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LE COMPORTEMENT RELIGIEUX

Si 35, 12-14+16-18 ; 2 Tm 4, 6-8+16-18 ; Lc 18, 9-14
Trentième dimanche du temps ordinaire – Année C (27 octobre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Montée au Temple …

Frères et sœurs, il faut bien le reconnaître, pour le travail pastoral des curés, cette parabole est une catastrophe. Elle explique que ceux qui sont exemplaires restent au fond de l'église et ceux qui vont devant sont nécessairement des pharisiens et des hypocrites ce qui n'est pas toujours vrai. Cela explique aussi que ce n'est pas la peine de faire de longues prières puisque le pharisien en a fait quatre lignes de la parabole alors que le publicain dit simplement : "Prends pitié du pécheur que je suis". C'est un bon argument pour dire que ce n'est pas la peine d'aller prier à l'église, je dis cela dans mon coin et cela suffit, Dieu connaît mon cœur. Et la troisième chose c'est une sorte de discrédit absolu de tous les comportements religieux, car si on commence à dire : je jeûne, je suis les observances, je dis les prières, je monte au Temple, c'est mauvais signe, car on s'expose à la réprobation de Jésus-Christ et on ferait bien mieux de se tenir dans son coin, de ne pas se manifester, et surtout de ne pas annoncer la couleur. Donc, c'est le chrétien couleur muraille qui se tient en tenue camouflée dans le feuillage.

Les deux personnages ont un comportement religieux qui n'est pas le même. L'un a de la religion pour se gonfler, l'autre c'est pour un autre but. Mais ils vont tous les deux au Temple pour prier. Ce n'est donc pas une critique de la religion ou du comportement religieux comme tel. Le publicain du point de vue du comportement n'est pas du tout exemplaire, tandis que le pharisien lui, a l'impression d'être exemplaire, mais cependant, pas si exemplaire que cela puisque toute sa prière consiste à dire : "Je ne suis pas comme les autres". Je suis tellement important que je suis "moi" et personne ne peut m'imiter, je suis inimitable et absolument unique. Le pharisien est quelqu'un qui fait de la religion le centre de sa vie. Il faut que tout le monde sache qu'il paie sa dîme, qu'il suit toutes les observances de la Loi et accomplit toutes les prescriptions du culte.

Le pharisien se sert de la religion pour être ostentatoire, pour se montrer et que l'on voie bien qui il est. Mais est-ce que la religion sert à cela ? Le publicain quant à lui ne peut pas trop se prévaloir d'un comportement religieux. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'en a guère : exploiter les pauvres en les tordant jusqu'au bout pour leur extorquer le dernier sou de l'impôt, ce n'est pas la meilleure méthode pour appliquer la Loi. Ils ont un comportement absolument opposé, cela ne fait aucun doute. Mais cependant tous les deux comprennent ce comportement dans l'optique religieuse. Or, à l'époque, dire que l'on observe toutes les prescriptions de la Loi est une garantie absolue. Tandis que reconnaître que l'on ne fait rien de ce qu'il y a dans la Loi, mais que l'on va quand même au Temple, c'est purement et simplement une provocation. Dans la tête du pharisien c'est la raison pour laquelle il dit que le publicain ne devrait même pas être là.

On commence déjà à s'apercevoir que la parabole est plus subtile qu'il n'y paraît à première vue. Ce n'est pas comportement extérieur ou discret et caché, humble. C'est bien davantage. Quelle est la place de la religion dans la vie de chacun de ces personnages ? Que fait le pharisien de son observation de la Loi ? Que fait le publicain de sa non observation de la Loi ? Tout le problème est là car tous les deux veulent parler à Dieu. Dans un tout petit détail apparemment sans importance, à la fin de la parabole, Jésus dit : "Le publicain s'en retourna chez lui dans sa maison". On ne dit pas que le pharisien est retourné chez lui dans sa maison. Ce petit détail est très suggestif. La vraie différence entre les deux hommes est assez simple. Le publicain dans sa vie ordinaire est un pécheur. Quand il va au Temple, il reconnaît qu'il est un pécheur. Le pharisien, lui profite de son comportement religieux pour se faire valoir autrement qu'il n'est dans l'intimité. Ce que Jésus loue chez le publicain, c'est qu'il n'y a pas de mensonge entre sa vie à la maison et sa vie au Temple. A la maison il est pécheur, quand il va au Temple, il est pécheur. Il n'essaie pas de prendre le comportement religieux pour se blanchir comme on blanchirait de l'argent. Il reconnaît qu'il est comme ça dans la vie, et pareil devant Dieu. Tandis que le pharisien a purement et simplement oublié comment il était dans la vie. Il n'y plus chez lui, de lien entre sa manière d'être devant Dieu et aller se vanter de ses œuvres dans le temple, et d'autre part le simple fait que dans sa vie, il est comme nous tous, un pécheur.

C'est la première grande critique de la sociologie religieuse dans l'humanité. Que disent les sociologues de la religion ? ils disent que lorsqu'on veut observer une religion, on adopte un comportement public qui apporte la considération, le respect, les grâces du clergé, qui fait peut-être partie d'un jeu social. Le publicain reste un publicain, mais quand il va devant Dieu, il n'essaie pas de dire qu'il est autre chose qu'il n'est.

Frères et sœurs, je crois que c'est cela la clé de cette parabole. C'est la question qui nous est posée à chacun d'entre nous : comment vivons-nous notre exigence d'être chrétien, baptisé ? Quelle est pour nous cette marque reçue au baptême, cette identité nouvelle que Dieu nous a donné ? Sert-elle à nous décoller de la réalité humaine de ce que nous sommes ? La sainteté chrétienne est-elle comprise comme une sorte de manière de s'exposer ou de se faire valoir ? de se retrouver ou de se recomposer une nouvelle identité ? Ou bien, notre statut de baptisé ne sert-il pas à mieux découvrir la pauvreté de notre condition humaine, à la fois les limites, légitimes, et en même temps aussi la réalité du péché qui est toujours dans nos vies ? Le problème n'est pas d'avoir de la religion ou ne pas en avoir. Jésus n'a jamais dit que le comportement religieux comme tel était répréhensible. Mais c'est la première critique de la religion comme telle. Si la religion introduit une espèce de schizophrénie entre le comportement public par lequel je me fais valoir et le comportement privé dans lequel j'essaie de cacher pas mal de choses, cela devient une manipulation de notre être religieux et nous empêcher de vivre en vérité devant Dieu. Il y a chez le pharisien un certain mensonge pour faire croire qu'il n'est pas comme les autres, car il est bel et bien comme les autres, il est pécheur comme les autres. Il est faillible comme les autres, mais il se sert de son identité religieuse pour refuser de le voir.

Ce à quoi le pape appelle les hommes aujourd'hui, ce n'est pas de se détourner de la religion, mais c'est de découvrir que nous chrétiens, et nous, humains, sommes-nous aussi vrais face à nous-mêmes que nous ne le sommes devant Dieu ou réciproquement ? Où est la vérité de notre être ? Est-ce que c'est une vérité garantie sauvegardée ? Ou est-ce que ma vérité, la pauvreté humaine que je suis, la même pauvreté humaine exposée devant Dieu, est-ce que ce n'est pas cela le commencement de toute existence religieuse ? Se savoir pauvre, ce n'est pas se savoir complice, le publicain n'est pas complice de son péché, il l'avoue devant Dieu, il sait : "Prends pitié du pécheur que je suis". Mais au moins, il dit à Dieu, si cela ne dépend que de moi, je ne peux pas me transformer. Dans cet espace de l'invocation à la miséricorde, commence à se dessiner la figure de la conversion.

Frères et sœurs, qu'à travers cette parabole, nous nous interrogions sur notre comportement religieux. Il y a beaucoup de manière aujourd'hui de vivre sa foi, de vivre les exigences de l'évangile, mais il y en a une qui est plus vraie que les autres, c'est quand on est au Temple comme à la maison !

 

AMEN

 

 

 
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