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INSTITUTION LITURGIQUE ET LANGAGE PARABOLIQUE : LIEU THÉOLOGIQUE

1 R 6, 1+37-38 ; Mc 4, 1-20

(8 février 2004???)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

es exégètes ne seront peut-être pas tout à fait d'accord avec moi, mais l'exégète n'est pas forcément prédicateur non plus. Je pense que la vraie pointe de cette parabole n'est pas tant la para­bole elle-même que ce que Jésus dit lorsqu'Il affirme : "A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné, mais à ceux qui sont en-dehors, tout arrive en para­boles, afin (et c'est une citation), qu'ils aient beau regarder, ils ne voient pas, qu'ils aient beau entendre, ils ne comprennent pas de peur qu'ils ne se convertis­sent et qu'il ne leur soit pardonné". C'est ce que l'on lit dans le passage de la Bible sous le titre : "Pourquoi Jésus parle en paraboles".

Ce qui est très étonnant, juste après, avant que Jésus ne donne l'explication, Il dit aux disciples : "Vous ne saisissez pas cette parabole ? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?" Il y a là quelque chose d'assez étonnant, on a presque l'im­pression d'assister à un cours d'explication de texte. Jésus prend une parabole : le semeur est sorti pour semer, etc … vous connaissez. Et puis, comme vous êtes très forts ou que vous avez lu votre leçon aupara­vant, vous savez qu'il y a l'explication : la parole, c'est le grain, c'est semé en terre, selon la terre où elle tombe, elle pousse ou ne porte pas de fruits. Là, nous avons le cadre, mais c'est à mon avis, bien un cadre, parce que la question qui est posée, c'est : ceux qui sont en-dehors, il faut que tout leur arrive en parabo­les, qu'ils ne voient pas, qu'ils n'écoutent pas, qu'ils ne comprennent pas sinon ils vont se convertir. C'est quand même assez étrange, Jésus a peur que les gens se convertissent, s'ils comprenaient cette véritable parole. Mais alors, pourquoi est-Il venu ? Pourquoi l'annonce du Royaume ? Pourquoi Lui, la Parole, le Verbe fait chair ne veut-Il pas être compris, il faut que les gens entendent des paraboles qu'ils ne compren­nent pas ? Et alors, paradoxe ! "Comment, vous ne comprenez pas la parabole ?" Cela voudrait signifier que les disciples sont en-dehors. En dehors de quoi ? En-dehors du Royaume ? Mais Il vient de leur dire qu'ils sont dans le Royaume, "et vous ne saisissez pas, vous ne comprenez pas ?"

Il me semble que c'est un passage très diffi­cile. Très honnêtement, je ne sais pas si j'ai une expli­cation.? Je pourrais m'arrêter là parce que j'ai simple­ment soulevé un problème. Après tout, soulever un problème c'est déjà peut-être essayer de voir autre­ment l'évangile et d'apporter une autre solution.

Mais il me semble aussi qu'il y a un fil conducteur à cela. Quand on réfléchit à l'histoire d'Israël, on peut dire que le peuple d'Israël n'a pas de théologie. Je sais que je pourrais me faire pendre pour moins que cela. Il n'a pas de théologie en ce sens que lorsque nous pensons théologie, nous pensons à un prêtre ou un futur prêtre doit faire des études au sémi­naire, ou si vous voulez faire un doctorat ou au moins une maîtrise, il faut que l'on vous donne un exposé de la foi systématique. Vous aurez un cours sur la Tri­nité, un cours en Christologie, un cours sur les sacre­ments, un cours sur l'Église, etc … un exposé systématique des grands axes de la foi. Cela, Israël ne l'a pas et il ne l'a jamais eu. Israël a toujours eu simplement des Alliances qui le font rentrer dans deux choses, deux moyens, ou deux médias si l'on veut, pour lui faire comprendre ce qu'est Dieu et la profondeur de Dieu : c'est l'institution liturgique, et c'est le langage parabolique.

En ce sens Israël n'a pas de discours théologique pour dire comment est Dieu, dans un premier traité, un second traité, et à la fin, on aurait une somme théologique. Mais Israël non seulement comprend, ou mieux, vit Dieu, parce qu'Israël vit sans chacune de ses actions les plus quotidiennes, que ce soit de laver l'écuelle ou d'allumer la lampe pour le sabbat, vit dans chacun de ses gestes les plus quoti­diens, et c'est pour cette raison que c'est si réglementé, la présence de Dieu en chacun de ses actes. Aujour­d'hui, quand vous mettez votre casserole dans le lave-vaisselle, vous ne pensez pas que vous rendez gloire à Dieu, en Israël, c'est codifié liturgiquement pour dire que cela, c'est la connaissance de Dieu, l'appartenance à Dieu. Les mots qui sont dessus, sont des mots d'un langage parabolique. On peut prendre un exemple : quand on dit "le Seigneur est mon rocher", vous-mê­mes vous le chantez, je peux vous affirmer que c'est faux. Pourquoi ? Parce que le Seigneur n'est pas un rocher, vous dites des choses plus justes si vous confessez la foi en disant : le Seigneur est Tout-Puis­sant. Tout-puissant, après on va définir, mais vous le voyez, vous passez tout de suite par un processus de connaissance intellectuelle. Mais en même temps, qu'est-ce qui vous parle le plus : "Dieu est tout-puis­sant", ou "le Seigneur est mon rocher" ? Oui, c'est le "Seigneur est mon rocher" qui est le plus parlant. En soi, Dieu n'est pas un rocher, Il n'est pas blanc ou gris comme un rocher, il n'est pas circonscrit comme une masse rocheuse, sinon cela se saurait. Ou bien nous adorerions Dieu dans le rocher, nous penserions qu'un rocher est Dieu et nous lui rendrions un culte. Mais en même temps, quand nous affirmons que le Seigneur est mon rocher, nous affirmons non seulement la toute-puissance de Dieu, mais nous l'éprouvons vrai­ment comme fort, comme solide, comme quelque chose qui tient.

Ainsi donc, Israël aurait dû reconnaître en la personne de Jésus, celui qui, par son action et dans tous ses gestes est le vrai liturge, c'est-à-dire, le prê­tre, la victime et l'autel. Il est celui qui rend le vrai culte en esprit et en vérité, par chacune de ses actions. Il annonce le Royaume parce qu'Il est lui-même le roi de ce royaume. Il peut dire la parole (et c'est le lan­gage parabolique), parce qu'Il est la Parole, mieux encore, Il est le Verbe, c'est-à-dire qu'Il est le centre, la source, la racine de ce langage divin. On compren­dra d'ailleurs pourquoi c'était imprononçable ce nom de Dieu. Ce qui veut dire en définitive, pour Israël, que l'institution liturgique comme le langage parabo­lique étaient un lieu théologique.

Cela peut nous aider à comprendre ce que nous vivons. Soyons attentifs à notre liturgie, ne serait ce qu'aux quelques mots qui vont suivre, la prière sur les offrandes, la préface, etc … C'est une action litur­gique et c'est un langage parabolique. Il y a ceux qui sont dedans, et il y a ceux qui sont dehors, c'est-à-dire qu'il y a ceux qui veulent bien accepter d'entrer dans un lieu et de voir qu'en ce lieu, Dieu est présent, et les autres qui refusent systématiquement parce que cela ne rentre pas dans leurs idées.

 

AMEN

 

 

 
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