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SINON C'EST POUR RIEN QUE NOUS SOMMES DEVENUS CROYANTS

Is 6, 1-2 a + 3-8 ; 1 Co 15, 1-11 ; Lc 5, 12-11
Cinquième dimanche du temps ordinaire – Année C (8 février 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Vous sentez-vous concernés par le message de l'évangile ? On peut espérer, lorsqu'une communauté chrétienne se rassemble, comme la nôtre, que si elle participe à l'eucharistie, c'est parce que, comme nous le faisons maintenant, elle écoute la Parole de Dieu, elle l'entend et y ré­pond. Autant dire que notre assemblée n'est chré­tienne, n'est croyante que si elle se sent concernée par le message de l'Évangile. Alors nous sentons-nous concernés par l'appel que nous recevons, appel qui est bien le thème de cette célébration où l'on voit le pro­phète Isaïe, l'apôtre Paul, les disciples et plus particu­lièrement Pierre répondre à la Parole de Dieu et à sa manifestation. En effet Isaïe voit la gloire de Dieu dans le Temple, cette gloire qui remplit tout le Tem­ple, et il finit par dire : "moi, je serai ton messager".

Saint Paul raconte qu'Il a vu le Christ ressus­cité, il est le dernier et il a répondu à cette vision du Christ ressuscité en prêchant l'évangile et il constate une chose : c'est qu'il a annoncé la Parole aux croyants mais ce qui s'est réalisé en lui, c'est la grâce de Dieu qui lui a permis de le réaliser : "Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu". Et saint Pierre, dans son travail ordinaire, celui qui consiste à vivre du commerce des poissons qu'il va pêcher tous les jours, a vu le miracle de la pêche miraculeuse et, il s'est laissé interpeller par la parole de Dieu. Et le Seigneur lui dit : "Va au large, sois sans crainte".

Vous pourriez me répondre : "Oui ce sont des appels, mais ce sont des appels à des messagers très particuliers, ceux qui doivent porter la parole de Dieu, ceux qui sont désignés pour la porter". Et votre esprit faisant vite le calcul dira : "ça concerne les prêtres". Alors peut-être qu'il faudrait nous rappeler ce que dit saint Paul aux Corinthiens : "Cet évangile, vous l'avez reçu et vous y restez attachés, vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l'ai annoncé. Autrement c'est pour rien que vous êtes de­venus a croyants".

Frères et sœurs, la Parole de Dieu n'est pas que pour le prêtre ou annoncée par le prêtre. La Pa­role de Dieu est faite pour tous les croyants dont le prêtre n'est qu'un membre parmi d'autres, ce qui signi­fie que l'appel, la réception, garder la parole et la transmettre appartient à l'Église en entier et à nous en particulier. C'est la vocation même du baptisé. Le baptisé, lorsque lui est faite l'onction de saint chrême, on affirme bien : Il est prêtre, il est prophète, il est roi", c'est-à-dire "il a la plénitude de toutes les mis­sions de cette Parole et de cette communion à Dieu", sinon c'est pour rien que vous êtes devenus croyants, ça ne sert à rien d'être là si l'on n'a pas conscience que chacun d'entre nous vit, répond et annonce cette Pa­role de Dieu, sinon ça ne sert à rien d'être croyant. Alors vous pourrez me répondre peut-être que vous êtes faibles, vous êtes pécheurs, vous pourrez peut-être me répondre que vous n'en avez pas les moyens, le temps, personne n'a le temps, que vous ne savez pas parler, vous n'êtes pas les seuls, ou que vous ne savez pas, c'est une erreur de ne pas savoir.

Frères et sœurs, il y a des messagers qui nous ont précédés et qui ont dit la même chose que vous. Isaïe a dit : "J'ai des lèvres impures et je fais partie d'un Peuple aux paroles impures". Je ne ferai pas le compte des paroles impures de notre communauté, des calomnies, des on-dit et autres choses, je ne vois pas en quoi le Peuple hébreu aux paroles impures serait plus favorisé que nous, chrétiens, qui restons aussi un Peuple aux lèvres impures. Paul dit bien : "Je suis un avorton", un mot très fort " je ne suis rien, je suis un imbécile", au vrai sens du terme, cela ne l'a pas empêché d'aller jusqu'au crime. Et pourtant ! Et Pierre lui-même reconnaît : "Je suis un homme pécheur, éloigne-toi de moi, Seigneur". La belle affaire ! Oui, combien de fois nous servons-nous de notre péché, de notre fragilité pour dire au Seigneur : "Éloigne-Toi de moi". Seulement on ne se débarrasse pas du Seigneur comme cela. Si nous sommes devenus croyants, c'est justement parce que nous avons vu peut-être et certainement au long de notre vie les signes, la manifestation, la présence de Dieu, sinon nous ne serions pas là.

Certes, signes, manifestations et présence de Dieu vécus dans l'encombrement d'une multitude de soucis et de difficultés, de poids et de souffrance, de mort et de trahison, mais il n'empêche que le chrétien, c'est celui qui sait relire, qui sait percevoir les signes de notre temps au-delà des limites, sinon ça ne sert à rien d'être devenu croyant. Mais plus encore, c'est justement parce qu'on a vu ces signes, c'est justement parce qu'on a vu la gloire de Dieu, c'est justement parce qu'on reconnaît la présence du Seigneur et même son absence est parfois une manifestation di­vine, qu'alors nous nous rendons compte combien ça nous dépasse, combien nous sommes fragiles, pé­cheurs, avortons. Mais, frères et sœurs, s'il y a bien un message qui doit nous dépasser, c'est celui de Dieu, parce que le message de Dieu n'est pas une mode, n'est pas un mensonge sur nos panneaux publicitaires. Le message de Dieu, c'est sa parole, c'est son Fils donné, c'est l'incarnation même d'une parole créatrice et qui donne vie. Si nous n'en avons pas conscience, cela ne sert à rien d'être devenu croyant.

Mais allons plus loin, c'est parce que nous re­connaissons que nous sommes pécheurs que nous pouvons être messagers, que nous pouvons vivre de cette parole, que nous pouvons croire à cette parole, que nous pouvons annoncer cette parole. Pourquoi ? parce que cette parole est une parole de Salut. Or pour qu'il y ait salut il faut qu'il y ait quelque chose à sau­ver, et ce quelque chose à sauver, c'est notre histoire, c'est notre vie, c'est nos affections, c'est nos désirs. Et cela, c'est tout ce que le Seigneur nous propose. Oui, Isaïe a reconnu son péché, lui le prophète aux lèvres impures, et il finit par dire : "Je serai, moi, ton mes­sager". Son péché a été purifié par un charbon brûlant qui ne le brûle même plus. Oui, saint Paul a reconnu son péché : "J'ai été persécuteur de l'Église". Et il le dit bien : "Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu". Pierre aussi reconnaît son péché : "Éloigne-toi de moi, Tu perds ton temps" - "Va au large, sois sans peur, n'aie pas crainte, Je ferai de toi un pécheur d'hommes".

Frères et sœurs, à chacun d'entre nous, parce que justement nous sommes sauvés, et sauvés de ce péché qui nous taraude à chacun d'entre nous parce que Dieu se manifeste et nous renvoie à notre fragi­lité, Dieu nous propose d'être ses messagers, ses ins­truments, dans la fragilité, dans la faiblesse de ce que nous sommes tout simplement. Et c'est cela l'enjeu de l'appel, de l'annonce ou de la mission aujourd'hui. C'est cela l'enjeu du salut pour le monde, encore faut-il avoir reconnu ce salut pour nous, pauvres instru­ments que nous sommes, mais on peut affirmer "moi, je serai ton messager". Pauvres instruments qui ne correspondent pas à ce qu'il faudrait qu'on soit. Mais le Seigneur nous dira comme à saint Paul : "Ma grâce te suffit, ce que tu es, tu l'es par grâce". Pauvres ins­truments qui nous arrêtons à notre péché, qui d'ail­leurs nous servons de notre fragilité et de notre péché pour ne pas aller plus loin. On s'accommode plus fa­cilement de notre péché que de la grâce de Dieu puis­que la grâce de Dieu, si elle nous sauve, elle nous appelle, elle nous bouscule, elle nous fait avancer. Justement "avance, va en eau profonde, n'aie pas peur".

Frères et sœurs, si se rassembler aujourd'hui, ce dimanche, a un sens pour nous, croyants, ce sens n'est à trouver que dans le fait que le Seigneur nous sauve, qu'Il se manifeste à nous, qu'Il ne S'arrête pas à notre péché, mais qu'II nous demande justement d'al­ler plus loin, d'avancer. Autant dire que, si aujourd'hui nous célébrons le Christ ressuscité, c'est bien parce qu'il a fallu entendre l'appel et la Parole du Seigneur pour chacun d'entre nous, garder cette parole du Sei­gneur comme le trésor le plus profond et ensuite avancer avec tout ce que nous sommes grâce à cette parole de Dieu qui nous aide à aller plus loin, ne nous sépare pas du monde, mais au contraire nous appelle à être simplement ses messagers.

Frères et sœurs, pouvons-nous aujourd'hui re­connaître, comme le dit saint Paul, que ce que nous sommes, nous le sommes par pure grâce, que ce que Isaïe a vécu et a dit, nous aussi, nous pouvons le re­dire : "Moi, je serai ton messager", et que comme Pierre nous n'ayons plus peur d'avancer, sinon c'est pour rien que nous sommes devenus croyants.

 

AMEN

 

 

 
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