AU FIL DES HOMELIES

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LA CHAMBRE HAUTE

Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1-11a
Septième dimanche de Pâques - année A (5 juin 2011)
Homélie du frère Christophe LEBLANC

Jérusalem : le Cénacle …

 

"Ils montèrent à l'étage de la maison, c'est là qu'ils se tenaient tous, Pierre, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée Simon le Zélote et Jude. D'un seul cœur ils participaient fidèlement à la prière avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus et avec ses frères".

Frères et sœurs, on a l'impression d'entendre la liste de réfugiés du groupe d'un homme, d'un rabbin qui a été crucifié et qui viennent se réfugier dans un endroit qui leur est familier. En entendant s'égrener tous ces prénoms, je pense que vous avez comme moi en tête, les épisodes extrêmement célèbres qui sont liés à chacun de ces apôtres, à chacun de ces noms. Pierre, l'éternel bon élève qui ne peut pas s'empêcher d'être un peu gaffeur, Thomas celui qui remettait en question la résurrection du Christ, sans compter ceux qui voulaient avoir la meilleure part et être assis à la droite du Christ dans la gloire, sans oublier ceux qui avaient demandé à Jésus de fusiller par un éclair un village qui les avait mal reçus, et il en manque un, le fils de perdition comme dit le texte. Mais en même temps, il est comme remplacé par Marie, la plus fine, la plus intelligente parce qu'elle ne comprenait peut-être pas tout ce qui se passait, mais elle gardait tout cela soigneusement en son cœur afin qu'un jour elle puisse comprendre, et il y a même les frères de Jésus, ceux-là qui étaient venus le saisir parce que disaient-ils, il devenait fou et il fallait le ramener à la maison.

Ce texte, après l'Ascension, et avant la Pentecôte peut nous sembler étrange car il nous laisse la peinture d'un groupe qui nous apparaît comme fermé sur lui-même, à la fois sur le passé et à la fois sur l'avenir. Et en même temps, on ne prête pas assez attention à ce texte, car à force d'égrener des prénoms liés à des actions précises, on totémise les gens, c'est-à-dire qu'on les enferme dans ce qu'ils ont pu être à un moment donné de leur vie, mais qu'ils ne sont peut-être plus. C'est tellement plus facile de totémiser les gens et de les arrêter sur certaines actions qui ont été les leurs. On oublie que tous ces braves gens, qui d'ailleurs ne s'entendaient pas toujours bien entre eux, se retrouvent ensemble dans la chambre haute. Cette chambre haute dont on peut penser que c'est la même dont il est question du chapitre vingt-quatrième de l'évangile de Luc, cette chambre dans laquelle le dernier repas a été célébré. Cette chambre où probablement aussi, Jésus s'est agenouillé pour laver les pieds de ses disciples. Cette chambre dans laquelle Jésus s'est tourné vers les apôtres et leur a transmis son héritage. Cette chambre haute dans laquelle les apôtres ont été témoins de cette prière dont nous venons d'entendre un extrait : la prière de Jésus à son Père. En fait, ce n'est pas un lieu de refuge, ce n'est pas un lieu d'enfermement, ce n'est pas un lieu dans lequel se réfugient des hommes et des femmes qui ont peur de l'avenir, car c'est Jésus lui-même qui l'a dit à la fin de l'évangile : avant même d'aller évangéliser, retournez dans cette chambre haute et attendez.

Ce n'est donc pas un lieu de peur, c'est un lieu de transformation dans lequel ils viennent avec ce qu'ils ont été et le déposent aux pieds de Dieu, aux pieds du Christ qui est monté auprès du Père, et ils attendent. C'est un lieu de transformation parce qu'ils vont y vivre, eux qui sont devenus le Corps du Christ qui est l'Église, ils vont y faire exactement ce que le Christ y a fait en tant que Fils de Dieu quand il a parlé à ses apôtres de Dieu et quand il a parlé à Dieu. Je reconnais que je sollicite le texte et que je le tire vers moi, car il est plutôt discret sur les activités des apôtres, de Marie et des frères de Jésus, mais en fait, cela s'appelle : prier. Cela s'appelle prier parce que simplement au niveau psychologique, nous le faisons nous-même, quand nous avons quelqu'un que nous avons aimé qui est parti, nous ressentons la nécessité de parler de lui quand la personne devient absente. Je crois fermement que les apôtres ont parlé de Jésus. Mais ils n'ont pas simplement parlé de Jésus, et puis c'est tout, ils ont parlé de Jésus et en même temps, ils ont parlé à Jésus. C'est-à-dire que leur prière au fur et à mesure s'est transformée, il ne s'agissait pas de se raconter uniquement le bonnes histoires de ce qu'ils avaient pu vivre avec Jésus sur les routes de Galilée, à Jérusalem, lentement mais sûrement, ce temps de l'attente ne s'est pas restreint à se raconter le passé, mais s'est transformé et ouvert à l'espérance, ouvert à l'avenir.

C'est la raison pour laquelle je crois que c'est ce que signifie la chambre haute. Dans les civilisations anciennes, la chambre haute et plus particulièrement le toit des maisons plates, est le lieu privilégié de la rencontre des hommes avec les dieux et avec le ciel. Les auteurs anciens le disent : si les Babyloniens étaient experts pour lire la course des étoiles dans le ciel, c'est parce qu'ils aimaient rester béatement sur le toit de leur maison plate à contempler l'univers, le ciel, et jour après jour de comprendre l'évolution des étoiles qui d'une manière imperceptible tournaient, tournaient, tournaient, pour prendre leur place.

D'une certaine manière l'expérience des apôtres, de Marie et des frères de Jésus est un peu similaire. Cette chambre haute est véritablement le lieu de transmission entre tout ce que porte l'humanité dans sa faiblesse, dans ses limites, je parlais tout à l'heure de totémisation, la manière dont nous avons enfermé telle ou telle personne dans ce qu'elle a été, et c'est un lieu qui centre dans notre plus profonde humanité, saint Thomas, saint Pierre, et tous ceux dont je disais les noms, et qui est un lieu au premier sens du terme, un lieu d'aspiration. C'est un lieu où toute la chair de ces hommes et de ces femmes est comme aspirée à la suite du Christ qui vient de monter à la droite de son Père.

Cette expérience est aussi celle du Corps qui est l'Église qui est le lieu de communion et de prière. Pour expérimenter ce que le Christ lui-même a fait avant de mourir quand il parlait de Dieu, et qu'il parlait à Dieu, et comment cet héritage qu'il a laissé à ses apôtres est repris par eux, et comment dans la chambre haute, les apôtres parlent du Christ et parlent au Christ. Chacun d'entre nous, en tant que membre du Corps du Christ qui est l'Église, nous sommes invités aujourd'hui à être des petites chambres hautes les uns pour les autres, c'est-à-dire des lieux de transformation, des lieux d'aspiration pour nos frères et pour nos sœurs qui trop souvent se sentent comme enlisés ou englués dans leur humanité pécheresse et dont ils ont l'impression qu'ils ne pourront jamais s'en sortir.

Frères et sœurs, on se demande toujours à quoi cela sert d'attendre, surtout dans notre société où l'on veut aller toujours plus vite. Je crois que c'est ce que nous dit ce dimanche, le septième dimanche du temps de Pâques qui est quelquefois comme on le dit, coincé entre l'Ascension et la Pentecôte. Ce n'est pas un temps où l'on ne fait rien, au contraire, c'est le temps privilégié au cours duquel nous avons à nous laisser aspirer par le Christ, nous laisser transformer, et pas simplement nous, mais aussi nos frères et nos sœurs. En fait ce que les apôtres ont expérimenté dans la chambre haute, ils vont, comme leur disait Jésus dans le discours qu'il leur tenait, les apôtres à leur tour vont livrer cette expérience, cela s'appelle le témoignage à tous ceux qu'ils vont rencontrer par la suite dans les Actes des apôtres.

Frères et sœurs, c'est ma prière et mon souhait en tant que votre frère, que cette célébration et que ce temps que nous vivons soit pour vous l'occasion de le vivre comme un temps d'aspiration, de découverte que nous sommes dans la chambre haute et que nous avons à nous laisser aspirer vers Dieu, nous avons à parler de Dieu, et nous avons à lui parler à lui qui nous désire.

 

AMEN

 

 

 
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