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EN GALILEE

Si 44, 1-2+8-15 ; Lc 10, 21-24

Vigiles du dix-septième dimanche du temps ordinaire – C

(27 juilllet 1980)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

A

 

llez dire à mes frères qu'ils partent en Galilée, et là, ils me verront". C'est en Galilée qu'avait commencé, pour nous les humains, la réalisation explicite et définitive du dessein de Dieu. C'est en Galilée que la vierge Marie avait vu cet envoyé du ciel venu lui annoncer qu'elle-même, non seulement porterait Dieu, mais qu'elle verrait Dieu en la personne de Jésus, son fils. C'est dans cette Galilée que Jésus avait accompli le premier signe et que les disciples, en voyant le signe de Cana, avaient commencé à croire. C'est en Galilée encore, que Jésus, un jour, avait appelé ses disciples sur une haute montagne, qu'Il s'était assis au milieu d'eux et leur avait dit : "Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu !" Et c'est sur une haute montagne de Galilée, qu'un soir, prenant avec Lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les amenant sur le sommet, Il s'était laissé transfigurer, Il avait laissé déborder de sa chair, de ses limites charnelles, tout ce feu intérieur de l'amour de Dieu, tout ce feu de sa divinité qui explosait en Lui, qui ne cessait d'attendre d'être comme projeté jusqu'aux limites du monde. Et c'est là que les disciples, dans un éclair foudroyant, avaient contemplé le visage transfiguré de leur Seigneur.

Et voici qu'après plusieurs années de marche, plusieurs années d'écoute, plusieurs années de fréquentation, proche ou moins proche, selon leur cœur, du Seigneur Jésus, ces années où ils avaient appris à être pauvres en esprit, à connaître et à aimer le Prince de la paix, à méditer l'œuvre de la miséricorde de Dieu, ces années où, petit à petit, ils s'acheminaient vers la souffrance du juste, vers le juste persécuté, vers le juste souffrant, vers le juste mis à mort, comme tant d'autres prophètes. Mais ce juste était le Fils de Dieu, et, voici que, ressuscitant, Il envoie ses disciples en Galilée, en disant aux femmes : eux aussi, eux encore, c'est là qu'ils me verront.

Ainsi s'accomplit, pour les disciples, selon l'évangile de Matthieu, cette béatitude : "Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu !" Avant la Pâque, les disciples avaient vu la chair humaine du Christ, en apprenant, petit à petit, à discerner sa divinité. Après Pâques, et toujours en Galilée, ils vont désormais voir Jésus transfiguré, voir sa divinité, sans cesser de discerner la marque et la présence de son corps de chair, à travers sa présence, à travers ses gestes, à travers ses paroles.

Pour nous, encore aujourd'hui, pour chacun de nous, il y a encore une terre de Galilée. Il y a encore une terre, dans cette humanité bouleversée, et parfois aussi bouleversante, il y a encore un lieu, où le Christ vient s'incarner, il y a encore des chemins où le Christ vient rassembler les hommes pour leur dire : "Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu !" Dans notre nuit, il y a encore des sommets où, si nous ne savons pas trop dormir, nous pouvons contempler, et parfois avec une certaine évidence, la présence du Transfiguré. Il y a encore, et nous allons le refaire, le signe de l'eau qui devient du vin, le signe du vin qui devient le sang du Ressuscité. Il y a toujours, dans le monde, ce lieu où le Christ nous envoie pour nous dire qu'Il est toujours avec nous, là où nous sommes, dans ce baptême que nous avons reçu, le jour où nous avons été plongés, par la main et la voix de l'Église dans la mort et la résurrection du Christ.

 

AMEN