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PRENDS TON GRABAT ET MARCHE !

Is 43, 18-19 + 21-22 + 24-25 ; 2 Co 1, 18-22 ; Mc 2, 1-12
Septième dimanche du temps ordinaire – Année B (23 février 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Je ne sais que trop vous dire (vous me direz que je commence mal pour un prédicateur !), mais c'est un vaste problème que celui du péché, vaste problème que celui du pardon.

Il est question en effet du péché et du pardon, aussi bien dans la première lecture que dans l'évan­gile. Cette guérison du paralytique où Jésus dit avant de le guérir : "Tes péchés sont remis". Qu'est-ce qu'il est plus facile de faire ? de dire à quelqu'un qui gît sur son grabat : "Prends ton grabat et marche, ou bien est-il plus facile de lui dire tes péchés sont remis ?" Il semblerait que ce qui est le plus facile, c'est de dire à quelqu'un : prends ton grabat et marche, plutôt que de lui dire : tes péchés sont remis.

C'et si vrai que la première lecture insiste sur cette difficulté. J'aimerais simplement la reprendre avec vous, comme une sorte de méditation. Je ne prends pas d'abord le premier verset que nous avons lu, j'y reviendrai. "Ce que dit le Seigneur : par tes péchés tu m'as traité comme un esclave, par tes fau­tes, tu m'as fatigué." C'est une phrase très étonnante. D'abord parce qu'elle nous révèle un sentiment pro­fond de Dieu. On accorde toujours à Dieu d'être tout-puissant, d'être éternel, Celui qui nous surplombe, j'allais dire presque Celui qui se laisse toucher par peu de chose, ce que certains théologiens ont appelé l'im­passibilité de Dieu. Je trouve que dans cette phrase il y a une telle fragilité que Dieu nous révèle de Lui-même. "Par tes péchés, tu m'as traité comme un es­clave". Je trouve l'argument fort. Qu'est-ce que l'es­clave ? C'est celui qui est au service du maître, ce n'est même pas la bonne ou la servante qui ne fait la poussière qu'elle veut bien faire, le maître étant obligé de passer par-derrière pour bien faire le ménage. Non, il s'agit du véritable esclave, c'est-à-dire de celui qui n'est pas libre, de celui qui est emprisonné, de celui qui ne peut même pas avoir une identité. L'esclave ne peut pas agir par lui-même. L'esclave ne peut pas s'exprimer, on ne pense même pas qu'il puisse dire une parole. C'est l'inverse d'un homme libre. Dans la société à l'époque d'Israël, toute la société fonctionne et toute l'économie repose sur le système maître-es­clave. Ainsi donc, Dieu est esclave de nos péchés. Nous avons privé Dieu de parole par nos péchés. Non seulement nous l'avons privé de parole, mais choses très forte aussi, "par tes fautes, tu m'as fatigué". On pourrait, et je suis sûr que tel ou tel Père de l'Église en a fait une telle lecture, on retrouvera cette fatigue de Dieu au bord du puits lorsque la samaritaine le trouve effectivement fatigué. Tel ou tel Père de l'Église ne se sera pas privé de montrer que la fatigue de Jésus va jusqu'à celle de la croix, où là, il est vraiment donné comme le signe de celui qui n'est plus libre : cloué sur la croix, esclave de la mort et du péché.

Mais, heureusement, Dieu lui dit : "Mais moi, je pardonne tes révoltes à cause de moi-même et ne je veux plus me souvenir de tes péchés". Il me semble que cette Parole encore aujourd'hui est pour nous ré­volutionnaire, au vrai sens du terme, puisque cela nous fait retourner complètement. Dieu pardonne à cause de lui-même, parce qu'Il n'est pas homme, ou bien parce qu'étant pleinement homme, Il a été en-dessous de l'infra humain, de l'esclave, Il a été jusque dans la mort. Et là, Il dit : "C'est à cause de moi-même".

Frères et sœurs, il me semble que dans notre manière de nous situer par rapport au péché et au pé­ché, il y a une chose que nous avons peut-être oublié de dire souvent, quand nous nous confessons, c'est combien nous rendons vaine l'action de Dieu, com­bien nous le rendons encore esclave de nos péchés, combien nous le fatiguons encore par nos fautes, y compris quand nous confessons notre péché. Pourquoi ? parce qu'en fait, nous ne croyons pas à la liberté que Dieu nous donne. Nous sommes encore trop orgueil­leux et encore trop possessifs souvent de nos propres péchés, de notre propre mal, de nos propres fautes. Croyons-nous véritablement à cette libération et à cette nouveauté ? Il me semble que le véritable enjeu est là. Et je reprends alors ce que dit Isaïe lorsque Dieu s'adresse à cette humanité : "Parole du Saigneur : ne vous souvenez plus d'autrefois". Ne ressassez plus toujours les mêmes péchés. Ne vous laissez plus toujours enfermer par les mêmes fautes : vous me fatiguez. A la limite vous les possédez et vous êtes heureux de les posséder, vous avez quelque chose à vous. "Ne songez plus au passé". Le pardon, et bien sûr le pardon n'est pas l'oubli, mais si le pardon va au-delà de la justice, le pardon est aussi ce qui permet de dire : maintenant, c'est un jour nouveau. Isaïe le dit mieux que moi : "Voici que je fais un monde nouveau, il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides".

Frères et sœurs, que j'aimerais pour vous, comme pour moi-même, qu'effectivement, le sacre­ment de réconciliation, mais au-delà du sacrement de réconciliation, la réconciliation avec mes frères, comme celle avec moi-même soit l'occasion de ce monde nouveau et du fleuve qui passe dans le désert. Oui, mais voilà. "Qu'est-il le plus facile de dire à un homme : prends ton grabat et marche, ou tes péchés sont remis ?" Autrement dit, le vrai péché, c'est celui de la paralysie. Pourquoi ? D'abord, pas seulement ou en premier le paralytique, mais les pharisiens qui po­sent cette question : "Il blasphème cet homme-là. Tes péchés sont pardonnés, lève-toi prends ton grabat". Mais les pharisiens posent cette question : "Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Qui donc peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ?" Oui, ils font la question et la réponse. Et où est le problème ? C'est qu'ils n'ont pas l'intention de changer d'opinion, ce sont eux les premiers paralysés, ce sont eux les premiers à statu­fier les choses, ce sont eux les premiers à rendre vaine l'action de Dieu et à fatiguer Dieu. Le paralytique aussi. Est-ce qu'il venait pour que ses péchés soient pardonnés ? On ne le sait pas. On sait simplement qu'il faut quatre hommes au moins pour porter ce paralytique, et le faire arriver auprès de Jésus. Qu'est-ce qui est le plus facile ? Il avait besoin certainement de la guérison de ses péchés. Jésus l'avait deviné, sa véritable paralysie n'était pas physique, elle était mentale ou affective. Peut-être lui aussi, avait-il fati­gué Dieu en se crispant sur sa personne, en se crispant sur ses péchés, et en ne voyant ni le pardon ni la li­berté. C'est dur d'accepter d'être pardonné, c'est dur d'entendre la parole de l'autre qui dit mais oui, moi, ton passé, je le balaie parce que je fais de toi un monde nouveau, et je fais passer un fleuve dans le désert de ton cœur.

Ne vivons plus en paralysés, et surtout, ne pa­ralysons plus les autres dans leur péché parce qu'à force de fatiguer Dieu, Dieu aura peut-être Lui-même du mal à nous guérir si nous n'acceptons plus de voir les choses en face.

Je termine par là. Ce qui est le plus étonnant, c'est que le paralysé prend son grabat et marche. Nous, quand nous sortons du sacrement de réconciliation, ou quand nous sortons de la parole de quelqu'un qui dit : je te pardonne, on prend peut-être son grabat, mais c'est pour s'y rallonger aussi sec ! et épuiser les autres, au moins quatre hommes pour essayer de se faire porter par eux. Si nous rendons vaine la Parole de Dieu, le monde nouveau et les fleuves de notre cœur nous aurons un jour de la peine à trouver encore quelqu'un qui accepte de prendre notre grabat. Il faudra pour le coup, croire à la force et au pardon de Dieu. Je disais, c'est l'enjeu. Je le crois vraiment, nos fautes n'ont pas d'importance, notre péché non plus, parce que nous tournons toujours dans notre petit monde et nous avons fait de notre vie un centre. Ce qui est important, c'est d'écouter cette Parole de Dieu qui nous dit : "Prends ton grabat et marche !"

 

 

AMEN

 

 
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