AU FIL DES HOMELIES

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LE TROUPEAU DISPERSÉ

Ct 2, 8-14+3,1-4 ; Jn 20, 1-18

Vigiles du trentième dimanche du temps ordinaire – C

(26 octobre 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

e Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis", mais l'Écriture dit :"Je frapperai le Berger et les brebis seront dispersées". C'est exactement la situation dans laquelle on se trouve au début de cet évangile. Il a donné sa vie pour son petit troupeau. Il a été frappé à mort par la haine, par le péché du monde, par notre faute. Et les brebis, le troupeau, ont été dispersées : Pierre, Jean et les autres disciples qui se sont cachés dans le cénacle, Marie-Madeleine et les saintes femmes qui ont préparé, dans l'angoisse, leurs aromates pour ensevelir le corps du Seigneur, les disciples d'Emmaüs qui retournent déjà sur leur chemin, et tous ceux qui avaient connu Jésus et dont on ne parle pas : l'aveugle-né, ceux qu'Il avait guéris, tous ceux qui avaient cru en Lui, et qui, maintenant, par le péché, par la violence du mal, par le scandale de la croix, avaient été dispersés. Et voici que tout recommence. Et vous avez vu comment.

Lorsque Marie se rend au tombeau, elle voit le tombeau vide, chose tout à fait inattendue. Elle n'a qu'une hâte : le dire aux disciples, à Pierre et à Jean, comme si le fait de trouver quelque chose d'anormal re-soudait déjà ces liens d'amitié qui ne sont, peut-être à ce moment-là que le souvenir du Maître tant aimé, mais déjà le troupeau commence à se reformer. Un rien, et c'est déjà tout autre chose. Marie voit le tombeau vide et l'annonce à Pierre et à Jean. Et ceux-ci, comme par une force qui les attire vers ce lieu qui est vide, comme par une sorte de magnétisme, s'avancent et courent pour arriver vers ce tombeau. Ils ne voient rien, rien que le suaire et les bandelettes : le suaire étant plié à part. Marie n'avait rien regardé. Les apôtres commencent à voir les signes et prêtent grande attention à ces signes : "L'apôtre que Jésus aimait entra après Pierre : il vit et il crut." Pourtant, ils ne comprenaient pas encore ce que l'Écriture voulait dire : que le Messie ressusciterait.

Puis les disciples s'en retournent, comme si ce témoignage leur suffisait. Et Marie revient vers le tombeau en pleurant. Elle ne croit toujours pas. Et voici qu'elle se tient à la porte du tombeau et qu'elle éprouve déjà quelque chose du mystère de l'Église. Le Seigneur n'avait-il pas dit qu'il y avait plus de joie au ciel pour le pécheur qui se repent que pour les justes qui n'ont pas besoin de repentir. Ces anges, qui sont auprès du tombeau, ce sont les anges qui veillent à la naissance de l'Église et qui se penchent avec joie sur cette pauvre femme qui vient pleurer son maître, car, à travers ses larmes, à travers son angoisse et son attente, c'est déjà l'espérance de quelque chose qui se dessine dans son cœur.

Marie-Madeleine ne fait pas attention à cela. Tout à coup, elle sent une présence à ses côtés, elle croit que c'est le jardinier. Curieuse méprise qui consiste à considérer le pasteur comme le jardinier : le pasteur est celui qui veille sur le troupeau et elle pense que c'est le jardinier qui a emporté le corps, que c'est un voleur. Alors, le Christ se fait reconnaître : "Marie !" Elle répond : "Maître !" Alors se produit véritablement le début de l'Église : il y a quelqu'un, cette femme, Marie-Madeleine qui croit parce qu'elle a vu le Seigneur ressuscité. C'est à ce moment précis que naît l'Église, ou le corps de ceux qui croient, corps du Christ, corps de tous ceux qui se sont approchés du Seigneur ressuscité.

Mais alors, il se passe tout le contraire de ce qu'on pourrait attendre : on pourrait espérer que Marie-Madeleine reste auprès de son Seigneur, elle qui avait choisi la meilleure part et qui aimait tant entendre son enseignement. Or, voici que le Seigneur coupe court : "Ne me retiens pas ! Mais va dire à mes frères que je monte vers mon Père et votre Père!" Que d'allées et venues ! La première fois, c'était Marie-Madeleine elle-même qui, de sa propre initiative, avait couru vers les disciples pour annoncer le tombeau vide. Maintenant, c'est le Christ Lui-même qui envoie Marie-Madeleine vers les disciples. Ceci est un profond enseignement.

Lorsque le Pasteur a donné sa vie et remonte auprès du Père, il a donné sa vie pour le troupeau, et il veut que le troupeau vive de sa vie. C'est pour cela que, témoin de cette vie qui est donnée, Marie-Madeleine est la première à témoigner vraiment du Christ Ressuscité, parce qu'elle est la première avant même les apôtres, ce qui peut paraître surprenant. Le Christ a donné sa vie et a fait germer la vie de la foi, dans le cœur de Marie-Madeleine, pour montrer par là, que Marie-Madeleine, cette femme pécheresse, image de notre Église, image de nous-mêmes qui sommes pécheurs mais qui sommes appelés sans cesse à nous convertir, c'est toute l'Église, l'Église épouse du Christ, l'Église épouse purifiée, qui est appelée à vivre de la foi et de l'amour de son Seigneur qui a donné sa vie pour elle.

Mais par deux fois, elle est renvoyée aux disciples parce que le pasteur veut que les brebis, même si Lui n'est pas là présent, vivant et visible, même si Il est là de manière invisible, Il veut que ce troupeau soit rassemblé. C'est pourquoi il envoie Marie-Madeleine auprès des douze, annoncer aux douze que le Seigneur est ressuscité. Alors, les apôtres, qui ont vu les signes, pourront juger du témoignage de Marie-Madeleine. Vous comprenez pourquoi, Marie-Madeleine au moment où le Christ rejoint son Père, est renvoyée aux disciples et au groupe des Douze. C'est parce que la plénitude de la vie de la foi, la plénitude d'amour et de charité du Christ, qui sera répandue à travers toute l'Église, cela est donné à tous les croyants. Mais le Christ veut des pasteurs pour que ces croyants ne soient pas croyants chacun de leur côté, isolément, mais que, visiblement, ils soient rassemblés autour du Christ, vivant mais invisible, par ceux qui font de leur vie ce signe et cette oeuvre de rassemblement du troupeau autour d'un seul pasteur.

Voilà ce qu'est le mystère du prêtre. Par toute son existence, rassembler cette plénitude débordante de vie et d'amour dans le cœur de tout croyant rassembler cette plénitude auprès du Christ, dans l'amour infini du Christ. Et ce ministère s'accomplit comme un service. Les prêtres sont comme les apôtres Pierre et Jean.. Ils ne voient que des bandelettes et le suaire plié dans le tombeau. Ils ne voient que des signes, mais même s'ils ne voient que des signes, ils ont pour fonction, ils ont pour mission, de la part du Seigneur, de rassembler ce troupeau, de l'affermir, dans sa foi, de l'aider à approfondir cette connaissance et cette plénitude qu'ils ont reçue.

 

AMEN

 
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