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RECEVOIR L'AMOUR DE DIEU POUR LE PARTAGER AVEC SES FRÈRES

Ex 22, 20-26 ; 1 Th 1, 5-10 ; Mt 22, 34-40
Trentième dimanche du temps ordinaire – Année A (26 octobre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, avec cette page bien connue de l'évangile, nous sommes au cœur du message de Jésus. Le premier commandement c'est : "Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit". C'est ce qu'on appelle le "shema Israël", ces versets du Deutéronome que tous les juifs pieux répètent chaque jour comme étant la Loi fondamentale de leur vie. Nous trouvons effectivement dans le Deutéronome au chapitre sixième cette phrase : "Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces" (Dt. 6, 4-5).

Nous imaginons quelquefois que l'originalité du message de Jésus consiste dans le second commandement : "Le second commandement est semblable au premier : tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Mt. 22, 39). En réalité, cette phrase se trouve aussi dans l'Ancien Testament, dans le Lévitique : "Le Seigneur parle à Moïse : Tu diras aux israélites, soyez saints, car moi le Seigneur votre Dieu, je suis saint" (Lv. 19, 1-2). Et une page plus loin : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur" (Lv. 19, 18 b). Jésus n'a pas innové ni pour le premier ni pour le second commandement. Ce que l'on a remarqué depuis longtemps, tous les commentateurs l'ont répété à l'envi, c'est que ce qui est original, ce qui est nouveau et propre à Jésus, c'est le rapprochement des deux commandements. En effet, si le premier commandement : "Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme" est comme je vous le disais tout à l'heure la phrase clé de la vie de prière d'un juif, le deuxième commandement est bien dans la Loi, mais il faut avouer qu'il est noyé dans un long texte : "Vous ne moissonnerez pas jusqu'à l'extrémité du champ, vous ne glanerez pas votre moisson. Nul d'entre vous ne commettra vol, dissimulation ou fraude. Tu ne maudiras pas un muet, tu ne mettras pas d'obstacle devant un aveugle. Vous ne commettrez point d'injustice en jugeant, etc …" (Lv. 19, 9 et 11 et 14-15) et puis : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même car je suis le Seigneur" (Lv. 19, 18b). Par conséquent, Jésus et c'est là le cœur de son enseignement, Jésus a tiré cette phrase d'un long contexte et il en a fait le second commandement qui est, dit-il, "semblable au premier".

Quelle est cette similitude entre ces deux commandements ? Vous avez peut-être été frappés que ce même Jésus qui, ici, se référant à l'Ancien Testament nous présente deux commandements : l'amour de Dieu par-dessus tout et l'amour du prochain, ce même Jésus dans l'évangile de saint Jean nous dit : "Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres" (Jn. 13, 34), comme si l'amour du prochain était le seul commandement, et Jésus a l'air de ne plus parler de l'amour de Dieu. Bien entendu, ce n'est pas ce que Jésus veut dire, ce n'est pas ce que saint Jean a voulu transcrire, mais cela nous invite à réfléchir un peu plus profondément.

En effet, la relation d'amour entre Dieu et l'homme n'est pas absente de la phrase du quatrième évangile que je viens de vous citer si nous la lisons jusqu'au bout : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn. 13, 34 b). L'amour de Dieu est bien présent : "comme je vous ai aimés". Seulement, au lieu de l'amour que nous avons pour Dieu, comme dans la formulation du Deutéronome, formulation classique de la piété juive que Jésus reprend dans le texte que nous avons lu aujourd'hui : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu" (Dt. 6, 4), ici, la relation est prise en sens inverse : "Je vous ai aimés" (Jn. 13, 34 b). Ce n'est pas : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu", mais c'est toi qui es l'objet de l'amour du Seigneur, "comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres" (Jn. 13, 34 b). Autrement dit, l'amour du prochain apparaît lié à l'amour de Dieu comme une conséquence et une conséquence de cet amour de Dieu qui, nous dira saint Jean dans sa première lettre "ne consiste pas en ce que nous aimions Dieu, mais en ce que Dieu nous aime et nous aime le premier" (I Jn. 4, 10) Je relis ce passage de la première épître de saint Jean : "Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés le premier. Biens-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres" (I Jn. 4, 10-11). L'amour de Dieu, ce n'est pas d'abord l'élan de notre cœur vers Dieu dont nous savons bien par expérience qu'il est souvent pauvre et difficile à cerner, mais c'est l'élan du cœur de Dieu vers nous. C'est fondamental. L'amour naît dans le cœur de Dieu, c'est le secret de Dieu. Dans sa même épître, Jean nous dit : "Dieu est amour" (I Jn. 4, 8). Parler de l'amour, c'est parler de Dieu, parler de ce jaillissement éternel de la relation du Père au Fils qui est l'amour par excellence, et l'Esprit est celui qui noue cet amour du Père et du Fils. Cet amour qui est Dieu, Dieu nous le donne : "Je vous ai aimés". Il nous a aimés le premier et parce qu'il nous a aimés, nous devenons capables d'aimer à notre tour. Aimer nos frères c'est en quelque sorte, faire rayonner, prolonger, multiplier l'amour que Dieu a pour nous.

Peut-être qu'en réfléchissant à ces textes, nous pourrions dire que la façon propre selon Jésus d'aimer Dieu, c'est d'accepter d'être aimés par Lui. Peut-être que notre façon d'aimer Dieu, c'est de recevoir cet amour que Dieu nous donne parce que si nous n'aimons pas, c'est que nous fermons notre cœur à ce don qui nous est fait, et qui a l'intention, ce don de Dieu, de traverser notre cœur pour rayonner sur les autres. Aussi bien saint Jean pourra dire : "Si quelqu'un dit : j'aime Dieu et qu'il déteste son frère, c'est un menteur, car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas" (I Jn. 4, 20). L'amour c'est donc de nous rendre capables de recevoir cet amour dont nous ne sommes pas les auteurs, dont nous n'avons pas la clé, que nous ne pouvons pas former par nos propres forces. Nous devons recevoir cet amour qui est un don.

Si vous avez du mal à aimer votre prochain, et Dieu sait que nous avons tous du mal à aimer notre prochain, et que l'humanité a du mal à aimer son prochain, et que partout les hommes se jalousent, se haïssent, luttent les uns contre les autres, s'entretuent, ou tout simplement nous ne tuons pas notre prochain, mais nous le regardons de loin, de haut, nous essayons de l'éviter, si c'est si difficile d'aimer notre prochain, il n'y a qu'une seule solution, c'est d'ouvrir notre cœur à la seule source de l'amour. A ce moment-là, nous serons véritablement les enfants de Dieu, nous serons vraiment les fils de Dieu, car nous dit saint Jean encore une fois : "Aimons-nous les uns les autres puisque l'amour vient de Dieu. Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu" (I Jn. 4, 7). C'est en aimant que nous devenons fils de Dieu et que nous le connaissons : "Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n'aime pas n'a jamais connu Dieu parce que Dieu est amour" (I Jn. 4, 8).

C'est donc en aimant comme Dieu nous aime, en mettant notre cœur au rythme de l'amour de Dieu, c'est ainsi que nous pouvons dire que nous aimons Dieu. Aimer Dieu, c'est agir comme lui agit à notre égard. Aimer Dieu, c'est faire se dilater notre cœur, c'est faire se répandre l'amour autour de nous. Aimer Dieu, c'est être les témoins, les messagers de l'amour que Dieu met en notre cœur pour qu'il se répande. Saint Jean pourra encore nous dire : "Dieu personne ne l'a jamais vu" (I Jn. 4, 12a). Phrase qui est déjà dans l'évangile, et qui continue : " Dieu personne ne l'a jamais vu, mais le Fils qui est dans le sein du Père nous l'a révélé" (Jn. 1, 18). Et ici dans la première épître, la phrase continue autrement : "Dieu personne ne l'a jamais vu. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et en nous son amour est accompli" (I Jn. 4, 12). Si nous voulons voir Dieu, le connaître, ce Dieu inaccessible, ce Dieu que nous ne pouvons pas étreindre, ce Dieu qui nous échappe, parce que nous n'entendons pas sa voix, parce que nous ne voyons pas sa lumière, Dieu, si nous nous aimons les uns les autres, alors, il est dans notre cœur, et nous pouvons le découvrir, le contempler, le connaître.

Frères et sœurs, que l'amour de nos frères soit pour nous à la fois la conséquence de l'amour de Dieu pour nous, et le moyen de découvrir cet amour de Dieu pour nous, et en nous laissant aimer, de devenir fils de cet amour.

 

AMEN

 

 

 

 
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