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LES GESTES LIBÉRATEURS QUI PLAISENT À DIEU

Is 58, 7-10

(10 février 2002???)

Homélie du Père Hans Michaël HÜRTER

A

 première vue on pourrait prendre la première lecture du livre d'Isaïe comme une bonne leçon de morale, ce qui ne serait déjà pas si mal. Mais en fait, il s'agit de bien d'autre chose car la parole de Dieu ne veut pas être moralisante. Rappelons-nous l'époque : c'est le temps du retour de l'Exil de Babylone, et la pratique religieuse s'est remise en place à Jérusalem. De bonne foi, on s'efforce de plaire à Dieu. Mais notre prophète ici est chargé de délivrer un message qui est un peu délicat : oui, vous voulez plaire à Dieu, c'est bien ainsi, mais le culte qui plaît à Dieu n'est pas ce que vous croyez. Et en fait, le prophète adresse de lourds reproches à son peuple. Vous cherchez à vous faire bien voir de Dieu par le jeûne spectaculaire, parce que vous voulez attirer les bonnes grâces de Dieu, mais pendant ce temps, regardez vos disputes, vos querelles, vos brutalités. Et cela nous vaut l'un des textes les plus percutants de l'Ancien Testament. Un texte qui bouscule peut-être nos idées sur Dieu et sur la religion, mais là, nous avons une réponse à l'une de nos grandes questions : "Qu'est-ce que Dieu attend de nous" ? Et en fait, la réponse ne pourrait pas être plus claire.

       En quelques lignes, tout est dit ! Mais comme toujours, un texte très dense est un texte qui a été retravaillé. C'est l'Ancien Testament, la sagesse des prophètes en manière comprimée. C'est l'aboutissement de tout un discernement, de toute une sagesse. Ceci, depuis des siècles, depuis Abraham, Israël a tout essayé, par des sacrifices de toutes sortes, par des prières, des offrandes, des jeûnes, par des intérêts envers d'autres religions. Mais tout au long de ce développement de la foi d'Israël, les prophètes appelaient le peuple à ne pas se contenter simplement d'un culte, mais de vivre l'Alliance au quotidien, cette Alliance que Dieu a nouée avec son peuple. Et le signe de l'Alliance, voilà l'arc-en-ciel.

       C'est bien là le sens de ce passage, car le prophète commence par dire : "Le jeûne que je préfère n'est-ce pas ceci : dénouez les liens provenant de la méchanceté, détachez les courroies du joug". Si je comprends bien, tout geste qui vise à libérer l'homme vaut mieux que le jeûne le plus parfait et le plus courageux. Et suit le passage que nous avons entendu tout à l'heure qui nous propose des gestes très concrets du partage, c'est d'ailleurs un texte que nous allons réentendre durant le Carême. Nourrir l'affamé, désaltérer l'assoiffé, recueillir le malheureux, vêtir celui qui a froid. En un mot, secourir toutes les souffrances que nous rencontrons.

       Je vous propose trois remarques par rapport à ce passage de la Parole de Dieu. Tout d'abord, ce sont des gestes de libération, des gestes de partage que le prophète Isaïe nous recommande tout simplement car ces gestes sont l'imitation même de l'œuvre de Dieu. Israël lui-même a expérimenté l'action libératrice de la main de Dieu, et surtout, la compassion de Dieu, un Dieu qui vit avec son peuple la passion, un Dieu qui compatit, et qui a la passion pour son peuple. Ce qui lui est demandé, c'est de faire les mêmes gestes à son tour. Décidément, cela nous rappelle que l'homme est vraiment fait pour être à l'image de Dieu.

       La deuxième remarque. Qu'on ne s'étonne pas que le prophète Isaïe dise : "Si tu combles les désirs du malheureux, la Gloire du Seigneur t'accompagnera". La gloire, qu'est-ce que c'est ? C'est le rayonnement de la présence de Dieu, un Dieu qui fait route avec les hommes, qui est tout simplement là quand on a besoin de Lui. Et ce n'est pas une récompense, c'est bien mieux, c'est une réalité permanente. Car réellement quand nous réagissons et que nous agissons à la manière de Dieu par des actes qui libèrent, qui rassurent, qui encouragent, qui adoucissent les épreuves de toutes sortes, alors il nous est donné de refléter un peu de la lumière de Dieu. Vous avez peut-être remarqué l'insistance du prophète Isaïe sur la lumière : "Alors, ta lumière jaillira comme l'aurore, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi". Bien sûr il s'agit là de la lumière même de Dieu. Cela nous rappelle un adage de la tradition chrétienne : là où il y a de l'amour, là est Dieu.

       La troisième remarque : tout acte de justice, de libération et de, partage est un pas vers le Royaume de Dieu, puisque justement ce Royaume que tout l'Ancien Testament attend est le lieu de la justice et de l'amour. L'évangile de ce dimanche nous le rappelle à travers les béatitudes. Ce Royaume il est construit au jour le jour par les doux, les purs, les pacifiques, les assoiffés de justice et les miséricordieux.

       AMEN

 

 
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