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 MALHEUR A MOI SI JE N'ANNONCE PAS L'ÉVANGILE

Jb 7, 1-4+6-7 ; 1 Co 9, 16-19+22-23 ;  Mc 1, 29-39

(9 février 1997???)

Homélie du Frère Jean LEGREZ

Crépy-en-Valois : Saint Paul

L

 

es textes de la Parole de Dieu que nous venons d'entendre peuvent nous permettre de découvrir mieux, d'une part la situation dans laquelle nous sommes, nous tous qui vivons sur cette terre actuellement, et d'autre part de mieux comprendre ce qu'attend le Seigneur de nous, après tout ce qu'Il a déjà fait pour nous. En effet, dans la première lecture tirée du Livre de Job, nous avons entendu les plaintes du serviteur de Dieu, Job, face à son existence, existence touchée de plein fouet, heurtée de plein fouet par le problème du mal. Job, qui était un homme vivant dans la prospérité, perd tout et finalement le bien le plus précieux, sa santé. Il s'exprime devant son Seigneur et il constate que la vie est amère. Quoi que l'on fasse, quoi que l'on amasse, tout passe. Alors à quoi bon ? A quoi bon même vivre? Job qui est un serviteur de Dieu se retourne vers son Dieu et Lui dit : "Souviens-Toi".

       Cette attitude de Job, face à la vie, je dirais face à la dureté de notre vie, avec son cortège de malheurs et d'épreuves, est souvent la nôtre, et cela, malgré les dons que Dieu nous a faits et ne cesse de nous faire. Cette attitude de Job est fort proche, et la nôtre aussi, de celle des païens qui vivent sans espérance, sans avoir encore découvert le sens de l'existence. Mais Job se tourne vers Dieu et lui dit : "Souviens-Toi Seigneur ..."

       Frères et sœurs, le Seigneur s'est souvenu de l'humanité. Et l'évangile qui a été proclamé nous le montre, nous le rappelle. Il s'agit de quelques versets de la fin du premier chapitre de Marc, ce chapitre qui part sur les chapeaux de roue, Jésus sort du désert, prêche, guérit, chasse les démons et accomplit d'entrée de jeu, dès le début de sa vie publique, sa tâche de Messie. Jésus est venu pour libérer l'humanité de toutes les formes de maux. Il guérit la belle-mère de Pierre, en la prenant par la main, en la tirant du monde de la maladie à celui de la santé, c'est-à-dire de la vie, puis les malades de Capharnaüm Lui sont apportés et Il continue à guérir, enfin on Lui apporte les possédés, ceux qui sont liés par des esprits mauvais et Il les libère. Le lendemain Il continue en annonçant la Bonne Nouvelle, Il révèle aux hommes l'Amour du Père, Il est Lui-même " le visible du Père" qui agit auprès de chacun pour le libérer.

       Frères et sœurs, par la grâce du baptême et de la confirmation, tous, comme la belle-mère de Pierre, comme ces malades guéris, comme ces possédés libérés, nous avons été atteints par le salut du Christ et depuis nous sommes des hommes et des femmes debout, vivant de la vie même de Dieu. Cependant, libérés des puissances du mal par le baptême, nous trébuchons souvent et le monde de la mort, nous colle à la peau. Dans le monde contemporain, malgré l'événement unique du salut réalisé en Jésus-Christ, tant d'hommes et de femmes, comme Job et d'une manière souvent bien pire que Job, désespèrent. Et nous-mêmes, chrétiens, bien souvent nous ne savons pas comment nous situer face à tous les scandales, face à toutes les morosités, face à toutes les modes qui conduisent à la mort.

       Les textes de l'Écriture que nous venons d'entendre doivent nous permettre de réagir. Si nous sommes rassemblés ce matin dans cette église, poussés par l'Esprit Saint qui nous habite depuis le jour où nous sommes devenus chrétiens, c'est bien que Dieu attend de nous, qu'à la manière de Paul comme nous le rappelait le passage de la première épître aux Corinthiens, nous annoncions l'évangile. Pour nous aussi, cette annonce de l'évangile est une nécessité. Si nous tombons souvent dans la morosité, c'est bien probablement parce que nous renonçons à évangéliser. Nous sommes appelés à nous tenir dans une attitude d'espérance face à ce monde marqué par le péché, et qui a tendance, depuis le péché originel à accuser l'autre. Si je tombe dans le péché, c'est la faute de la société, c'est la faute de la mode, c'est la faute de tel ou tel agent extérieur à moi-même ! Quand nous réagissons en accusant, nous renouvelons la parole d'Ève : "Ce n'est pas moi, c'est le serpent ..."

       Par le baptême, nous avons été rendus libres de tout lien avec le péché, et, même si nous péchons, nous pouvons sans cesse retrouver la liberté des enfants de Dieu par le sacrement de la réconciliation. Alors forts de la grâce, devenir ce que nous sommes : des amis de Dieu, des amis de Dieu comblés par la grâce du salut et donc désireux de faire partager ce que nous avons reçu. Dès que nous nous replions sur nous-mêmes, et que nous n'osons plus annoncer la grâce du salut, nous tombons dans la morosité de ce siècle. Aussi pour devenir ce que nous sommes, et chaque jour davantage, des amis de Dieu, des apôtres à la manière de saint Paul, en ayant ce désir d'accomplir notre vocation qui est indispensable au monde, car nous sommes le levain dans la pâte, il nous faut mettre nos pas dans ceux du Christ.

      Quand Jésus va annoncer la Bonne Nouvelle, Il commence par se mettre à l'écart, Il se retire dans le désert et Il prie. Il prie seul. Quelle place donnons-nous quotidiennement à la prière personnelle ? Si nous ne parvenons pas à évangéliser, il nous faut nous interroger sur notre relation personnelle avec notre Père des cieux. En effet Jésus, lorsqu'Il appelle les apôtres, ne commence pas par les envoyer prêcher, il les appelle pour qu'ils soient avec Lui. Et ensuite seulement Il les envoie en mission. Pour suivre Paul et être les messagers de l'évangile du Christ il faut, avec sérieux, accepter, cela est difficile, de donner un temps raisonnable à la prière quotidienne, dialoguer avec Jésus comme avec un ami, avec le Père du Christ, dans la mouvance de L'Esprit Saint qui nous habite. Ensuite nous pourrons partir en paix.

      Certes la vocation de chacun d'entre nous n'est pas de prêcher. Paul nous dit, dans le texte qui a été lu tout à l'heure, qu'il s'est fait tout à tous. Le secret de la mission est là. Si véritablement, nous désirons répondre à notre vocation, c'est-à-dire répondre à l'Amour par l'Amour et aimer, donc désirer partager, partager avec Celui qui nous sauve, dans la prière, et partager avec tous ceux que Dieu appelle au salut, tous nos frères humains, si nous laissons déborder le trop plein d'amour que le Seigneur place dans notre cœur par sa grâce, alors nous saurons nous faire tout à tous. Évangéliser le monde contemporain, c'est être attentif d'abord à tout homme, le plus proche comme le plus lointain, c'est tellement simple que nous n'y parvenons pas. Si nous étions tout simplement capables de bienveillance, de douceur, de magnanimité à l'égard de tout être humain, nous serions les témoins que Jésus attend que nous soyons.

       AMEN

 

 

 
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