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SEULE LA FOI EN LA RESURRECTION PEUT NOUS SAUVER

Jr 17, 5-8 ; 1 Co 15, 12.16-20 ; Lc 6, 17.20-26
Sixième dimanche du temps ordinaire – année C (17 février 2019)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

« Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur ».

Frères et sœurs, vous avez senti comme moi que ce texte était pour le moins un peu compliqué. Car lorsqu’un rabbin comme Paul se mêle de faire de la logique avec des Grecs comme les Corinthiens, je vous assure que c'est détonnant. C'est un vieux problème qui remonte à la nuit des temps : qui de l'œuf ou de la poule est arrivé en premier ? Le monde commence-t-il par l'œuf ou est-il comme la poule qui pond des œufs ? Posée ainsi, l'affaire est plutôt mal engagée avec les problèmes de darwinisme, d'évolutionnisme et les nouvelles considérations sur l'origine des vivants.

Ici, on a l'impression que c'est un peu la même chose. Tantôt Paul a l'air de dire que ce qui est premier, c'est la résurrection du Christ – c'est pour cela que nous devons ressusciter des morts – et dans d'autres cas, il dit que ce qui est premier est la résurrection des morts pour tous et s’il y a une résurrection des morts pour tous, le Christ Lui-même peut ressusciter. Certes, cela ne change pas grand-chose dans la vie quotidienne. Vous allez voir pourtant que cela change tout.

Revenons à la situation des Corinthiens. Paul a vraiment traité avec beaucoup d'égards et de patience la communauté des Corinthiens. Il est à Éphèse une année après – le trajet Corinthe-Éphèse à l'époque, c'est une nuit de bateau, donc ce n'est pas très loin – et il entend des bonnes âmes lui dire : « Un tel a dit ceci, tel autre a dit cela. Est-ce que c'est conforme à ton Évangile ? » Évidemment, Paul s'aperçoit qu'il faudrait remettre un peu les pendules à l’heure. Que pensent les Corinthiens ?

D'une certaine manière, en caricaturant un peu, il y a deux attitudes. La première consiste à dire : « On veut bien te croire, le Christ est peut-être ressuscité des morts. Au fond, c'est une sorte d'encouragement, de réconfort pour dire que si je vous prêche le Christ, c'est que d'une certaine manière Il est là, pour vous et pour vous faire partager sa vie ». Mais ces mêmes personnages ajoutent : « Des membres de notre communauté sont morts. Qu’en fait-on ? Qu'est-ce que le Christ en fait ? Peut-être que le Christ est Lui-même ressuscité des morts, se sortant de cette mort honteuse de la crucifixion mais nous, on voit bien que le monde continue à tourner comme avant et qu’il n'y a donc pas de résurrection des morts ». Le Christ est ressuscité mais ça n'est pas beaucoup plus utile que le fait qu'il soit mort. Le Christ est ressuscité mais c'est la parfaite inutilité du réconfort religieux qui ne change rien à la vie. Telle est la première attitude.

La deuxième attitude des Corinthiens les pousse à dire : « Soyons logique, si les morts aujourd'hui ne ressuscitent pas, c'est qu'il n'y a pas de résurrection des morts. Donc il n'y a pas de raison qu'il y en ait une pour le Christ. Paul, tu nous as raconté de belles histoires, tu as essayé de nous remonter le moral face à un monde qui nous désespère, dans lequel on se sent très malheureux. On n'a même plus aucune espérance, ni même de ressentiment. Il n'y a pas de résurrection des morts du tout ». Par conséquent ni résurrection du Christ, ni résurrection des morts.

À ce moment-là, Paul leur dit : « Pensez ce que vous voulez mais moi, ce n'est pas pour cela que je suis venu chez vous. Pour moi, l'affirmation de la résurrection du Christ et de la résurrection des morts est une double affirmation dont les deux éléments ne sont pas au choix. Les deux choses sont absolument indissociables l'une de l'autre. Le Christ est ressuscité des morts et nous ressusciterons ». Pourquoi ressusciterons-nous ? Parce qu'il y a une résurrection des morts.

C'est là que les choses se compliquent. Beaucoup de chrétiens aujourd'hui encore considèrent que jusque-là, l'humanité était dans la mort et n'avait aucune chance de s'en sortir. Heureusement le Christ est venu et Il nous a appris comment vivre. Mais même s’Il a été crucifié et mis à mort à cause de sa prédication, de ses prises de position vis-à-vis du sacerdoce de Jérusalem, tout cela n'a rien donné du tout. Sinon que la résurrection du Christ serait une sorte de miroir aux alouettes dans lequel on voit que si on souffre, il y aura peut-être quand même quelque chose au bout, mais on ne sait pas trop quoi. En tout cas, actuellement, dans la réalité de ce que nous voyons avec nos frères qui meurent, on ne sait pas à quoi cela aboutira. Et c'est là que Paul ajoute : « Si le Christ est ressuscité uniquement pour cette vie, cela n'a servi à rien ». Paul trace une ligne rouge, comme on dit aujourd'hui : « Si le Christ n'est pas ressuscité des morts pour cette vie à venir, alors ce n'était pas la peine qu'Il ressuscite ».

C'est vraiment la première grande discussion radicale sur le problème de la résurrection. Si le Christ est simplement ressuscité pour que nous vivions une vie un peu plus confortable religieusement, socialement et caritativement, Paul affirme que cela ne sert à rien. On voit ici la problématique presque moderne des choses. Beaucoup de nos contemporains croient en Jésus parce que c'est un prophète qui a amélioré le standing spirituel et moral de l’humanité, même si on ne s'en aperçoit pas tous les jours. À partir de ce moment-là, la résurrection du Christ est cette espèce d'élément moteur, d'encouragement pour dire : « Vivez comme Lui et la vie sera meilleure ». Beaucoup de gens disent aujourd'hui : « Moi, j'aime le Christ, je trouve très bien ce qu'Il a fait, ce qu'Il a dit etc. En plus, Il a le côté de la victime pour Lui, donc Il a toujours raison. Si Jésus est ressuscité des morts, tant mieux, mais cela ne fera que nous exhorter moralement à essayer d'être un peu meilleurs ».

Alors frères et sœurs, qui est premier, la poule ou l'œuf ? Les deux réalités "Christ ressuscité" et "Nous ressuscités des morts" ont-elles un lien ? En quelques mots, la visée profonde de saint Paul consiste à dire que l'homme a été créé avant que Jésus ne vienne, avant qu'il n'y ait sa vie présente, sa mort et sa résurrection. Pourquoi l'homme a-t-il été créé ? C'était pour la résurrection des morts. On ne le dit pas souvent mais c'est pourtant le fond du problème. Dieu n'a pas créé les hommes pour se dire : « Je leur donne la vie et puis après débrouillez-vous comme des grands ». Aujourd’hui, cela peut paraître une très bonne attitude de la part de Dieu parce que cela nous fiche la paix et nous laisse l'initiative néolibérale de gérer la vie comme on veut. Mais Dieu a-t-Il créé l'homme en dehors d'une perspective de résurrection ? Dieu a-t-Il créé l'homme en lui disant : « Je te donne un certain nombre de qualités, de talents, de manières de te débrouiller etc., depuis l'âge de la pierre jusqu'à la fusion nucléaire, débrouille-toi avec cela. Vivras-tu après ou non ? Ça ne m'intéresse pas ! ». Autrement dit, pourquoi avons-nous été créés ? Telle est la question que les Corinthiens ne voient pas. Ils croient que Paul leur a expliqué la résurrection des morts en Jésus-Christ simplement pour ne pas désespérer Billancourt ! Et d’ajouter : « Essayez de tenir bon, vous verrez bien après ! »

Non, si le Christ est venu, c’est pour ressusciter la résurrection possible dans notre cœur, dans notre vie et dans notre existence. Mais il faut que la résurrection de tous soit d'abord la visée profonde de Dieu Lui-même, du plan créateur. Nous sommes créés pour la résurrection. Quand on imagine que la résurrection est simplement la cerise sur le gâteau, c'est-à-dire un petit supplément, une petite prime à la foi et à la charité des chrétiens, c'est une manière extrêmement réductrice et finalement fausse d'envisager les choses. Nous sommes créés pour la résurrection.

Alors, me direz-vous, ce n'était pas la peine que Jésus vienne. C'est précisément cela l’erreur, c'est que nous étions créés pour la résurrection ; mais avions-nous véritablement accepté cette destination transcendante de nous-mêmes jusqu'à la rencontre de Dieu ? C'est là le principal problème. On peut avoir une multitude de possibilités, de talents et ne pas croire nous-mêmes à nos propres talents, douter de nos propres talents. En réalité, nous sommes créés pour la résurrection. Dès le début de la création, nous sommes des fils de la résurrection, c'est-à-dire que nous sommes faits pour entrer en contact et en relation intime et profonde avec un Dieu qui veut créer cette relation et lui donner la plénitude jusqu’au-delà de la mort.

À ce moment-là, on comprend mieux ce que Jésus est venu faire. Il est venu ressusciter la résurrection, redonner à notre être toutes ses capacités de vie, non seulement telles que nous les imaginons, non seulement telles que nous nous les construisons et les projetons mais aussi pour ressusciter en nous la capacité de vivre vraiment comme des ressuscités. L'homme n'est pas simplement un projet, contrairement à ce que pensaient Sartre et les autres. Quand le Christ vient sur la terre, quand Il prend la condition humaine, c'est pour lui donner cette plénitude de vie qui dépasse les possibilités de la vie humaine.

Et c'est là où nous sommes au pied du mur. Comment vivons-nous notre vie, frères et sœurs ? La vivons-nous en nous disant simplement : « Encore une petite minute, monsieur le bourreau ? » C'est un peu le style de vie de la société actuelle ! D’accord avec le réchauffement climatique, mais encore une petite minute de conduite avec des voitures de luxe ! On est donc là dans une situation extrêmement concrète. Comment voyons-nous notre vie ? La voyons-nous simplement comme une possibilité qui nous est offerte d’essayer de tirer les marrons du feu jusqu'à peut plus. Ou bien accueillons-nous notre vie comme dotée et renouvelée par des possibilités auxquelles nous ne pensions pas et qui tiennent tout entières dans la confiance et la foi que la résurrection est le but réel ultime de notre existence.

Frères et sœurs, je crois que c'est la question que nous pose saint Paul. Je ne sais pas comment les Corinthiens l'on résolue quand ils ont lu ce texte. Mais nous, maintenant, nous sommes plus que jamais au pied du mur. Il faut faire face !

 
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