Photos

DE LA CROIX JAILLIT LA RÉSURRECTION

Is 58, 7-10 ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 1-16
Cinquième dimanche du temps ordinaire – Année A (6 février 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


La résurrection n'annule pas la croix

 

"Frères et sœurs, Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, si ce n'est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié". Telles sont les paroles que saint Paul adresse aux Corinthiens et que nous avons entendu il y a quelques instants. "Je ne veux rien savoir parmi vous si ce n'est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié".

Frères et sœurs, est-ce à dire que Paul ne prêche pas la résurrection, qu'il se contente de nous mettre en face du Christ sur la croix et que là s'arrête son message ? Nous savons bien que non. Dans la même lettre aux Corinthiens, saint Paul dira : "Le Christ est ressuscité des morts, prémices de tous ceux qui se sont endormis. Si nous ne croyons pas que le Christ est ressuscité nous sommes les plus malheureux de tous les hommes" (I Co 15, 19-20). Ce n'est donc pas une prédication de la croix qui exclurait la résurrection, mais c'est une prédication de la croix et de la résurrection qui sont annoncées ensemble.

Nous avons souvent une manière de nous représenter les choses qui est inadéquate, comme s'il s'agissait de deux mystères distincts et successifs, comme si le Christ ayant souffert mérite de ressusciter et comme si la résurrection effaçait en quelque sorte, la croix. Il n'en est rien. La résurrection et la croix sont un seul mystère, le mystère pascal. C'est parce que Jésus a été crucifié, c'est parce que Jésus est descendu aux enfers, c'est parce que Jésus a pris sur lui tous les péchés du monde, c'est pour cette raison, et non pas autrement que le Christ est ressuscité. Il est ressuscité par l'élan même de la croix. C'est la force de la croix qui a ressuscité le Christ.

C'est pourquoi dans cette première lettre aux Corinthiens, quelques versets avant ceux que nous avons lus aujourd'hui, saint Paul dira : "Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu" (I Co 1, 18). La croix est-elle une folie ? est-elle la puissance de Dieu qui va ressusciter Jésus ? Certes dit saint Paul ce Christ sur la croix est un scandale pour les juifs et une folie pour les païens. Scandale pour les juifs, parce que prétendre que Dieu meurt sur la croix, cela semble aller contre la toute puissance de Dieu qui domine le monde et qui le mène à son gré. C'est une révélation radicalement nouvelle et qui est apparue au premier abord aux juifs comme un blasphème. C'est pourquoi Paul a raison, la prédication chrétienne, la prédication de la croix est un scandale pour les juifs et pour les païens, c'est une folie. Pour les païens, le but de la vie c'est de s'accomplir, c'est d'être pleinement soi-même, d'être pleinement homme, de donner leur pleine mesure à toutes nos qualités, à tous nos conditionnements. C'est cela être un homme et c'est cette accumulation de richesses que nous acquérons et que nous développons en nous, c'est cela qui fait notre stature d'homme.

La Bible et saint Paul, le Christ s'inscrivent en porte-à-faux face à cette conception qui est celle des païens et en particulier des grecs. Certes, nous devons nous accomplir mais non pas par l'accumulation de biens, mais nous accomplir par le dépouillement, par le don. On ne possède que ce que l'on donne et c'est pourquoi la croix est la source de la résurrection. Tout donner, donner toute sa vie, donner tout ce qu'on est pour le salut du monde, c'est la puissance même de Dieu. Nous avons tort d'imaginer que la croix a été un mauvais moment à passer, et qu'une fois passé ce moment, le Christ annule en quelque sorte ses souffrances par la résurrection. C'est de ses souffrances que jaillit la résurrection, elle n'est pas un retour à une vie normale, la résurrection est une vie nouvelle, une vie autre, une vie qui assume la mort, une vie qui naît de la mort et qui l'accomplit.

C'est pourquoi saint Bernard a pu dire que si nous cherchons le Christ, nous ne le trouverons nulle part si ce n'est sur la croix. Et cette croix nous dit saint Bernard, c'est notre joie, notre bonheur, c'est notre gloire. Quand nous parlons de la gloire du Christ, nous ne parlons pas d'une rutilance de splendeur qui aurait succédé à sa défiguration, la gloire du Christ au contraire, c'est sa défiguration parce qu'elle est offerte par amour pour nous, par amour pour le Père, par amour pour la création du monde qu'il faut sauver de son péché. L'amour comme pivot de la vie, l'amour comme étant le sens ultime de notre existence implique le don total et il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie. Alors, ne considérons pas la croix comme un épisode dépassé, la croix fait partie de la résurrection.

Et si dans l'évangile, dans les lignes qui précèdent de que nous avons lu aujourd'hui, Jésus a proclamé les Béatitudes, s'il a proclamé heureux ceux qui étaient pauvres, heureux ceux qui pleuraient, heureux ceux qui avaient faim, heureux ceux qui étaient dépouillés de tout, si le Christ a proclamé heureux les hommes qui souffrent, c'est parce que cette souffrance contient en elle le germe de la résurrection, le germe de la vraie vie. La vraie vie n'est pas celle de l'accumulation des richesses, la vraie vie est la richesse suprême que nous découvrons quand nous sommes dépouillés par la pauvreté. La vraie vie, ce n'est pas de se complaire et de rire, la vraie vie c'est de trouver sa joie dans le don de soi, dans l'abandon de soi. La vraie vie, c'est de créer la paix, la vraie vie c'est de créer la pureté du cœur par la pureté de notre regard, dépouillé de toutes les inutilités dont nous le surchargeons.

Frères et sœurs, que nous retrouvions le vrai sens de la croix, non pas comme un épisode pénible de notre vie qu'il suffit de dépasser, mais comme une révélation de la vraie vie, de la vraie joie, de la résurrection. La résurrection laisse le Christ avec les plaies de la croix. Quand le Christ apparaît aux disciples après la résurrection, il leur montre les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté. L'Apocalypse nous dit que lorsque le Christ est dans la gloire, il est comme un Agneau égorgé. Le Christ n'a pas dépassé sa croix pour entrer dans une autre forme de vie, c'est la croix elle-même qui est la source de sa résurrection et c'est pourquoi ses plaies sont la gloire de sa mort, de sa souffrance et de ce don infini qui nous est fait.

Entrons nous aussi dans ce mystère de la croix et de la résurrection. Que le Christ nous entraîne avec lui et que saint Paul nous fasse comprendre qu'il n'y a qu'une réalité : le Christ, et le Christ crucifié.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public