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INVITÉS AU DÉCENTREMENT

Is 43, 18-19 + 21-22 + 24-25 ; 2 Co 1, 18-22 ; Mc 2, 1-12
Septième dimanche du temps ordinaire – Année B (19 février 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Je suis la porte !
Frères et sœurs, profitons de ce dimanche de la catéchèse familiale pour nous souvenir de notre enfance, quand nous aimions tellement jouer par exemple au jeu du gendarme et des voleurs. Le jeu est très simple, il y a des voleurs qui veulent dérober et de l'autre côté les gentils gendarmes qui font tout pour éviter que l'argent ou les objets de valeur ne soient dérobés. C'est un jeu de course poursuite et de cache-cache.

En fait, avec l'évangile d'aujourd'hui, nous avons une nouvelle mouture pas exactement les gendarmes et les voleurs, mais les voleurs et les voleurs ! Maintenant que j'ai piqué votre curiosité et que je pense que vous n'allez pas vous endormir les dix minutes prochaines, je reviens plus sérieusement à l'évangile du jour. Cet évangile que nous avons entendu, généralement, les différents commentaires focalisent notre esprit sur ce dialogue secret entre d'une part Jésus et d'autre part les scribes. A défaut d'être voleurs, les scribes ont toujours le mauvais rôle, ils sont les méchants et sont là pour mettre Jésus dans l'embarras en mettant au premier plan la divinité de Jésus et cela les foules l'ont compris.

Or, cette explication non seulement m'agace profondément, mais elle est très réductrice. En gardant toute la lumière sur les scribes et Jésus, et sur le fait que le miracle serait comme une preuve que Jésus donne de sa divinité, nous oublions quand même les protagonistes principaux qui sont le paralytique et surtout ces quatre hommes qui ont aidé le paralytique à venir auprès du Christ.

Jésus a dit : "Je suis la porte", et normalement en affirmant cela on pourrait penser que comme toute porte il est facile à voir, que le loquet est ouvert et que n'importe qui peut venir et entrer pour aller à sa rencontre. Il faut bien se rendre compte que dans cet évangile, tout est fait pour que ce pauvre paralytique ne puisse par arriver aux pieds de Jésus. D'abord, il est paralytique, cela veut dire que contrairement au reste de la foule, il ne peut pas se déplacer par lui-même pour venir vers Jésus. Même s'il avait pu marcher sur ses deux jambes, à moins qu'il se soit levé tôt et qu'il se soit précipité devant tout le monde en bousculant la foule pour entrer dans la maison, il y a de fortes chances pour qu'il soit resté quand même dehors !

Il y a donc à la fois la paralysie et la foule qui empêchent cet homme de rencontrer Jésus. C'est là qu'il y a ces quatre hommes, des vrais amis sur qui l'on peut compter, ils ne sont pas comme les amis de Job qui palabrent, qui essaient de lui expliquer l'origine de son mal, de sa souffrance, et ce n'est pas en réussissant quelquefois à revenir aux origines qu'on a la clé pour vivre et se projeter en avant. Les amis de ce paralytique ne cherchent pas à comprendre pourquoi il comme cela, mais plutôt à le projeter en avant et à l'amener aux pieds de Jésus. Ils font tout ce que bon voleur sait faire, surtout dans les évangiles et dans les textes anciens, et à l'époque, le meilleur moyen de voler dans une maison, c'est de percer un trou dans le mur. Ici, le voleur ne perce pas un trou dans le mur, mais il démolit le toit pour y déposer un homme souffrant aux pieds de Jésus.

Voici donc la requête non formulée, car jamais le paralytique ne prend la parole dans l'évangile, on ne l'entend pas et l'objet de la requête est simple : déposer cet homme paralytique devant Jésus qui s'est déjà taillé une bonne réputation de faiseur de miracles et de guérisons. Je reviens à mon image des voleurs, non pas qu'ici le voleur soit quelqu'un qui dérobe, mais le voleur ici est quelqu'un qui vient déposer une requête et qui, paradoxalement dépose cette demande un peu forcée, chacun va être comme déstabilisé et changé. Le paralytique et les quatre hommes sont venus pour une chose très précise : que cet homme puisse retrouver une intégrité physique.

La première chose que fait Jésus, ce n'est pas d'accéder à cette demande, mais c'est de se dérober à son tour, alors qu'on a déposé un malade à ses pieds, il se dérobe et il l'emmène ailleurs : "Va, tes péchés sont pardonnés". Mais, l'homme n'est pas venu pour cela, il est venu pour tout autre chose. Le Christ lui promet autre chose : le pardon des péchés. C'est là que se situe l'enjeu de l'évangile, le voleur et les voleurs. Ce que ces hommes veulent prendre auprès de Jésus, c'est la guérison, et c'est compréhensible quand nous souffrons dans notre corps, c'est bien connu que nous nous tournons plus souvent vers Dieu. Cet homme et ces hommes veulent quelque chose, et Jésus va leur donner tout autre chose.

Ce jeu que je viens d'évoquer rapidement, c'est ce que nous retrouvons très souvent dans la vie de l'Église, dans la vie d'une paroisse, quand des personnes de toutes conditions viennent à la porte du presbytère pour y déposer à leur manière une demande, que ce soit une demande de baptême, de mariage, de rencontre spirituelle, d'obsèques, souvent les gens viennent avec leurs propres requêtes et pensent déjà savoir ce dont ils ont besoin. Nous ne serions alors que des prestataires de service et notre rôle serait de donner ce que les gens attendent de nous, pas uniquement les prêtres, ou les catéchistes, ou les visiteurs de malades, ou ceux qui sont au relais Saint Martin ou ailleurs.

Or, ce qui est au centre même de la vie chrétienne, c'est ce véritable décentrement. Si je ne fais que rencontrer mon frère pour obtenir de lui ce que je veux depuis le départ, il n'y a pas de rencontre, il y a instrumentalisation de l'Église, des autres, et maintenant que j'ai eu ce que je veux, une belle célébration, au revoir et merci. La véritable rencontre se fait à une seule condition, qu'il y ait un décentrement, qu'il y ait un véritable voyage qui se fasse dans le cœur de celui qui reçoit mais aussi dans le cœur de celui qui a reçu. C'est ce qui va se passer dans le cœur de ces hommes et ceux qui comprennent le moins dans cet évangile, ce ne sont pas nécessairement les scribes. Eux ne font que comprendre la scène qui se passe devant eux, à travers les Écritures. Or, selon les Écritures, il n'y a qu'une seule personne qui peut pardonner les péchés c'est Dieu et cela voudrait dire que cet homme Jésus se prend pour Dieu. Ceux qui se trompent dans cet évangile, c'est la foule qui n'a pas compris qu'il y avait un véritable décentrement, un véritable voyage qui s'était opéré dans le cœur de ces quatre personnes, dans le cœur de cet homme et que tout l'enjeu était de les faire passer d'une simple demande de confort à autre chose, c'est-à-dire à une ouverture du cœur et au pardon. C'est cela qui est au centre de ce que veut Dieu et la foule n'a rien compris. Quand à la fin, la foule crie en disant qu'elle n'a jamais vu pareille merveille, ce n'est pas parce qu'elle a gardé dans son cœur le fait que Jésus a dit : "Va tes péchés sont pardonnés", eux, que voient-ils ? Ils voient que l'homme se lève sur ses deux jambes.

Cet évangile nous interroge au plus profond de notre demande. Non seulement nos demandes vis-à-vis de Dieu directement, mais aussi nos demandes vis-à-vis de l'Église et de nos frères. En définitive, le miracle le plus beau que Dieu aime à regarder, c'est quand un homme ou une femme vient avec une demande particulière et qu'au cœur de cette rencontre avec Dieu, son cœur est profondément changé, et qu'il repart différent. Il est venu aux pieds de Dieu déposer une demande, une intention particulière, et en fait, c'est comme les enfants qui attendent tel cadeau, et ils en reçoivent un autre à la place. Comment réagissons-nous vis-à-vis de Dieu quand nous avons fait une demande et que nous recevons autre chose ? C'est exactement ce que le Christ fait avec cet homme en lui pardonnant tous ses péchés.

Que ce dimanche des familles soit pour nous aussi l'occasion d'enseigner ce décentrement auprès des enfants. Le catéchisme, la vie chrétienne, la vie spirituelle, ce n'est pas simplement un cadre, ce n'est pas simplement de répondre à des questions. La vie chrétienne telle que nous avons à l'enseigner auprès des jeunes, c'est un véritable voyage, un véritable décentrement, d'oser prendre le risque face à Dieu que Dieu n'exaucera peut-être pas mon désir personnel mais il me donnera peut-être encore plus, une chose à laquelle je n'avais pas pensé. C'est de cette manière que même couché et mort symboliquement comme ce paralytique, nous pourrons nous relever et sortir par la grande porte, car effectivement, le Christ est la porte.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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