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 NOUS SOMMES FAITS POUR VIVRE DE LA VIE DE DIEU

1 S 26, 2-23 ; 1 Co 14, 45-49 ; Lc 6, 27-38

(22 février 1998???)

Homélie de Frère Jean BUDILLON o.p.

Mystra : Christ en gloire

L

 

e texte de saint Paul, tel que nous venons de l'entendre, est, il faut l'avouer, du pur charabia. C'est un texte écrit dans un grec auquel ni Platon ni Aristote n'auraient rien compris. De plus il est traduit dans notre lectionnaire en un français qui prend beaucoup de liberté avec lui, sans le rendre pour autant plus intelligible. Mais tout devient clair dès qu'on pense ce texte en hébreu, puisque c'est ainsi que pensait saint Paul tout en employant les mots par lesquels les traducteurs de la Bible en grec avaient avant lui cherché à rendre des termes propres à la langue hébraïque.

       Je vais essayer de vous faire entrer dans l'intelligence de ce texte aussi clairement que possible bien que ce ne soit pas facile dans une homélie, surtout en quelques minutes, mais j'estime que nous, prêtres, nous n'avons pas le droit de vous faire entendre dimanche après dimanche des textes qui fondent notre foi sans vous donner un minimum d'explications nécessaire à leur compréhension.

       Tout d'abord, quand saint Paul dit que le premier homme, Adam, issu de la terre est fait de terre, il a présent à l'esprit un jeu de mots impossible à rendre en grec (et en français) qui se trouve dans le texte hébreu de la Genèse entre le mot "adam" et le mot "adama" qui signifie "la terre". C'est d'ailleurs bien plus qu'un simple jeu de mots, car cela traduit une vérité profonde : le corps d'Adam, comme celui de tous les hommes issus de lui, a été constitué, dirions-nous dans un langage actuel, des mêmes atomes que ceux du reste de la planète, avec la simple différence qu'ils sont agencés en des molécules un peu plus compliquées que celles des corps inorganiques. Rien n'empêche de préciser qu'il était arrivé au terme de toute une évolution des êtres vivants.

       Saint Paul ajoute qu'Adam, dont le corps était donc constitué de terre a été fait "psychè", mot qui, en grec biblique, traduit tant bien que mal, plus mal que bien, un terme hébreu signifiant à la fois l'âme "biologique" et l'être vivant animé d'une telle âme. Par là l'apôtre veut dire que, vu sous cet aspect, Adam partageait la condition de tout être vivant sur notre planète, tous les animaux, ce qui le destinait à mourir un jour ou l'autre.

       Mais Dieu avait voulu faire Adam à son image, c'est-à-dire le rendre "capable de Dieu" selon l'admirable expression qui, dans le nouveau catéchisme romain, définit l'homme, le rendre capable d'une vie divine qui donc par définition échappe à la mort, cela à la condition qu'il veuille bien tenir cette vie divine de Celui-là seul qui pouvait la lui donner, c'est-à-dire Dieu, et ne pas prétendre la trouver dans une autonomie suicidaire.

       Quelques versets avant le passage qui vient d'être lu, saint Paul disait : "C'est par un homme que la mort est venue, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. De même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ". Adam devait transmettre à ses descendants une vie sur laquelle la mort ne peut avoir prise, par son péché il s'est privé de cette vie et il n'a pu transmettre à tous ses descendants qu'une vie vouée à la mort.

      Cependant la vocation à vivre de la vie divine et à être à l'image de Dieu reste inscrite au plus profond de l'être humain comme une empreinte en creux. Et Dieu n'a pas voulu abandonner l'homme dans une telle frustration, Il a suscité un autre Adam qui, à la fois en tant qu'homme est issu du premier Adam comme nous tous, mais appartient au ciel, ce qui veut dire tout simplement en langage biblique qu'Il est Dieu. (Quand nous disons : "notre Père qui est aux cieux", on ne veut pas dire : notre Père qui est dans les nuages, on veut dire : notre Père qui est Dieu). Ce nouvel Adam, c'est le Christ, vrai Dieu et vrai homme. En tant que Dieu, Il peut donner la vie, la vraie vie plus forte que la mort, et Il la donne par la résurrection. Ainsi, comme le disait tout à l'heure saint Paul, l'être humain se trouve maintenant être à la fois terrestre et céleste, à la fois il fait partie du cosmos, il a une vie biologique analogue à celle de tous les autres vivants, et il est appelé à vivre d'une vie divine qui lui donne une condition transcendant radicalement celle de tous ces autres vivants.

       C'est pourquoi, comme Jésus l'expliquera à Nicodème, il nous faut passer par une seconde naissance. Par la première naissance, nous recevons la vie biologique transmise de génération en génération à partir du premier Adam, et par la seconde naissance nous recevons la vie du second Adam qui fait de nous des êtres célestes, c'est-à-dire des êtres vivant de la vie divine. Il nous faut renaître de l'eau et de l'Esprit. Quand nous avons été plongés dans l'eau du baptême, c'est dans la mort du Christ que nous avons été plongés pour être relevés, vivant déjà de sa vie à Lui qui est la vie de l'Esprit de Dieu, lequel est désigné dans le grec biblique par le terme de "pneuma"que nous traduisons donc par "Esprit". Quand saint Paul dit, dans notre texte, que le second Adam est Esprit, il ne veut pas dire qu'Il est un pur esprit désincarné, une sorte de fantôme. Au contraire le Christ est le Fils de Dieu incarné, homme véritable, mais Il est vivant d'une autre vie que la vie biologique, Il est vivant de l'Esprit de Dieu. Il peut donc nous donner cet Esprit, Il peut nous faire vivre de la vie de Dieu.

       Nés du premier Adam, nous devrons certes mourir un jour, mais nés du second Adam, nous avons la certitude que notre mort débouchera sur la résurrection. Et alors nous ne connaîtrons plus jamais la mort.

       Rappelons-nous ce que disait saint Paul dimanche dernier dans les versets précédant ceux qui ont été lus aujourd'hui. Il n'est pas possible comme le font certains (certains du temps de saint Paul, mais peut-être encore bien plus de nos jours), d'affirmer que les morts ne ressuscitent pas puisque nous proclamons que le Christ est ressuscité des morts. Si nous mettons notre espoir dans le Christ seulement pour cette vie présente, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non, c'est une certitude que le Christ est ressuscité. Alors nous avons une magnifique espérance qui est aussi une certitude et qui change radicalement le sens de notre existence : nous ne sommes pas faits pour la mort, nous sommes faits pour la vie, pour vivre d'une vie plus forte que la mort.

       AMEN

 

 

 
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