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PRÉSENTATION DE JÉSUS

Lc 2, 25-32

Vigiles

(1er février 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

Fromentières : Circoncision

E

 

lle est belle cette rencontre entre un tout petit enfant et un vieil homme, elle est belle cette rencontre entre un enfant qui n'a encore humainement rien vu du monde et de sa vie, et ce vieil homme qui sait tout du monde et de sa vie. Elle est belle cette rencontre d'un Dieu muet et silencieux et d'un homme qui exulte de joie devant le silence de ce Dieu. Elle est belle cette rencontre de l'homme qui ouvre les bras pour accueillir son Dieu et ce Dieu qui, un jour, ouvrira aussi les siens pour accueillir l'humanité.

Elle est belle cette rencontre entre la vieillesse de l'humanité et la jeunesse de Dieu. Elle est belle cette rencontre de l'homme qui, poussé par l'Esprit, est venu dans le temple, quittant sa maison, lieu de sa méditation, de sa recherche de Dieu, et ce Dieu poussé par son Esprit d'amour qui quitte sa maison, lieu de sa recherche de l'homme pour rejoindre ce temple que l'homme a construit pour lui. Elle est belle cette rencontre, et pourtant d'une modestie, d'une sobriété d'une simplicité étonnante, mais la simplicité n'est-ce pas le visage avec lequel la vérité s'avance vers nous ?

Cette rencontre sans faste, sans trop de parole, sans gestes supplémentaires, c'est au fond la rencontre de deux regards, deux regards qui chacun portent tout un poids de vie. Ce poids de vie qui est, au fond une seule attente : l'attente de Siméon qui fut longue et l'attente de Dieu qui fut bien plus longue. L'attente de Siméon qui a duré toute sa vie humaine, c'est peu d'années, et l'attente de Dieu qui dure depuis son éternité. Le regard de Siméon chargé d'espérance, du désir qui habitait son cœur, chargé de l'Esprit qui le poussait sans cesse à croire qu'il ne verrait pas la mort sans voir le salut. Mais on n'attend pas Dieu toute sa vie sans connaître les ténèbres du doute, la brûlure de la souffrance, la difficulté du choix. Et d'un autre côté, Dieu n'attend pas l'homme sans que son attente, son regard se charge de toute l'intensité de son amour, de sa miséricorde. Attente qui s'aiguise au feu intérieur de sa patience qui deviendra un jour, d'ailleurs sa passion. Cette rencontre entre l'attente de l'homme chargée d'espérance, mais d'une espérance souvent mélangée de douleur, de peine, de doute, de désespoir. Cette attente de Dieu continuellement chargée, qui s'appesantissait sous le poids de son amour, de sa tendresse, sous le poids de son désir de rencontrer cette autre attente de l'humanité.

C'est dans le temple que l'homme et que Dieu se sont rencontrés. L'homme à la fin de sa vie, Dieu, au commencement de son humanité. Le Christ Jésus est lumière et l'homme est devenu paix. C'est pour cela que Siméon a dit : "Maintenant, maître, maître qui es un enfant, moi qui suis un vieillard mais ton serviteur, je peux aller en paix". Le Christ est lumière. A sa lumière, nous connaissons la paix. Cette paix vient dans notre cœur si nous accueillons cette lumière dans nos mains.

Nous allons recevoir, aujourd'hui encore, le corps du Seigneur Jésus dans l'eucharistie, nous allons faire le même geste que Siméon au soir de sa vie et nous ne pourrons pas dire autre chose devant ce Dieu reposant en nos mains, silencieux, que cette prière de Siméon : laisse, maintenant ton serviteur aller dans la paix, car mes yeux se sont remplis de ta lumière. Et parce que nous avons été illuminés par cette venue du Christ dans notre baptême, et parce que nous sommes poussés par l'Esprit, pour rejoindre le temple du Seigneur, cette prière c'est chaque soir qu'il nous faut la murmurer dans notre cœur, jusqu'au dernier soir de notre vie humaine.

Lorsque notre attente, et celle du Christ, s'achèvera non plus dans un temple de la terre, mais dans ce temple qui est son cœur, lorsque notre désir sera suffisamment pesant du désir et de l'espoir de rencontrer Dieu, que tout ce qui restera de fragilité ou de faiblesse humaine basculera, lorsque le désir de Dieu qui s'est fait chair, qui s'est fait homme accomplira pour nous notre destinée qui est de devenir Dieu, oui, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix. Nous ne connaîtrons pas la mort sans connaître, avant, le salut de Dieu. Nous ne verrons pas la mort puisque nous verrons Dieu.

 

AMEN