AU FIL DES HOMELIES

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VOICI LE JOUR !

Jn 20, 19-31

Vigiles du trente-et-unième dimanche du temps ordinaire B

(31 octobre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Tolo : Lever du soleil

V

 

oici le Jour que fit le Seigneur !" Effectivement, comme nous l'expliquait Saint Augustin tout à l'heure, c'est le Christ qui est le jour. C'est la présence même du Verbe, Fils de Dieu : "Au commencement était la Lumière!", c'est la présence même de cette lumière au cœur du monde qui fait son propre jour. Au début de la création, le monde entier est créé d'abord dans la lumière. En effet, l'œuvre du premier jour c'est précisément la lumière et les ténèbres, la lumière qui, par la puissance de Dieu, jaillit de la masse des ténèbres et du chaos de l'abîme. Et toute chose, toute réalité prend sa consistance, son poids, sa vie, son être au cœur même de la lumière, comme si, au fond, la lumière n'était rien d'autre que le projet créateur de Dieu sur l'univers. La lumière a toujours ce caractère d'être une présence, d'être ce qui illumine, d'être ce qui fait voir sans être elle-même vue. Et c'est bien là le mystère de Dieu. Il est Celui qui nous fait être, Celui qui nous fait voir sans que, pour nos yeux qui sont trop faibles, nous puissions nous-mêmes le voir tel qu'Il est.

Et la Résurrection, c'est précisément ce mystère de la lumière qui vient briller non seulement au cœur de l'être mais au cœur de notre péché, au cœur de notre oubli de Dieu, au cœur de notre éloignement de Dieu. Lorsque le Christ vient dans le Cénacle, Il vient au milieu des disciples qui n'ont pas foi en la mission divine de leur Seigneur. Il vient au milieu des disciples au moment même où, après l'épreuve de la croix, ils ont tout abandonné. Et ses disciples vivent dans la ténèbres. Ils ne veulent même pas croire le témoignage de Marie-Madeleine et des femmes qui sont allées au tombeau.

Ainsi, il faut que le Christ fasse briller sa lumière, fasse resplendir son Jour, aux yeux des disciples, pour qu'ils le reconnaissent. Et c'est là, peut-être le grand mystère de la Résurrection. Car le mystère de la résurrection, c'est cela peut-être que comprend Thomas. Ce n'est pas simplement de toucher la chair, ce n'est pas simplement de toucher le corps du Christ, ce qui est pourtant déjà une grande chose, mais le mystère profond de la Résurrection, c'est de toucher le corps du Christ Ressuscité dans la lumière même qu'est le Seigneur. C'est dans la conjonction de cette double expérience, de la reconnaissance de ce Jésus qu'ils avaient connu sur les routes de Galilée, Celui qu'ils avaient touché de leurs mains, déjà, avant sa mort, Celui qu'ils avaient vu de leurs yeux et, en même temps, le fait, maintenant, de le toucher dans le jour même du Seigneur, c'est-à-dire dans la lumière même dans laquelle Il se livre, qui est la gloire du Père qui l'a transfiguré. Voilà ce qui est le cœur même de la Résurrection.

Et c'est pourquoi, trop souvent, lorsque nous disons qu'il nous serait plus facile de croire si nous pouvions, comme Thomas, toucher le corps du Seigneur, mettre la main dans son côté, voir ses plaies, cela nous serait plus facile de croire, nous nous trompons. Car, en réalité, le cœur même de la confession de la Résurrection, ce n'est pas simplement de toucher un être de chair, cette chair fût-elle glorifiée, mais c'est, l'ayant touchée, reconnaître cette lumière qui nous permet de le reconnaître. C'est de pouvoir dire, avec Thomas : "Mon Seigneur et mon Dieu !" Ce qui est le plus important dans la Résurrection, c'est non seulement de reconnaître la chair du Sauveur, mais de reconnaître la lumière qui est le Sauveur Lui-même et qui fait resplendir sa chair à nos yeux. Et c'est à partir du moment où nous reconnaissons que c'est dans la lumière même de la présence du Christ que nous touchons sa chair de Ressuscité, qu'à ce moment-là, l'expérience même du témoignage des disciples, l'expérience même de la re-connaissance du Ressuscité est vraie. A ce moment-là même, s'accomplit ce dessein de Dieu sur nous. A ce moment-là s'illumine la présence du Verbe de Dieu sur nous, et nous reconnaissons le dessein de Dieu tel qu'il s'est réalisé pour nous, dans la chair du Christ, d'abord crucifié sur la croix et ensuite ressuscité d'entre les morts.

"Voici le jour que fait le Seigneur !" Le sens même de notre vie de baptisés aujourd'hui, ce n'est peut-être pas encore de toucher la chair du Ressuscité, ce que nous ne ferons que lorsque nous serons face à face et que nous contemplerons le visage du Seigneur, mais pour l'instant c'est de vivre dans le jour du Seigneur. Car, par le baptême, nous nous tenons déjà dans cette lumière du Ressuscité qui irradie sur nous, dans ce dessein de salut de Dieu sur le cœur même de notre péché, sur le cœur même de notre détresse. Et plus nous essayons de nous tenir dans le jour, dans la lumière qu'est le Seigneur, plus nous pouvons le confesser en vérité et plus, en même temps, nous pouvons découvrir le dessein de Dieu sur nous : faire que nous nous tenions dans la lumière pour qu'un jour, touchant la chair ressuscitée, nous puissions, comme Thomas nous écrier : "Mon Seigneur et mon Dieu !"

 

AMEN


 
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