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QU'EST-CE QUE LA RÉSURRECTION ?

Mc 16, 1-20

Vigiles du vingt-sixième dimanche du temps ordinaire – B

(26 septembre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Q

 

u'est-ce que nous entendons, au fait, par le mot Résurrection ? Cette question revient à nous demander ce que nous entendons par le mot vie ? En effet, il n'est pas sûr que lorsque nous parlons de la vie, nous voulions dire exactement ce que croyaient et ce que pensaient les hommes du peuple de Dieu, ce que Dieu leur avait révélé et manifesté par son Fils ressuscité d'entre les morts.

La plupart du temps nous avons de la vie une expérience médicale, une expérience biologique. La vie c'est ce qui grandit, c'est le signe d'une sorte d'autonomie, c'est le fait que quelqu'un se trouve en bonne santé, qu'il peut agir à sa guise, qu'il n'est pas diminué par une quelconque infirmité, qu'il n'a pas besoin d'aller voir le médecin, qu'il se trouve parfaitement bien dans sa peau. Tout cela, c'est une manière de signifier la vie, et c'est réel, c'est vrai. En effet, être vivant, pour nous, dans notre expérience la plus quotidienne, c'est cette manière dont nous tenons notre existence entre nos mains, dont nous gérons notre propre vie, avec cette note d'une immédiateté. La vie, c'est ce que nous sentons palpiter dans notre corps, dans nos membres dans notre cœur, dans notre psychologie, dans notre intelligence, dans notre esprit. C'est pour cela qu'aujourd'hui on veut tellement faire d'expériences vécues, parce qu'à ce moment-là on a le sentiment de la plénitude de notre moi, de notre existence. On se livre à corps perdu dans le risque, dans le danger. On essaie quelque chose, le goût de l'aventure.

Tout cela c'est la vie comme une sorte d'accomplissement personnel, c'est une sorte de projet humain que l'on se donne et que l'on veut réaliser de toutes les manières qui nous paraissent les plus agréables ou les plus opportunes, ou les plus avantageuses. Mais, est-ce bien cela dont il s'agit ? Si nous devons penser la Résurrection à partir de là, elle nous apparaîtra toujours comme une sorte de survie. Le Christ serait ce médecin, le seul dans son genre, à exercer cette profession qui empêche les gens de mourir. Le Christ serait Celui qui sait donner la vie de telle sorte que cela dure toujours. Et, dans cette perspective-là, la résurrection, serait une sorte de survie. C'est le Christ qui se survit à Lui-même au-delà de la mort, et puis c'est le Christ qui nous fait survivre nous-mêmes au-delà de la mort. Mais, dans un cas comme dans l'autre, nous pensons toujours que, on a repris notre bien, on a retrouvé notre chez-soi, notre vie à nous, telle que nous l'entendions auparavant, et que ça continue, et que ça dure.

Or, la résurrection ne signifie peut-être pas tout à fait cela. Elle signifie peut-être davantage, parce que, dans la Bible, la vie signifie beaucoup plus que cette espèce d'élan vital, de force qui se déploie. Dans la Bible, la vie est toujours rattachée, d'une manière ou d'une autre, au fait que l'on se tient en face de Dieu. Souvenez-vous de certains passages des psaumes, surtout des psaumes de la Loi : "Tu m'apprendras le chemin de vie, Tu me feras connaître le chemin de La vie !" C'est la Loi. Or la Loi n'a jamais empêché personne de mourir. Pourquoi est-ce le chemin de la vie ? C'est parce que la Loi est ce qui fait vivre vraiment en présence de Dieu, en face de Dieu. Pour le psalmiste, vivre un jour dans la maison de Dieu équivaut à vivre mille jours ailleurs, comme si au moment où l'on se tient devant Dieu, la vie était intensifiée par mille. Lorsque Dieu crée les vivants, ce qu'Il leur dit : "Croissez et multipliez-vous" c'est-à-dire d'accomplir la fonction même de la vie dans la reproduction, dans la communion du mâle et de la femelle, de l'homme et de la femme, manifestant par là que la forme supérieure de la vie se traduit toujours dans une communion profonde. Par conséquent, la valeur profonde de la vie c'est toujours d'abord le fait de se trouver soit en présence de Dieu, soit en présence de l'autre, de celui qu'on aime ou de celui dont on est aimé.

Le sens profond de la vie ne désignait pas tant cette espèce d'effort pour survivre, par lequel nous refermons les mains sur ce petit lot de vie que nous tenons et auquel nous tenons tant mais l'expérience même de la vie, dans la Bible, c'est ce moment où l'on se trouve dans la présence même du Dieu vivant, un Dieu vivant aux prises avec l'homme vivant. C'est dans ce face à face que circule la vie. Et la résurrection est précisément, dans son origine, ce moment où le Christ, dans sa chair, qui normalement était vouée à la mort, s'est tenu en présence de son Père. Paradoxalement, je dirais que le premier moment de la Résurrection du Christ, c'est sa mort. C'est-à-dire, c'est le moment où Il accepte tout le poids du mal et du péché qui met à mort son corps, sa chair, qui le met à mort dans son existence humaine. Et, précisément, au moment même où Il est mis à mort, voici qu'Il invoque son Père.

La résurrection est déjà commencée car le Fils unique de Dieu présente déjà à son Père cette humanité qu'Il avait prise et que les hommes ont lacérée, ont défigurée, ont broyée, ont mise à mort. Et la résurrection commence déjà dans cet acte où le Christ, en présence de son Père, lui dit : "Voici, je viens ! Tu m'as façonné un corps, c'est pour faire Ta volonté !" Et la résurrection commence en ce moment où le Christ, s'avançant vers son Père, dépose, pour ainsi dire à ses pieds, son corps, son humanité morte en Lui disant que c'est là ce qu'Il veut Lui donner, pour les hommes, pour nous et pour notre salut. Parce que cette chair, livrée à la mort, est introduite dans ce dialogue, dans ce vis-à-vis, dans cette présence du Fils à son Père, dans cette communion de vie, c'est alors que s'accomplit vraiment l'œuvre du Père qui est la source de toute vie et que s'accomplit la Résurrection telle que les femmes et les apôtres l'ont connue, et en ont été les témoins.

A partir du moment où cette humanité du Christ, a été introduite dans ce dialogue éternel de la vie trinitaire, alors, cette chair ne pouvait plus rester dans la mort. Le Père a ressuscité son Fils dans son humanité. Voilà ce que nous célébrons tout le temps et voilà ce que nous devrions mettre sous le mot vie. Vivre, ce n'est pas subsister, ce n'est pas survivre. Vivre, c'est rechercher la présence du seul vivant, du Père qui nous ressuscitera un jour, en son Fils Jésus-Christ.

 

AMEN