AU FIL DES HOMELIES

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NATHANAËL

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 43-51

(5 janvier 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

Cernay-l'église : Saint Barthélemy

L

 

a foi est un don de Dieu, un don de Dieu qui précède notre recherche et notre demande, un don de Dieu qui nous est révélé par et dans le mystère de l'Église pour nous conduire à la vie éternelle. C'est ainsi que l'on pourrait résumer cette rencontre étonnante entre Nathanaël, dont le nom signifie "Dieu donne", et Jésus qui est le don même de Dieu pour les hommes.

Nathanaël est un juste, un homme sans artifice, un cœur droit, on dirait un homme sincère. Son cœur est habité par le désir de connaître Celui qui est annoncé par les prophètes. Toute son intelligence travaille à cette recherche et il sait fort bien que, de Nazareth ne viendra pas le Messie, puisque Celui-ci doit naître dans la cité de Bethléem. Là s'arrête la recherche de Nathanaël. Mais auparavant, et la réponse de Jésus nous le révèle, auparavant Nathanaël était déjà connu du Christ. Le Christ lui dit : "Quand tu étais sous ton figuier, je t'ai vu !" Le figuier, c'est l'image de la recherche tranquille, de ce temps que prend l'homme pour regarder vers le ciel, non pas pour s'échapper des choses de la terre, mais tout en restant les pieds sur la terre, essayer de comprendre quel est son chemin à travers ces réalités terrestres vers la rencontre de son Seigneur. Et lorsque Nathanaël était là, réfléchissant, scrutant les Écritures, priant, intercédant auprès de Dieu pour connaître le Messie, avant cela Jésus avait posé son regard sur lui, comme sur le jeune homme riche, et l'avait aimé. Car Nathanaël était aussi ce jeune homme riche, plein de qualités, plein d'espérances qui cherchait le Royaume et qui, dans son cœur, demandait à Dieu "comment faire pour obtenir la vie éternelle."

Le mystère de la foi est un don. Il nous est signifié, dans cet évangile, par le regard que Jésus avait posé sur le cœur de Nathanaël. Et c'est d'ailleurs ce regard, ignoré de Nathanaël, qui avait déjà séduit son cœur. C'est à cause de ce regard que Nathanaël peut chercher Dieu. Nous ne pourrions pas, ni les uns ni les autres, chercher Dieu si Dieu, d'abord, ne nous avait trouvés dans le plus secret et le plus profond de notre cœur, même quand nous ne le savons pas encore, car, en définitive, la foi, la profession de foi, c'est de dire au Seigneur : "Tu es le Fils de Dieu!" parce que nous découvrons que, à cause de Lui, nous sommes devenus fils de Dieu, avant même que nous fassions quelque chose ou que nous nous engagions pour quoi que ce soit.

La foi est un don de Dieu. Elle précède toujours notre recherche, car Dieu nous aime beaucoup plus que nous ne l'aimons et Il nous trouve bien avant que nous, nous puissions le trouver.

Cette foi nous est transmise par l'Église. C'est la signification de la présence, de la parole, du signe de Philippe. Philippe a trouvé l'Église et va dire à son ami Nathanaël : "J'ai trouvé Celui que tu cherches". C'est à cause de la parole de Philippe que Nathanaël, d'abord étonné, va quand même obéir à ce frère qu'est Philippe, va quand même entrer dans le mouvement de la foi de Philippe qui est déjà le mouvement de la foi de l'Église, et c'est ainsi qu'il va s'approcher du Seigneur, Et à ce moment-là, toute son explication, toute sa réflexion, toute sa recherche personnelle et intellectuelle s'arrête et s'estompe, et il confesse sa foi. Il n'utilise plus son intelligence pour expliquer le mystère, il accepte que son intelligence et son cœur vivent dans et de ce mystère : "Tu es le Christ ! Tu es le Fils du Dieu vivant !"

C'est aussi ce que proclamera Pierre, parce que c'est toujours la même foi et la même Église qui croit au Fils de Dieu qui vient nous sauver, C'est par l'Église et c'est dans l'Église que nous croyons, Nous croyons les uns avec les autres, mais plus encore peut-être nous croyons les uns par les autres, Et il est évident, si nous sommes un peu attentifs à notre propre vie, que nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd'hui de notre chemin de foi si l'Église, par un visage, par un geste, par une présence, par une prière, par un silence d'un des chrétiens qui nous entourent, ne nous avait indiqué le chemin pour trouver Celui que nous cherchons.

Cette foi nous est donnée avant que nous la cherchions. Cette foi nous est donnée dans l'Église pour que nous puissions la vivre dans le cœur même de l'Église et Nathanaël est devenu un des douze apôtres qui ont suivi le Christ et sera un des douze piliers, une des douze pierres de fondation sur lesquelles l'Église est construite. Cette foi que nous vivons dans l'Église nous conduit, dès aujourd'hui, à la vie éternelle. C'est la promesse de Jésus : "Parce que je t'ai dit : "Je t'ai vu !" tu crois, mais tu verras bien mieux encore." Nous ne sommes pas à la fin de nos émerveillements dans la foi.

Nous n'en sommes qu'aux débuts et ils sont déjà terriblement réjouissants, ils sont déjà un émerveillement perpétuel, mais ce n'est rien par rapport à ce à quoi nous sommes destinés. Pour l'instant nous croyons et nous ne voyons rien. Un jour, nous verrons tout. Nous verrons le ciel ouvert, c'est-à-dire nous verrons le cœur de Dieu ouvert, et nous verrons l'immensité, la profondeur de son amour, et nous verrons tout ce qu'il a été pour nous, tout ce qu'il a fait pour nous. Et à ce moment-là, et à ce moment-là seulement nous comprendrons vraiment qui est Dieu, non pas avec notre propre recherche, mais avec sa recherche à Lui, avec son désir à Lui de nous combler totalement de son amour, de sa présence. C'est cela la vie éternelle.

Dieu ne cesse de nous appeler par notre nom. Dieu murmure continuellement le nom de chacun d'entre nous. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est un nom nouveau, c'est parce que c'est Dieu qui ne cesse à chaque instant de le murmurer. Et Dieu le murmure, et petit à petit, ce mot, ce nom travaille notre cœur, travaille nos oreilles et un jour, on ne sait pas trop pourquoi, mais c'est parce que l'intensité de l'amour de Dieu pèse sur notre cœur, un jour nous ne pouvons pas faire autre chose que d'y répondre. Les parents, le papa, la maman prononcent le nom de l'enfant avant même qu'il le comprenne, puis un jour l'enfant répond. C'est cela l'amour de Dieu. C'est cela qui s'est passé pour Nathanaël, c'est cela qui doit se passer pour chacun d'entre nous : répondre un jour à ce nom nouveau que Dieu ne cesse de prononcer, à cause de son amour pour nous, parce que Lui-même nous a engendrés et que Lui-même veut que nous grandissions dans cet amour et dans cette vie qu'Il nous donne. C'est en même temps à cause de cela que nous sommes profondément liés les uns aux autres par ce nom de frères, car si Dieu murmure le nom de chacun, s'Il appelle chacun d'une façon différente, c'est par respect pour sa personnalité, c'est par respect et par amour pour ses particularités. Nous n'avons pas tous le même nom parce que nous n'avons pas tous la même personnalité, nous n'avons pas tous la même vocation. Nous sommes uniques aux yeux de Dieu. Dieu ne veut pas engendrer des chrétiens qui soient tous pareils, ce serait terrible, tant pour la vie terrestre que pour la vie au ciel. Mais ce qui fait notre unité entre nous, malgré nos différences de vocations et de noms, c'est que nous sommes tous prononcés par la même bouche, c'est que nous sommes tous aimés par le même cœur, c'est parce que nous sommes tous comblés par le même amour de Dieu. C'est cela qui fait l'unité profonde entre nous. L'unité d'une famille, c'est que c'est le père et la mère qui prononcent, ensemble, le nom de chacun des enfants, chacun gardant sa personnalité, chacun gardant son caractère, chacun gardant son visage. Il n'y a pas de manifestation d'uniformité mais d'unité, à cause de la source même qui est une pour tous et qui vient inonder de la même vie et du même amour cette Église que nous sommes.

Alors, frères et sœurs, que par la prière de Nathanaël et de Philippe nous comprenions un peu plus, que ce que je viens d'exprimer ne fait que commencer en chacun d'entre nous, et que chaque jour c'est à recommencer, parce que Dieu commence Lui aussi chaque jour, avec chacun d'entre nous, à nous appeler par notre nom, personnellement, pour que nous puissions lui répondre, mais à nous appeler du même amour les uns avec les autres, les uns par les autres et les uns pour les autres. C'est cela qui constitue ce corps familial, ce corps de frères qui est l'Église de Dieu. Prions pour que nous puissions être renouvelés dans cette conviction profonde que Dieu nous appelle chacun par notre nom, que cet appel est permanent, qu'il est murmuré à chaque instant à nos oreilles et à notre cœur, pour que nous puissions y répondre tous ensemble et devenir davantage cette Église du Christ qui marche vers la vie éternelle que nous allons recevoir maintenant dans la Pâque du Seigneur.

 

AMEN

 
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