Imprimer

ON A ENLEVÉ MON SEIGNEUR

Jn 20, 1-18

Vigiles du sixième dimanche du temps ordinaire - B

(14 février 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

Où est mon Seigneur ?

O

 

n a enlevé mon Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l'a mis." Cette réflexion de Marie-Madeleine peut paraître le simple constat d'un événement. Cependant, dans l'évangile de saint Jean, il est beaucoup plus profond que cela. Dans ces quelques mots, est contenue toute une révélation du Seigneur, et tout un témoignage de Marie-Madeleine. Cette parole de Marie-Madeleine comporte deux verbes, le verbe "enlever" et le verbe "savoir" qui sont assez souvent employés par Jean dans son évangile.

Le verbe "enlever". Rappelez-vous le Baptiste, en montrant le Seigneur, au début de sa prédication, au début de sa vie publique avait dit : "Voici l'Agneau de Dieu, Celui qui enlève le péché du monde." Et Jésus Lui-même, encore au début de sa vie publique, lorsqu'Il a chassé les marchands du Temple a dit : "Enlevez tout cela". Ce mot dans l'évangile de saint Jean signifie une purification, une nouveauté et en même temps la destruction de quelque chose qui est mal, de quelque chose qui est mauvais, qui appesantit le cœur de l'homme. Jésus est Celui qui enlève le péché du monde et Il est Celui qui purifie le Temple de Dieu en enlevant tout ce que les hommes y ont apporté et qui les empêche, d'ailleurs, d'atteindre la véritable présence de Dieu.

Or Marie Madeleine dit : "On a enlevé mon Seigneur !" Ce n'est pas simplement une lecture hypothétique du tombeau vide. On a enlevé mon Seigneur, c'est vrai ! Le corps du Seigneur a été enlevé. Il a été enlevé par la vie, enlevé du tombeau et de la mort par la Résurrection, enlevé de cet endroit de péché par la gloire. Et ainsi, nous avons la révélation que le dernier obstacle à la Résurrection est détruit, que le prince de la mort est vaincu, que le péché du monde est vraiment enlevé, que tout ce qui est obstacle à la rencontre de Dieu est enlevé, que le Christ, en sortant victorieux du tombeau, est enlevé à la mort, nous purifie de nos péchés, et détruit en notre temple intérieur tout ce qui nous empêche de comprendre, d'atteindre, de saisir et de voir la présence de Dieu.

Le verbe "savoir". Là encore, il ne s'agit pas d'une connaissance intellectuelle. Souvenez-vous que le maître des noces de Cana ne savait pas d'où venait ce vin nouveau, meilleur que le premier. Souvenez-vous de la samaritaine à qui Jésus dit : "Si tu savais le don de Dieu !" Et encore des apôtres qui, en revenant de la ville de Samarie, ne savaient pas quelle était cette nourriture qui rassasiait le Christ, alors qu'Il parlait avec cette femme de Samarie. "Nous ne savons pas ou on l'a mis !" C'est vrai que nous ne savons pas géographiquement où a été mis le corps du Christ. Il n'y a pas de connaissance à cette ignorance. Mais ce que nous savons, par la révélation de la Résurrection, c'est que le corps du Christ est retourné dans la gloire du Père, car sa divinité a été manifestée jusque dans sa chair.

Ainsi, frères et sœurs, cette simple parole de Marie-Madeleine nous révèle toute une profondeur véhiculée par l'évangile de Jean, depuis les débuts de Jésus, sur les bords du Jourdain et en Galilée jusqu'à sa Résurrection. Il a bien été enlevé de la mort, purifiant en nous toute source, tout germe, toute mort définitive Nous ne savons pas où Il est, car Il est dans la gloire. Ce corps du Seigneur divinisé, est dans le ciel, près du Père et là, nous ne pouvons pas le toucher.

Voyez-vous, il y a quelque chose d'étonnant. C'est que Marie-Madeleine n'a pas pu toucher le corps du Seigneur. "Ne me touche pas lui dira Jésus "car je ne suis pas encore monté vers mon Père et votre Père". Alors que quelques heures plus tard Il insistera pour que les apôtres, Pierre et Jean et les autres, le touchent : "Voyez-moi, je ne suis pas un fantôme. Un fantôme n'a ni chair ni os. Touchez-moi !" Et à Thomas, Il dira : "Mets ta-main dans mon côté". Touche ce corps mort qui est ressuscité. Marie-Madeleine n'a pas eu ce privilège de toucher le corps du Seigneur, mais elle a eu celui de voir la première le Seigneur ressuscité. Et cela nous manifeste que les apôtres, ont dans l'Église, le rôle de prêcher et d'annoncer la Résurrection du Seigneur dans sa chair. C'est la prédication apostolique, c'est ce qu'il y a de plus profond et d'essentiel dans la vie de l'Église, dans son institution : proclamer que le Seigneur Jésus est vraiment ressuscité, qu'ils l'ont vu, qu'ils ont mangé avec Lui, qu'ils l'ont touché de leurs mains et donc que ce n'est pas un fantôme.

Marie-Madeleine a une autre prédication à faire. Elle est la figure de l'Église d'aujourd'hui qui attend le Seigneur, ce Seigneur qui est monté vers le Père, qui nous a été enlevé, ce Seigneur dont nous ignorons exactement la façon dont Il vit maintenant, mais que nous attendons. L'Église d'aujourd'hui proclame, à la suite des apôtres, que le Seigneur est vraiment ressuscité puisqu'ils l'ont touché de leurs mains, ils l'ont vu de leurs yeux. Mais l'Église, comme Marie-Madeleine, ne l'a pas touché. Cette Église que nous sommes, cette Église qui attend le Seigneur, qui vit de son désir de voir le Seigneur, cette Église qui sait très bien, dans son cœur, que maintenant il n'y a plus d'obstacles pour aimer ce Seigneur, pour le voir un jour, mais qui pour l'instant, ne peut pas le toucher.

Qu'en cette vigile, cette parole de Marie-Madeleine résonne dans notre cœur et nous aide à croire ce qu'ont affirmé les apôtres et à désirer toucher ce qu'a désiré toucher Marie-Madeleine, au matin de Pâques.

 

AMEN