AU FIL DES HOMELIES

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IL A DEMEURÉ PARMI NOUS

1 Jn 3, 11-17; Jn 1, 35-42

(4 janvier 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

e Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous !" A la fin de son évangile Jean, donnant longuement la parole à Jésus, nous transmettra la sens profond de cette première confession de la foi : "Le Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous !" Le Christ Lui-même reprendra ce mot de demeurer et c'est autour de ce mot qu'Il va inviter les disciples à la foi véritable et définitive en sa personne et en Celui qui l'a envoyé. Il n'est pas inutile de rappeler quelques versets du chapitre quinzième de saint Jean : "Demeurez en Moi. Demeurez en Moi comme je demeure dans le Père. Celui qui demeure en Moi et Moi en lui porte beaucoup de fruit. Si vous demeurez en Moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez et vous l'aurez. Demeurez dans mon amour. Gardez mes commandements et demeurez en mon amour comme je demeure dans l'amour du Père."

Cette demeure, c'est la chair du Christ : "Le Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous !" Ce Christ, l'évangile que nous venons d'entendre nous le présente d'une façon totale, d'une façon exhaustive à travers les titres que vont lui donner les disciples qui, les uns après les autres rencontrent Jésus. Et c'est d'ailleurs autour de cette même demeure que vont s'enchaîner les premiers appels de ceux qui deviendront les apôtres et qui auront demeuré avec Jésus depuis le commencement jusqu'à son Ascension.

Ce sont d'abord les deux disciples de Jean qui l'entendent proclamer, en regardant Jésus : "C'est l'Agneau de Dieu !" C'est parce que cette phrase, cette personne ont frappé leur cœur que les deux disciples se sont mis à suivre Jésus. Jésus, sans les voir mais en pressentant leur recherche, se retourne et leur dit : "Que cherchez-vous ?" Et les disciples lui demandent: "Où demeures-tu ?" Puis Il leur répond : "Venez et voyez !" et il est dit : "Ils restèrent avec Lui ce jour-là!" D'ailleurs, ils restèrent avec Lui tous les jours de leur vie, et ils demeurent, désormais, dans son éternité et dans sa gloire. Les deux disciples ont pressenti qu'il ne suffisait pas de suivre Jésus, qu'il ne suffisait pas de savoir qu'il était l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, mais qu'il comportait Lui-même un mystère encore plus profond. C'était qu'en Lui on demeurait, qu'en Lui on habitait. Peut-être qu'ils ne savaient pas encore qu'en demeurant avec le Fils, ils demeuraient dans le cœur même de l'amour du Père. Et c'est par le pardon des péchés, par cet Agneau de Dieu qui meurt pour sauver les hommes que ses disciples entreront dans la véritable demeure, celle de la vie éternelle, celle de la connaissance du Père.

Puis, le Christ manifesté comme Agneau de Dieu qui nous fait demeurer en son pardon, est aussi manifesté comme Messie par André, le frère de Simon : "Nous avons trouvé le Messie, le Christ !" Celui qu'ils ont suivi et avec qui ils ont demeuré, c'est la chair, c'est la présence de Celui qui, depuis Abraham, "demeurait" avec les hommes, Celui qui était attendu comme le Messie, Celui qui était ce Dieu qui avait dit : "Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu !", autre façon de dire : "Nous vivrons ensemble, l'un dans l'amour de l'autre". Ce Messie qui avait été annoncé à Abraham, à Moïse dont l'onction avait reposé, avait demeuré dans le roi David, qui est aussi le fils de David, ce Messie qui vient, non seulement vivre avec les hommes, non seulement pour demeurer avec les hommes, mais pour transformer les hommes, transfigurer les hommes : "Tu ne t'appelleras plus Simon, mais Pierre !" car en Dieu, en Jésus, on trouve son nom nouveau, puisqu'Il est cette demeure nouvelle dans laquelle il veut rassembler chacun.

Et si on continuait l'évangile. Nathanaël fera cette profession de foi : "Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d'Israël !" Puis Jésus se présentera Lui-même en dernier lieu comme le Fils de l'Homme. C'est titres manifestent encore que le Christ est vraiment cette plénitude de Dieu, ce Dieu annoncé depuis l'Ancien Testament qui vient vivre dans ce peuple d'Israël, qui vient vivre comme le Maître qu'Il a toujours été, mais désormais le Maître proche, le Maître qui n'est plus lointain, le Maître dont l'autorité n'est plus à distance, mais le Maître qui vient demeurer pour faire grandir en chacun des hommes sa propre vie. C'est Lui le Fils de l'Homme qui avait été annoncé par l'Ecriture et spécialement par la vision du prophète Daniel.

Ainsi cet évangile que l'on intitule généralement "l'Appel des premiers disciples", trouverait de façon plus juste son titre si on le nommait : "Le vrai visage du Christ", le visage total de ce Verbe qui s'est fait chair, qui vient demeurer parmi les hommes, que les hommes doivent suivre, avec qui ils doivent demeurer, mais en sachant avec qui ils demeurent et qui ils suivent. Ils suivent l'Agneau de Dieu pour demeurer avec Lui, le Messie, le Christ, le Maître, le Fils de l'Homme, le roi d'Israël. C'est dans sa personne que le Christ résume et en même temps accomplit et donne sa véritable dimension à tous ces titres qui ont été portés par les uns ou par les autres dans l'Ancien Testament, mais qui n'étaient que la figure qui préparait cette venue du Christ.

C'est ce Christ-là qui, chaque jour, passe dans notre vie. C'est ce Christ-là qui, chaque jour, nous dit : "Viens et vois !" C'est ce Christ-là qui, chaque jour, nous invite à demeurer avec Lui, non plus seulement jusqu'à la dixième heure, mais toutes les heures de notre vie, afin qu'un jour nous puissions ensemble et totalement demeurer en Lui qui est la plénitude de Dieu et la plénitude de la vie pour l'homme.

 

AMEN

 
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