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DANS LA COMMUNION DES SAINTS, PARTICIPER À LA RÉDEMPTION AVEC LE CHRIST 

Is 43, 18-19 + 21-22 + 24-25 ; 2 Co 1, 18-22 ; Mc 2, 1-12
Septième dimanche du temps ordinaire – B (20 février 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, la liturgie nous propose donc aujourd'hui un de ces très nombreux miracles opérés par Jésus, dont l'évangile regorge. Ce­lui-ci est particulièrement développé dans son récit, du moins dans la version de saint Marc que nous ve­nons d'entendre, et deux caractéristiques mettent cette guérison un peu à part des autres. La première carac­téristique n'a pas pu vous échapper, elle est très visi­ble, très développée dans le texte, c'est l'analogie vo­lontaire faite par Jésus entre la maladie ou l'infirmité corporelle et le péché, maladie du cœur et de l'esprit, puisque devant ce paralytique au lieu de lui dire : "Sois guéri", Jésus lui dit d'abord : "Tes péchés sont pardonnés" ; et Il fera de la guérison du paralytique la manifestation de son pouvoir de pardonner les péchés. Voilà donc un enseignement capital, mais je voudrais m'arrêter à une deuxième particularité de ce texte qui est plus subtile à repérer et qui n'a peut-être pas retenu votre attention. C'est le début du texte qui nous y in­vite : voilà un paralytique, quatre hommes de ses connaissances, de sa famille, de ses amis, nous n'en saurons rien, quatre hommes portent son grabat. Et ils font quelque chose d'assez extraordinaire : ne parve­nant pas à traverser la foule, ils montent sur le toit, probablement un toit qui n'était pas en dur comme les nôtres, ils creusent un trou pour parvenir jusqu'à Jésus et font descendre le paralytique dans la maison. Et voilà la phrase qui me paraît fort intéressante : "Voyant leur foi,( la foi de ces quatre hommes portant le grabat et qui ont pris cette initiative un peu hardie pour parvenir jusqu'à Jésus), voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : tes péchés sont remis ..." Vous le constatez, dans la plupart des récits de guérison, la foi de l'intéressé est soulignée : Jésus dit à l'hémorroïsse : "Va, ta foi t'a sauvée" (Marc 5, 34), et de même à l'aveugle de Jéricho : "Ta foi t'a guéri" (Marc 10, 52). Jésus ne fait pas ses miracles comme au hasard, le miracle se produit dans une rencontre cœur à cœur entre le foi du malade et la compassion de Dieu incarné. Mais ici, la guérison du paralytique n'a pas pour motif la foi de celui-ci mais bien la foi des quatre hommes qui l'ont transporté. Autrement dit, Jésus répond non seulement à la foi du malade (il ne nous est pas dit que le paralytique n'avait pas la foi, mais ce n'est pas là-dessus que le récit insiste), mais aussi à la foi des autres. La foi de ceux qui por­taient le grabat, les amis ou les connaissances de l'in­firme, leur foi, aux yeux du Christ, a établi le contact entre Lui et le malade. Il y a donc une sorte de subs­titution possible de notre foi à celle de l'un ou l'autre de nos frères, de telle sorte qu'il en soit comme béné­ficiaire. C'est dire que ce récit met l'accent au passage, de façon discrète mais très précise, sur ce que nous appelons, sur ce que l'Église appelle : la communion des saints, comme nous le dirons tout à l'heure en récitant notre Credo : "Je crois à la communion des saints". Cette expression "communion des saints" vous est familière, mais elle n'est pas extrêmement explicite pour des gens de notre temps, car le mot "saint" y est pris dans une acception antique, celle que nous trouvons à plusieurs reprises dans les lettres de saint Paul, désignant non pas les saints canonisés, mais les croyants en général : vous et moi. Saint Paul dans ses lettres dit souvent : "Tous les saints qui sont en Asie, vous saluent" (II Corinthiens). 13,12), ou encore : "Je salue l'Église qui est à Corinthe ainsi que tous les saints de l'Achaïe" (II Corinthiens 1,1). Non point que l'Achaïe ne soit peuplée que de saints confirmés et canonisés, mais le salut s'adresse ou vient de la communauté chrétienne comme telle. Donc la communion des saints doit s'entendre au sens d'une communication de vie, de grâce, de vie divine, entre les croyants. Cela signifie que nous pouvons vivre, prier, aimer, offrir, souffrir, non seulement pour notre propre compte mais aussi pour les autres, en quelque sorte à la place des autres, offrant ce que nous sommes pour leur salut. La communion des saints, c'est cette sorte de communication de vie di­vine qui va de chacun d'entre nous vers la totalité de nos frères, non seulement ceux qui nous sont proches ou qui nous sont chers, mais aussi vers tous les autres. C'est ce qui fonde notre prière les uns à l'égard des autres, c'est ce qui fonde aussi la prière adressée aux saints, cette fois-ci les saints canonisés, que nous in­voquons pour qu'ils intercèdent en notre faveur.

Mais cela serait trop peu de s'en tenir à la prière, qui est certes familière à notre vie chrétienne, et sans cesse nous prions les uns pour les autres, ou nous supplions des intercesseurs pour nos frères ; il ne s'agit pas seulement de la prière, mais de toute notre vie. Tout acte que nous posons, toute pensée que nous concevons, tout événement qui se réalise dans notre vie a valeur de grâce non seulement pour nous, mais aussi pour nos frères. Toutes les fois que nous posons un acte d'amour, cet acte d'amour n'est pas simple­ment méritoire pour nous, ce qui est déjà un grand mystère et, je vais y revenir, mais cet acte d'amour fait monter, si je peux me permettre cette image, le niveau d'amour de l'humanité tout entière, et récipro­quement, hélas, tout refus d'amour, tout péché, toute rétractation de notre cœur sur lui-même fait baisser le niveau d'amour de toute l'humanité. C'est d'ailleurs fort important pour que nous comprenions la gravité de nos péchés qui n'entament pas seulement notre propre vie, mais aussi la capacité de vie de tous ceux qui nous entourent, que nous les connaissions ou que nous ne les connaissions pas. C'est cela la communion des saints et cela fonde non seulement notre interces­sion les uns pour les autres, comme je le disais tout à l'heure, mais aussi c'est là-dessus que sont fondées les indulgences, dont on parle beaucoup ces temps-ci à cause du Jubilé, c'est-à-dire la possibilité d'offrir un acte, une pensée, une prière pour le salut de nos frères vivants ou morts. Je ne vais pas entreprendre une dé­monstration concernant les indulgences, ce serait beaucoup trop long, et puis vous avez un très bon petit papier que vous avez pu vous procurer sur la question, toujours est-il que les indulgences se fon­dent sur cette communion des saints.

Plus largement encore, c'est sur la commu­nion des saints que se fonde la grâce du sacrement des malades, en ce sens que nos frères malades ont une place privilégiée dans l'Église. Mais d'une certaine manière nous sommes souvent tous plus ou moins malades, en tout cas nous avons des épreuves, des souffrances, corporelles, psychiques, spirituelles, inté­rieures, peu importe, toute souffrance, et c'est là le sens de ce sacrement peut n'être pas seulement un mal que l'on subit, et que le Christ nous fait la grâce de porter avec nous, mais aussi toute souffrance, toute épreuve peuvent être offertes en union à la Croix de Jésus-Christ : c'est cela le sens même de ce sacre­ment. Jésus nous propose dans nos épreuves quelle qu'elles soient, dans nos souffrances, dans tout ce qui déchire notre vie d'une manière ou d'une autre, Jésus nous propose de porter avec Lui la Croix, pour sauver le monde entier.

Nous voici au cœur de cette communion des saints. Je parlais tout à l'heure du mot "mérite" en vous disant que nos prières, nos actes d'amour n'ont pas seulement valeur de mérite pour nous mais aussi pour les autres. "Mérite", voilà un mot bien difficile à expliquer : en réalité tout ce que nous pouvons vivre, et même souffrir, qui nous semble terrible quand nous le supportons, n'est qu'un infime goutte d'eau par rap­port à l'immense besoin de Salut qui habite le monde, et nous ne pouvons pas avoir la prétention qu'une petite souffrance offerte, qui nous semble grande, mais qui n'est finalement que bien peu de chose dans l'histoire des hommes, que cette petite souffrance peut sauver le monde.

Il n'y a que la souffrance du Christ, il n'y a que la Croix du Christ, il n'y a que l'amour du Christ qui peuvent être sauveurs. Seulement cet amour est d'une telle délicatesse, Jésus est à notre égard d'une telle bienveillance, d'une telle prévenance, qu'il ne veut pas seulement nous donner le Salut, mais aussi nous associer à Lui pour que nous participions à ce don précisément pas tellement pour nous-mêmes que pour les autres. Jésus qui suffit infiniment à apporter le Salut à l'univers entier, a voulu associer sa Mère d'abord, au pied de la Croix, et saint Jean à côté d'elle, et à travers saint Jean tous les disciples et donc chacun d'entre nous, Jésus a voulu nous associer à son sacrifice rédempteur pour que nous soyons co-ré­dempteurs avec Lui et que nous participions avec Lui à ce Salut du monde. Et vous comprenez alors ce que je vous disais tout à l'heure, si nous pensons à la communion des saints, c'est d'abord à ceux que nous aimons, à ceux que nous connaissons que nous vou­lons contribuer à apporter par cette grâce que le Christ nous fait de donner un peu de ce bonheur éternel, de ce Salut qu'Il leur promet. Mais il ne faut pas que nous ayons une vision limitée des choses comme si nous étions chacun chargés du Salut de notre conjoint, de notre voisin, de nos enfants, de nos connaissances ; en réalité, nous apportons notre cote part à cet im­mense trésor de la Rédemption non pas pour tel ou tel, mais peut-être pour un inconnu que nous ne ver­rons jamais, dont nous ne saurons jamais le nom, qui à l'autre bout du monde est en train de mourir dans une souffrance qui obscurcit son cœur et qui a besoin de ce surcroît d'amour pour pouvoir émerger de cette souffrance et entrer à travers elle dans le bonheur de Dieu.

Alors, frères et sœurs, il faut que cette vérité, ce dogme de la communion des saints dilate notre cœur de telle sorte que nous sachions que par la grâce de Dieu nous sommes associés à l'œuvre de rédemp­tion de Jésus pour l'univers entier, et que tout ce que nous faisons, ce n'est pas simplement pour assurer notre salut éternel, ni même uniquement pour répon­dre à la grâce de Dieu, mais c'est par une grâce sup­plémentaire pour participer à cette immense oeuvre de Salut et de Rédemption de l'univers entier à laquelle Jésus a voulu nous associer.

 

 

AMEN

 

 
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