AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DU TEMPLE

Ez 43, 4-7 et Ez 44, 1-3 a ; Lc 21, 5-7+29-33+36-38

Vigiles de la fête de la Présentation – A

(5 février 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Présentation au Temple

L

 

'évangile que nous venons d'entendre, la prophétie par le Christ de la destruction du Temple nous invite à nous arrêter quelques instants, en cette fête de la Présentation de Jésus, sur le mystère du Temple. Au jour de sa Présentation, Dieu fait homme, Dieu incarné en chair humaine entre, pour la première fois, dans son Temple. Dieu vient prendre possession de son Temple.

Depuis l'époque lointaine où Dieu avait tiré son peuple d'Egypte, où Il l'avait conduit à travers le désert, où Il lui avait donné à travers la mer Rouge et la nuée, les signes avant coureurs du baptême et de la présence de l'Esprit Saint, depuis ce temps où Dieu, sur le mont Sinaï, avait donné au peuple la Loi de la liberté, Dieu avait manifesté qu'Il était partie prenante de l'histoire de ce peuple, de la vie quotidienne de ce peuple. Et le livre des Nombres nous raconte que la nuée, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, s'élevait quand Dieu indiquait à son peuple qu'il devait lever le camp et s'en aller à travers le désert, et la nuée s'arrêtait quand Dieu voulait que le peuple reste dans un même lieu. Quelquefois la nuée restait au même lieu pendant un jour ou dix jours ou des mois. Et ainsi, à travers le désert, le peuple s'était habitué à cette présence à la fois obscure et très douce, protectrice, à la fois terrifiante et consolante de Dieu au milieu de lui. Et sous la nuée, il y avait la tente de réunion, autour de laquelle le peuple se rassemblait et dans laquelle il y avait l'arche, signe, signe vide, mais signe tout de même de la mystérieuse présence de Dieu, présence invisible mais réelle.

Plus tard, quand David puis Salomon avaient conçu dans leur cœur le projet de construire une demeure pour Dieu, Dieu avait commencé par dire : "Ce n'est pas vous qui me construirez une maison, c'est Moi qui vous construirai une maison", jouant sur les mots pour passer de la maison-demeure à la maison-lignage, descendance, famille, dynastie. Puis Dieu avait accepté cependant que le Temple soit construit, que l'arche y soit déposée et que le Saint des Saints devienne son marche-pied, le marche-pied de son trône, l'endroit où Dieu posait les pieds sur la terre, le point de contact entre le ciel et la terre.

Le prophète Ezéchiel nous parle de cette nuée qui remplissait le Temple. Au moment de la dédicace par Salomon, la nuée avait envahi le Temple pour manifester que Dieu était là. Et plus tard, Ezéchiel avait vu la nuée s'en aller, au moment de l'Exil. Dieu était parti du Temple, du Temple abandonné puis détruit. Ezéchiel avait compris que la nuée suivait le peuple et que désormais Dieu, au lieu de rester fixé en un lieu, était en route, en chemin avec son peuple, vers l'exil. Ezéchiel avait compris aussi que viendrait un temps mystérieux, un temps dans un avenir lointain qui serait le temps de l'accomplissement où un Temple nouveau, un temple d'une espèce et d'une nature nouvelle dont les dimensions et les proportions n'ont rien de comparable avec les choses de la terre, un temple serait édifié dans lequel la Gloire de Dieu, à nouveau, résiderait.

Or voila que, aujourd'hui, Dieu a façonné dans le sein de la vierge Marie la chair de son enfant, la chair de son Fils. Dieu n'est pas seulement présent à travers le signe de la nuée, Il n'est pas présent seulement dans l'invisible de l'arche. Voici que, maintenant, Dieu est présent parmi les hommes dans cet enfant, dans cet enfant des hommes, dans cet homme Jésus. Et quand Jésus entre dans le Temple, c'est la nouvelle présence de Dieu qui vient visiter le lieu de la présence symbolique qui avait annoncé l'Incarnation. Ce Temple, c'était l'annonce d'une manifestation de Dieu qui ne serait plus seulement un signe mais une réalité concrète, tangible. Dieu planterait sa Tente parmi nous, Dieu viendrait habiter parmi les hommes. Quand Jésus rentre dans le Temple une présence nouvelle se manifeste qui n'avait jamais eu lieu dans ce Temple mais qui avait été annoncée par lui. Les générations avaient concentré leur attente sur ce lieu où le ciel se faisait plus proche de la terre et où l'on pressentait que les cieux s'ouvriraient et que la communication entre le cœur des hommes et le cœur de Dieu pourrait s'établir. C'est pourquoi les générations de l'Ancien Testament étaient venues se presser autour de ce Temple de Jérusalem, pour y attendre Dieu, pour guetter la venue de Dieu, pour adorer la présence mystérieuse qui annonçait quelque chose de plus grand, quelque chose d'incroyable et d'inattendu. Et voilà que cet incroyable, cet inattendu a lieu, voilà que Dieu est là, en chair et en os. Dieu est là vivant comme un homme parmi les hommes, Dieu est entré dans le Temple et désormais le Temple a accompli sa mission symbolique, prophétique, le Temple n'a plus de raison d'être.

Le Temple n'a plus de raison d'être puisque la présence nouvelle de Dieu, infiniment plus parfaite le remplace. La chair de Jésus est un Temple nouveau, infiniment plus qu'un temple. Elle est la demeure de Dieu, infiniment plus qu'une demeure. Elle est Dieu Lui-même, Dieu prenant chair, Dieu se faisant nôtre, Dieu établi en terre, dans notre terre, dans notre humanité. Et c'est pourquoi, désormais, le Temple peut cesser d'exister. Le Temple a joué ce rôle d'annonce prophétique et il pourra être détruit car, comme le pressentait Ezéchiel, la nuée de Dieu désormais habite son peuple. Elle n'est plus fixée à un endroit. Le corps du Christ est le lieu de la présence de Dieu. Et ce corps du Christ ce n'est pas seulement le corps de chair de cet enfant. Il va nous associer à son corps, Il va faire de nous les membres de son corps. Il va nous donner son corps en nourriture pour que son corps devienne notre corps. Par l'eucharistie, nous allons nous nourrir du corps du Christ, devenir le corps du Christ. Et l'Église nouvelle, ce n'est plus un lieu, ce n'est plus un temple, ce n'est plus un édifice. L'Église, c'est nous, c'est notre assemblée, car c'est en nous que réside réellement la présence de Dieu, cette présence de Dieu telle qu'elle existait dans le Christ Jésus qui se continue en nous car Il nous a donné son Esprit pour que nous devenions d'autres Christs, pour que nous soyons le Christ, pour que l'Église soit le corps du Christ, le Christ continué. Et si cet édifice s'appelle l'église ce n'est pas parce que Dieu y serait présent mais parce que nous nous y rassemblons et que nous sommes, nous, la présence de Dieu et que c'est par nous que Dieu est présent dans cette demeure.

Le Temple de Jérusalem avait rempli sa mission, il n'avait plus de raison d'être et c'est pourquoi il pouvait être détruit. Il n'en resterait pas pierre sur pierre, sinon cette pierre précieuse, angulaire, choisie par Dieu, cette pierre qu'est le Christ Lui-même et sur laquelle vont s'édifier les pierres vivantes que nous sommes, afin que, désormais, le mystère de la Présentation du Christ soit le mystère de sa présence en nous et de sa présence par nous dans le monde, jusqu'à ce que le monde lui devienne présent quand toutes choses s'éclaireront dans la lumière définitive.

 

AMEN

 
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