AU FIL DES HOMELIES

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FILS DE DIEU ET FILS DE L'HOMME

1 Jn 3, 18-24; Jn 1, 43-51

(5 janvier 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

ette page d'évangile se trouve au centre de ce texte de Saint Jean qui retrace la semaine inaugurale du ministère de Jésus. Cette semaine commence par le témoignage de Jean-Baptiste qui désigne Jésus comme "l'Agneau qui porte le péché du monde". Le lendemain, André et Jean suivent Jésus. Le lendemain ils rencontrent Pierre, le frère d'André et le lendemain Jésus rencontre Philippe puis Nathanaël, et "trois jours après" Jésus fut invité aux Noces de Cana où a lieu la manifestation de Jésus par son premier miracle devant ses disciples.

Cette semaine inaugurale, telle que nous la retrace l'évangile de saint Jean, c'est tout à la fois une semaine qui s'enracine dans le baptême de Jésus au Jourdain, par Jean-Baptiste, une semaine jalonnée par l'appel des premiers disciples et une semaine qui se termine par la manifestation de Jésus et qui est scandée par les titres messianiques du Christ. Aujourd'hui Nathanaël, devant la parole de Jésus qui a percé le secret de son cœur, qui l'a vu quand il était sous le figuier, allusion mystérieuse à un événement qui nous est inconnu mais qui bouleverse Nathanaël car il se sent découvert, aimé, connu Nathanaël s'écrie : "Tu es le Fils de Dieu ! Tu es le roi d'Israël !" Et Jésus lui répond : "Parce que je t'ai dit cela tu crois, mais tu verras mieux encore !" Et quel est ce mieux encore ? "Vous verrez le ciel ouvert et les Anges descendre et monter au-dessus du Fils de l'Homme !" Nathanaël acclamait Jésus comme le Fils de Dieu et Jésus se proclame comme le Fils de l'Homme.

Au premier abord nous ne penserions pas qu'il y a là un crescendo. Il nous semble dans notre vocabulaire à nous, chrétiens du vingtième siècle, que la profession de foi de Nathanaël : "Tu es le Fils de Dieu !" va plus loin que ce titre de Fils de l'Homme que Jésus s'attribue. Pourtant Jésus affirme qu'il s'agit là de quelque chose de plus encore que ce que Nathanaël a déjà perçu. Quand Nathanaël disait à Jésus : "Tu es le Fils de Dieu tu es le Roi d'Israël !" ces deux termes sont en quelque sorte synonymes et ils se référent à la promesse que Dieu avait faite à David qu'il aurait un successeur, qu'il aurait un descendant qui serait le roi parfait d'Israël, le Roi qui a reçu l'onction, et c'est le sens du mot Messie (le Messie c'est le roi qui accomplit tout le désir de Dieu, l'Oint par excellence), et Dieu disait à David : "Il sera pour moi un fils et je serai pour lui un père". Donc, dire à Jésus : "Tu es le fils de Dieu, tu es le roi d'Israël !" c'est lui dire : "Tu es le Messie ! Tu es celui dont Dieu a promis : Je serai pour Lui comme un père et il sera pour moi comme un fils." Ce n'est donc pas dans la bouche de Nathanaël l'affirmation de la filiation divine au sens plénier que nous donnons à ce mot, pas plus que dans la bouche de certains interlocuteurs de l'évangile, y compris les démons qui, chassés des possédés, s'exclament : "Tu es le Fils de Dieu !". Ce n'est pas l'affirmation de la divinité du Christ, c'est plutôt l'affirmation qu'il est ce Messie promis et vis-à-vis de qui Dieu joue un rôle paternel c'est-à-dire un rôle de protection, de bienveillance et de tendresse.

Alors Jésus dit : Je ne suis pas seulement le Messie, Je ne suis pas seulement le roi d'Israël qui a été promis, Je ne suis pas seulement le successeur parfait de David, Je suis aussi le "Fils de l'Homme". A quoi Jésus fait-il allusion par ces paroles qui, pour nous, sont énigmatiques ? "Fils de l'Homme" ne veut pas dire simplement un homme issu d'un autre homme. "Fils de l'Homme" est une allusion à la prophétie de Daniel : "Voici venir comme un fils d'Homme, marchant sur les nuées du ciel. Il s'avance jusqu'à l'Ancien (vers Dieu Lui-même) pour en recevoir empire, royauté sur tous les siècles et sur toute la terre !" Ce Fils de l'Homme dont parle le prophète Daniel c'est donc tout à la fois quelqu'un qui a figure humaine, apparence humaine, forme humaine et qui accomplit ce que Dieu avait voulu en créant l'homme, et en même temps c'est un personnage céleste puisque c'est sur les nuées du ciel qu'il s'avance, puisqu'il vient d'auprès de Dieu et puisque c'est Dieu lui-même qui l'a investi de son pouvoir. C'est donc vraiment son origine céleste, son origine divine que Jésus veut affirmer en employant ce terme de Fils de l'Homme. Et il ajoute d'autres citations qui viennent confirmer ce point de vue, Jésus aimera s'appeler ainsi et au moment de sa passion il reprendra entièrement la prophétie de Daniel quand il dira aux grands prêtres : "Vous verrez le Fils de l'Homme venir sur les nuées du ciel !" A Nathanaël Jésus dit que "au-dessus de Lui, les cieux s'ouvriront". C'est une allusion à une prophétie d'Isaïe qui, évoquant le passage de la Mer Rouge qui s'était ouverte devant Israël, appelait Dieu et lui disait : "Ouvre les cieux ! Déchire les cieux ! Si tu déchirais les cieux et si Tu descendais."

Donc, quand on parle de ces cieux ouverts, c'est l'intervention personnelle de Dieu qui est en jeu. C'est à Dieu que les prophètes, par la bouche d'Isaïe, s'adressaient, pour qu'enfin communiquent le trône de Dieu et notre terre. Jésus va plus loin encore. Quand il dit : "Les Anges monteront et descendront" c'est une allusion à l'épisode de Jacob qui, fuyant devant la fureur de son frère Esaü, a un songe à Béthel où il voit les anges monter et descendre comme sur une échelle au-dessus de sa tête, comprenant ainsi que la grâce de Dieu descend en lui et que de lui remonte toute bénédiction vers Dieu. Quand Jacob se réveille il dit : "Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas !" En affirmant que les anges monteront et descendront au-dessus de Lui, au-dessus du Fils de l'Homme, Jésus affirme qu'Il est la maison même de Dieu, la demeure de Dieu, qu'il est le lieu où Dieu habite, le lieu où Dieu se rend présent parmi les hommes puisque, de ce ciel ouvert, descendent les Anges, signes de la bénédiction de Dieu, et remontent ces mêmes anges qui emportent l'homme pour le mettre véritablement en contact avec Dieu. Jésus affirme donc, de façon mystérieuse et voilée, mais déjà très ferme, sa divinité. Il est le Fils de l'Homme, c'est-à-dire Quelqu'un qui vient du ciel. Au-dessus de Lui s'ouvrent les cieux, c'est-à-dire Dieu Lui-même vient, en personne, et les anges montent et descendent c'est-à-dire la communication de grâce et de bénédiction est établie, en Lui, présence de Dieu, demeure de Dieu parmi les hommes.

Frères et sœurs, c'est ce mystère que nous vivons en ce temps de Noël, dont nous vivons le prolongement à travers toute l'histoire : Jésus, c'est Dieu parmi nous, c'est Dieu avec nous, c'est Dieu qui se fait parmi nous la demeure divine chez les hommes. Nous pouvons venir vers Lui pour recevoir toute grâce et toute bénédiction.

 

AMEN

 
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