AU FIL DES HOMELIES

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RÉSURRECTION ET PSAUME 3

Mt 28, 1-10+16-20 ; Ps 1-2-3

Vigiles du dix-septième dimanche du temps ordinaire – B

(25 juillet 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Jean de Malte : Finsonius - Résurrection

N

 

ous nous arrêtons rarement à cette petite péricope qui se trouve au milieu de l'évangile final de saint Matthieu où il nous est dit que les soldats, devant le prodige dont ils venaient d'être témoins cet ange qui avait roulé la pierre, ces femmes qui avaient vu le tombeau vide, les soldats s'en vinrent retrouver les grands prêtres leur raconter tout ce qui avait été vu. Pourtant ce moment de la résurrection du Christ est précisément celui que nous avons sous les yeux tous les jours dans notre église puisque le tableau du Christ ressuscité illustre cette scène du Christ surgissant du tombeau devant les soldats étonnés, certains encore assoupis, d'autres effondrés. Le tableau si beau de Finsonius nous montre le Christ au moment où la lumière qui émane de Lui, la lumière de sa résurrection, prend en quelque sorte possession des armures mêmes des soldats, symbole de ces forces du mal qui veulent s'opposer à la résurrection du Christ, qui veulent s'opposer à sa lumière, à sa vérité. Vous le remarquerez, ce tableau est tout entier fait sur le contraste entre la lumière du Christ et les ténèbres qui l'entourent. Petit à petit, cette lumière prend possession des ténèbres car c'est précisément sur les casques et les armures, les épées que cette lumière rayonne, que, émanant du corps du Christ ressuscité, elle prend possession de ce monde hostile, de ce monde qui refuse la lumière.

Ce passage d'évangile qui nous montre la façon bien maladroite des grands prêtres d'essayer de résoudre le problème puisqu'ils font dire aux soldats que c'est pendant leur sommeil que les disciples sont venus chercher le corps du Seigneur, comme si on pouvait témoigner de quelque chose qui s'est passé pendant qu'on dormait, cette fable bien malheureuse, bien maladroite est comme le résumé de beaucoup d'objections qui frappent souvent les esprits de nos contemporains et qui sont pourtant si fragiles devant la véritable lumière du Christ, si nous voulons la regarder en face.

Pour méditer cette page d'évangile, je vous invite à relire ce psaume troisième que nous avons chanté tout à l'heure. Ce psaume nous remet bien dans la véritable situation. Le Christ est seul, seul au milieu de la multitude de ceux qui lui sont hostiles. La multitude ce sont les grands prêtres, les pharisiens, les scribes, ce sont tous les gens qui ont quelque autorité dans le peuple juif et qui, tous, ont refusé ce message du Christ parce qu'ils l'ont taxé de blasphème, parce qu'ils ont refusé de reconnaître la parole de Dieu, parce qu'ils ont pensé que le Messie ne pouvait pas être cet homme qui parlait de la miséricorde de Dieu, même si cette miséricorde allait plus loin que la Loi de Moïse. La multitude qui entoure le Christ de toutes parts, ce sont les romains, ces occupants, ces païens, ces gens qui s'occupent de tellement d'autres choses que de ce qui regarde la foi et la religion, Pilate cet homme politique, qui ne voudrait pas condamner Jésus mais qui cédera devant la pression des juifs. La multitude, c'est cette foule qui avait acclamé Jésus le jour des Rameaux et qui l'a laissé tomber quelques jours après parce qu'ils "n'avaient pas de racines", et parce qu'ils étaient tellement influençables. La multitude, c'est aussi les apôtres qui se sont enfuis, qui ont laissé Jésus seul. Oui, en vérité, comme nous sommes chrétiens et malgré notre petit nombre, nous avons l'impression de représenter quand même quelque chose de fort et de puissant, nous ne nous rendons pas compte que notre foi s'enracine dans la solitude du Christ. Le Christ, pendant sa Passion et au moment de sa résurrection, est seul en face de toutes les puissances du mal. C'est pourquoi Il peut s'écrier : "Qu'ils sont nombreux mes oppresseurs, qu'ils sont nombreux ceux qui se lèvent contre Moi, nombreux ceux qui m'encerclent de toutes parts !" Et vous le voyez sur ce tableau, le Christ, seul point de lumière est encerclé de toutes parts, par les puissances des ténèbres, par ces soldats postés là pour empêcher, en quelque sorte, que la vie triomphe de la mort : "Nombreux ceux qui m'encerclent de toutes parts, cette multitude qui dit de moi : Il ne trouvera pas le salut en son Dieu !" Cette multitude, c'est la multitude de la négation, du mensonge qui refuse que le Christ soit porteur du salut, porteur de la bénédiction.

Mais le Christ, parce qu'Il est amour, non seulement de ceux qui lui sont fidèles, en réalité quels sont ceux qui Lui sont fidèles ? Il n'y avait personne de fidèle au Christ car, en dehors de ses ennemis, ses disciples avaient fui, l'avaient abandonné. Il ne restait personne, sa mère seulement et deux femmes au pied de la croix. Et puis, ces femmes aussi pour venir pleurer à son tombeau, qui était fidèle au Christ ? Alors, le Christ seul, seul au milieu de l'hostilité, de l'indifférence ou de la crainte, seul au milieu de la peur, du doute, le Christ seul se confie en Dieu : "Toi, Seigneur, Tu es ma gloire. Tu es ma gloire, Tu es ma Lumière, Tu es ma force ! C'est Toi qui me redresses la tête ! Lève-Toi, Seigneur ! Lève-Toi pour me mettre debout, pour me relever, pour redresser mon visage pour que, moi qui m'étais couché dans le tombeau, moi qui m'étais endormi dans la mort, je me réveille Seigneur, pose ta main sur Moi !"

Le Père a posé sa main sur le Christ couché dans le tombeau, endormi dans la mort. Le Père a relevé son Fils. Il a relevé sa tête. Il l'a mis debout, Il l'a dressé. Il a frappé tous ses ennemis. Il a brisé la force des impies car Il est la gloire du Christ. Sur la croix, le Christ avait crié, à pleine voix, vers son Père. Il était sûr que son Père répondrait. C'est pourquoi Il s'est couché, Il s'est endormi dans la paix car Il savait qu'Il s'éveillerait, car Il savait que son Père poserait sa main sur Lui. Et Il a trouvé le salut en son Père. Et c'est pourquoi ce salut qui vient du Père et qui a ruisselé sur le Christ, et qui a mis le Christ debout au milieu de cette multitude qui l'entourait de toutes parts, ce salut découle sur tout le peuple comme une bénédiction : "Oui, de Toi, Seigneur, vient mon salut et sur ton peuple, ta bénédiction !"

Car, nous tous, frères et sœurs qui, comme les disciples, avons douté, qui comme les disciples, avons eu peur, qui comme les disciples, si souvent avons laissé le Seigneur seul, l'avons abandonné, sur nous tous a ruisselé la bénédiction du Christ parce que son salut est notre salut, parce que sa victoire est notre victoire, parce que sa lumière est notre lumière, parce que, vous le voyez sur ce tableau, la lumière rayonne sur les ténèbres elles-mêmes. Ce sont les ténèbres de notre péché, car même si nous ne sommes pas des soldats qui gardent le tombeau du Christ, même si nous sommes simplement les disciples qui se sont enfuis dans la crainte, nous sommes quand même parqués dans les ténèbres. Sur nos ténèbres a lui la lumière du Christ. C'est cela l'enseignement de la résurrection. La résurrection du Christ n'est pas seulement un mystère de salut pour Lui, c'est un mystère de salut pour ceux qui ne croyaient pas, pour ceux qui étaient enfoncés dans le doute ou dans la haine, ou dans le refus. Pour tous, cette lumière a brillé. Cette lumière a pris possession, d'abord de ceux qui étaient dans les ténèbres, de nous qui étions dans les ténèbres, de nous qui sommes dans les ténèbres de notre péché. C'est pour nous qu'est la lumière de la résurrection. Et la première aurore du Christ ressuscité brille sur les casques et les cuirasses des soldats qui voulaient empêcher cette résurrection.

 

AMEN

 
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