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JÉSUS, SAUVEUR DES ÂMES ET DES CORPS

Jb 7, 1-4+67 ; 1 Co 9, 16-19+22-23 ; Mc 1, 29-39
Cinquième dimanche du temps ordinaire – Année B (6 février 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, cette page d'évangile qui est tout au début de l'évangile de saint Marc, juste après la prédication de Jean-Baptiste et le baptême de Jésus dans le Jourdain, cette page d'évan­gile nous présente en quelque sorte une journée typi­que du Christ, bien différente d'ailleurs de cette jour­née de Job dont on nous parlait dans la première lec­ture, cette journée de Job qui était faite d'angoisse, de cauchemar, de souffrance. Voici que la journée de Jésus est faite d'abord de guérisons : jusque tard le soir on se presse devant la porte de la maison où Il se trouve, lui amenant les malades, les possédés et Il les délivre tous, délivrant en particulier de sa maladie la belle-mère de Pierre. Cette journée est faite aussi de prédication puisque le matin Pierre vient chercher Jésus et ils s'en vont dans toutes les bourgades de Galilée pour annoncer le Royaume. Enfin, cette jour­née de Jésus est faite de prière puisque Jésus, quand tout le monde dort encore, se lève pour aller tout seul dans un endroit écarté et y rencontrer le Père.

Par un certain côté, cette journée de Jésus est assez banale, c'est une journée faite d'activités apos­toliques, de temps de prière, un petit peu comme nous imaginons que les chrétiens fervents, les prêtres, les religieux s'efforcent de remplir leur journée avec des temps de présence à Dieu et des temps de présence à leurs frères. Mais en même temps, saint Marc a in­tentionnellement mis dans son récit quelques petits détails qui nous manifestent qu'à travers cette appa­rente banalité, en tout cas ces activités quotidiennes et ordinaires, c'est le mystère profond de Jésus qui nous est manifesté.

Et tout d'abord, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, à la fin de l'évangile quand Pierre vient chercher Jésus en disant : "tout le monde Te cherche", le village est en émoi depuis hier soir, avec toutes les guérisons que Tu as faites, tout le monde voudrait que Tu reviennes parmi nous. Jésus lui répond : "allons dans d'autres villages, dans d'autres bourgades, car c'est pour cela que Je suis sorti". Evidemment au sens immédiat cela voudrait dire que Jésus est sorti de la maison, qu'Il est sorti du village pour aller dans les villages alentour, mais ce mot : "Je suis sorti" est révélateur du mystère même de l'Incarnation, c'est le mot que Jésus emploie pour expliquer sa venue dans le monde : "Je suis sorti du Père et venu dans le monde". C'est pour cela, d'ailleurs, que nous avons chanté avant l'évangile ce verset d'Alleluia procla­mant que Jésus est sorti d'auprès du Père afin de venir jusqu'à nous. Cette sortie de Jésus, c'est donc le fait que de la gloire divine, de la plénitude du Père, Il a voulu venir dans le monde, près de nous, jusqu'à nous pour se faire tout à tous. C'est l'Incarnation du Christ qui est cette sortie, en quelque sorte, de son éternité bienheureuse pour venir marcher avec nous dans le temps, pour venir partager avec nous toutes nos joies, nos souffrances, nos soucis, toute notre quotidienneté. A travers donc cette journée un peu banale de Jésus, c'est tout le mystère de l'Incarnation qui nous est pro­posé. Jésus a voulu précisément épouser la banalité de nos existences, la quotidienneté de notre vie, Jésus a voulu être l'un de nous, indiscernable en quelque sorte, participant à tout ce que nous sommes, à tout ce que nous faisons, à tout ce que nous vivons.

Et puis, nous pouvons encore remarquer un autre détail qui, lui aussi, a une signification mysté­rieuse, c'est quand Jésus guérit la belle-mère de Pierre, il est dit que : " Il la prit par la main et la fit se lever ", ce mot lui aussi a un sens immédiat, elle était couchée puisqu'elle avait la fièvre, elle était au lit et Jésus, en la guérissant, lui permet de quitter cette po­sition couchée du malade pour reprendre sa place parmi les bien-portants. Mais ce mot : "la fit se lever", c'est le mot même qu'emploie l'évangile pour parler de la Résurrection du Christ. Quand le Christ ressus­cite, Il se lève du tombeau, Il se lève du sommeil et de la maladie de la mort et Il reprend place parmi les vivants ou, plus exactement, Il ouvre une place nou­velle dans la vie véritable. Et ainsi cette œuvre par laquelle Jésus guérit la maladie de la belle-mère de Pierre est une annonce de sa Résurrection. Par consé­quent cette journée du Christ est intentionnellement, aux yeux de Marc, l'expression du mystère de Jésus sortant du Père pour venir jusqu'à nous et venant nous réveiller de notre sommeil, nous faire nous lever de notre souffrance, de notre maladie et de notre péché, pour nous ressusciter avec Lui dans une vie nouvelle.

Est-ce à dire que ce récit n'a d'intérêt que par ses allusions à l'Incarnation du Christ et à sa Résur­rection ? Ce serait, je crois, se tromper gravement sur l'évangile, la façon dont il est écrit et ce qu'il veut nous dire que de ne nous intéresser qu'à ce mystère suggéré et de laisser de côté le détail concret de ce récit. Car si Jésus est sorti du Père pour venir jusqu'à nous, si Jésus nous prend par la main pour nous faire nous lever, c'est non pas parce qu'Il ne s'intéresserait qu'à un mystère transcendant et qu'Il voudrait en quelque sorte nous sortir de ce monde pour nous faire entrer dans l'éternité. Jésus précisément est venu au cœur de notre monde pour être l'un de nous et pour partager notre quotidienneté dans ce qu'elle a de plus ordinaire et de plus matériel. Par conséquent la pré­sence du mystère de l'Incarnation et du mystère de la Résurrection n'évacue pas la quotidienneté de cette journée de Jésus. Au contraire elle lui donne toute sa dimension, mais en lui gardant ce caractère ordinaire, quotidien, actuel, matériel.

Vous l'avez sans doute remarqué, dans ce passage comme dans tout l'évangile, Jésus ne se contente pas de prêcher aux foules, Il s'occupe avec soin de toutes les détresses. Jésus, jusque tard dans la nuit, a passé son temps à recevoir, un par un, les ma­lades, les possédés, tous ceux qui sont dans la souf­france, tous ceux qui sont dans l'angoisse et à chacun Il apporte la guérison, Il apporte la consolation, le salut, Il apporte une lumière dans sa nuit. Jésus, le Sauveur, n'est pas venu uniquement pour s'occuper des âmes, Il n'est pas venu simplement pour s'occuper de ce qu'il y a en nous de plus spirituel. Et notre foi chrétienne qui se fonde sur l'évangile, qui se fonde sur ces récits de la vie de Jésus, n'est pas une religion spirituelle. On dit quelquefois que le christianisme est un spiritualisme, c'est une façon tout à fait superfi­cielle de parler de notre foi. Non, notre foi n'est pas un spiritualisme au sens où elle évacuerait toute considération quotidienne, matérielle, corporelle, de nos soucis qui remplissent chacune de nos journées. Le christianisme est une foi qui prend l'homme tout entier. Certes elle s'adresse à notre cœur, certes elle s'adresse à notre esprit, elle est une foi qui veut nous faire entrer dans le mystère de Dieu, elle est une foi qui veut nous attirer dans la profondeur de la vérité et du sens de la vie. Mais rien n'est négligé de ce qu'il y a de plus corporel et de plus matériel dans notre vie. Tout cela est assumé. Si le Christ est venu, c'est pour nous sauver tout entier, pour nous sauver dans notre cœur, dans notre esprit, mais aussi dans notre corps. Et voyez à travers tout l'évangile, et cette page en est un bon exemple comment Jésus est attentif à la souf­france humaine, à la souffrance corporelle, à la mala­die, à la souffrance physique. C'est là que Jésus fait porter tout son soin toute son attention, Il y passe tout son temps, il ne considère pas que ce serait du temps perdu que de venir tenir la main d'un malade, que de venir lui apporter une parole de douceur et de conso­lation que de venir lui apporter la santé et la vie, la force. Il ne néglige pas cet aspect de nous-mêmes. Au contraire, Il s'y donne tout entier car aux yeux du Christ, aux yeux de Dieu, aux yeux de notre foi, notre être corporel et notre être spirituel font une seule ré­alité. Et s'occuper du corps de l'homme, du corps de l'homme malade, s'occuper de la quotidienneté de la vie de l'homme, c'est la même chose que de s'occuper de son salut, c'est la même chose que de s'occuper de son appel à l'éternité et à la présence de Dieu en lui.

Jésus veut établir cette communion profonde entre l'homme et Dieu que nous appelons le "salut" non seulement au niveau le plus intérieur et le plus élevé de nous-mêmes, mais aussi dans tout ce qu'il y a de plus ordinaire et de plus quotidien dans notre vie, c'est notre être tout entier qui est appelé à cette com­munion avec Dieu. Et si nous sommes croyants, c'est notre chair, c'est chacune des actions de nos journées, c'est tous les actes que nous posons, même tout ce qui nous semblerait secondaire ou superficiel, c'est toute notre activité la plus matérielle, la plus profession­nelle, la plus quotidienne, la plus ménagère, tout cela est rempli de la présence de Dieu parce que c'est là que le salut nous est proposé, c'est là que Jésus veut nous sauver, et Il veut nous sauver dans notre être de tous les jours.

Et le baptême que nous allons donner mainte­nant à Florian et à Juliette n'est pas un baptême qui serait adressé en eux à quelque chose d'éthéré, à quel­que partie d'eux-mêmes immatérielle et incorporelle, ce n'est pas une évasion hors du monde à laquelle le baptême les invite. Au contraire c'est une incarnation dans la quotidienneté de leur vie et c'est là que Jésus veut les accompagner, c'est là que Jésus va leur don­ner son Esprit pour que cet Esprit saint les remplisse non pas simplement quand ils prieront, non pas sim­plement quand ils s'occuperont de vie spirituelle ou de vie religieuse, mais pour que le saint Esprit soit avec eux à tous les instants de leur vie, dans tout ce qu'ils feront, dans toutes les choses les plus humbles et les plus modestes qu'ils accompliront. C'est leur être tout entier qui est sauvé et si leur corps est trempé dans l'eau, ce n'est pas simplement un signe, un symbole que leurs âmes sont en quelque sorte immergées dans la présence de Dieu, mais cela veut bien dire que cette présence de Dieu les remplit tout entiers, leur âme et leur corps, et ce corps qui va être plongé dans l'eau, c'est lui aussi qui est l'objet de la miséricorde, de la tendresse, de l'attention de Dieu, c'est lui aussi qui est sauvé.

Frères et sœurs, ayons une foi qui tienne toute notre vie, ayons une foi qui se répande dans tous nos membres, ayons une foi qui soit aussi bien celle de nos mains et de nos pieds et de toutes nos activités que celle de notre cœur et de notre esprit. Ayons une foi qui envahisse notre existence complète et qui, tout entière, la remplisse de la présence de Dieu et la consacre à cette présence de Dieu pour que nous soyons sauvés dans le bonheur éternel, tout entier, avec notre corps et notre âme.

 

 

AMEN

 

 
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