut que nous ayons aussi le cœur et les mains assez larges pour recueillir en plénitude tout ce que Dieu veut nous donner, que nous n'avons pas seulement en train de consacrer une part de notre temps, une part de notre attention à ce que le Christ veut nous donner. C'est tout entiers que le Christ nous veut, Il veut tout de nous parce qu'Il veut nous donner tout. C'est pourquoi Il a une grande hâte de nous appeler à sa suite. Et Il désirerait que ce soit avec la même hâte, avec la même intensité, que nous nous levions, nous aussi pour venir vers Lui, pour bondir vers Lui, courir à sa suite et marcher dans son propre mystère.

Frères et sœurs, nous devons essayer de nous réveiller de cette torpeur qui nous appesantit, et qui se justifie bien sûr par toutes sortes de bonnes raisons et qui fait que nous ne donnons qu'une part de nous - mêmes au Seigneur. Nous devons laisser le Christ nous réveiller et nous mettre debout. Tous ces mots sont les mots mêmes de la Pâque du Christ, se mettre debout, se lever, se réveiller, ressusciter, c'est le même mot. Si nous voulons ressusciter de notre pé­ché, il faut que nous acceptions de nous mettre en marche à la suite du Christ. Cet évangile est un appel à la grandeur, à l'ouverture de nous-mêmes. Que nous ne soyons pas des chrétiens timides ou réservés, des chrétiens plus ou moins frileux ou étriqués, mais que nous soyons des chrétiens aux yeux grand ouvert à la lumière de Dieu.

 

AMEN

 
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