AU FIL DES HOMELIES

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L'IMMENSE CONFIANCE DU PÈRE

Gn 37, 2-28

Homélie du Frère Yves HABERT

 

Campement de nomades dans les collines de Judée 

D

eux histoires qui se répondent, s'appellent et sont complémentaires, l'une annonçant l'autre : ce petit dernier qui est livré par ses frères et ce fils qui est livré à des vignerons. Je voudrais m'attarder sur un point commun à ces deux histoires. Joseph, n'est pas un tout petit, il a dix-sept ans, mais c'est le petit dernier et, il est le préféré de son père. Il a été orné d'une belle tunique, et l'on sent monter à travers tout le récit comme une sorte de jalousie, de haine des autres frères par rapport à celui-là. Il a un statut tellement à part, il a des songes, il fait des rêves trop grands pour lui, dans ses rêves, il se voit dominant les autres et le suspens, on va le laisser entier. Sa gerbe va dominer les autres gerbes. Son statut est tellement à part, qu'il reste à la maison. Les onze autres fils de Jacob sont partis dans les champs, garder les troupeaux, mais lui, il est resté à la maison, c'est peut-être une manière de dire qu'on a du mal à quitter le dernier. Quand il y en a encore un à la maison, on aurait tendance à le garder pour soi, surtout si c'est le fils de la vieillesse. Cependant, le père le laisse partir, il n'a pas vu la haine des autres frères, le père n'a pas vu monter cette conspiration un peu sourde. Joseph part, étrange, il rencontre aussi un homme qui va lui indiquer le chemin, il est comme perdu, il n'a sans doute jamais quitté la maison. Il part rejoindre ses frères. Ceux-ci l'aperçoivent de loin, cela fait penser au père du fils prodigue qui l'aperçoit de loin, et que la haine encore est capable de nous faire vibrer de sentiments qui appartiennent en propre à l'amour normalement, la veille du père qui attend son fils prodigue et la veille de ces frères qui attendent le fils qui a des rêves trop grands pour lui. On sait comment il va être attrapé, c'est très étonnant, il se laisse faire, embarquer dans une aventure, Ruben veut le sauver, mais on le jette dans une citerne et on le vend à des marchands.

       Dans l'évangile, le maître de la vigne est un homme qui a une sorte de prédisposition à la confiance, il a confié sa vigne à des vignerons, il a confié cette vigne, ce qu'il chérit, et quand il va falloir récupérer le produit de sa vigne, les vignerons vont battre les serviteurs. Et il se dit, je vais envoyer mon fils unique, celui que je chéris, au moins, ils auront des égards pour ce fils. Là, comme dans le premier récit, le père ne voit pas le mal, la conspiration.

       C'est encore pire que dans le premier récit, il y a même du côté de ce maître de la vigne qui se double d'un père une sorte d'inconscience. On ne peut pas dire qu'il le livre à la mort comme ça, sans réfléchir, mais est-ce de l'inconscience ou une immense confiance ? Et là aussi, le fils y va sans protester, comme Joseph avait dit : "Je suis prêt à y aller !" L'absolue confiance du père a un répondant, l'absolue confiance du fils. Aujourd'hui, nous fêtons aussi Saint Isaac Jogues et ses compagnons martyrs, des jésuites qui sont allés planter la croix au Canada au dix-septième siècle, et la confiance de leurs supérieurs qui les ont envoyés là, leur confiance aussi pour accepter cette mission, parce que cette mission va mal se passer, ils vont tellement épouser la cause des Hurons, qu'ils vont se faire massacrer par les Iroquois, mais la confiance rejaillit des siècles plus tard.

       Nous sommes tous envoyés en mission, et nous avons peur, nous nous disons que nous se serons jamais à la hauteur, mais il y a aussi cette confiance absolue de Celui qui nous envoie. C'est vrai que la mission, c'est risqué, c'est quelque chose qui nous pousse en avant, qui nous fait sortir de nous-mêmes, quelque chose qui est dangereux quelquefois, mais il y a au départ de la réponse de confiance de chacun d'entre nous, il y a une confiance encore plus grande, la confiance de Celui qui nous envoie, la confiance de Jacob envers Joseph, la confiance du maître de la vigne, envers son fils. Nous, notre réponse de foi, c'est la réponse de l'obéissance, non une obéissance servile mais une obéissance de foi, c'est-à-dire une adhésion profonde à la confiance immense qui nous est faite.

       AMEN


 
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