AU FIL DES HOMELIES

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IL FAUT RENAÎTRE

1 Jn 4, 7-14 ; Jn 1, 35-42

(5 janvier 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

N

ous connaissons bien cette page d'évangile où deux disciples de Jean-Baptiste, André et sans doute Jean l'évangéliste lui-même, sui­vent Jésus et passent près de Lui cette première jour­née de leur évangile à eux. L'épisode qui termine cette page d'évangile, le lendemain matin au petit jour, nous rapporte la rencontre d'André et de son frère Simon. "Nous avons trouvé le Messie !" dit André et il emmène Simon auprès de Jésus. Et Jésus, en le voyant lui dit : "Tu t'appelles Simon, désormais, tu t'appelleras Pierre, Céphas !"

Il y a là une attitude fréquente de la part de Dieu. Déjà, quand Dieu avait appelé Abram, Il avait changé son nom en Abraham, déjà, Il avait changé le nom de sa femme Saraï en Sara, déjà, quand Il avait lutté avec Jacob, sous l'apparence d'un ange, toute une nuit, Dieu avait dit à Jacob : "Tu t'appelleras Israël !"

Ainsi, à plusieurs reprises, Dieu change le nom de quelqu'un qu'Il appelle. Ceci ne peut se com­prendre que si nous savons ce que signifie le nom dans une civilisation sémitique. Pour les anciens et plus particulièrement pour les sémites, pour les juifs, le nom n'est pas seulement une manière commode de désigner quelqu'un pour le distinguer des autres. Le nom n'est pas quelque chose qui est inscrit sur les registres de l'état civil. Le nom tient beaucoup plus profondément à la personne. Il est la manifestation de la personnalité. Recevoir un nom c'est, d'une certaine manière, recevoir un programme génétique spirituel. Le nom, par sa signification, trace en quelque sorte le chemin par lequel doit s'épanouir la personnalité profonde de celui qui le porte. C'est pourquoi donner un nom, dans ces civilisations anciennes, n'est pas une petite affaire. Ce n'est pas simplement question de goût ou de mode, ce n'est pas question de donner le nom d'un voisin qu'on aime bien ou d'un grand-père, c'est donner à quelqu'un le programme de sa personnalité. C'est entrevoir la personnalité profonde de celui qui est nommé.

C'est pourquoi fréquemment dans la Bible, quand les parents donnent un nom à leur enfant, ce nom est expliqué par une phrase qui a une assonance avec le nom et qui exprime un événement lié à cette naissance. Rebecca, Sara, Rachel, quand elles ont un enfant, disent le sens du nom de leur enfant. Par exemple, Léa, une des femmes de Jacob, à la nais­sance de son quatrième enfant, s'écrie : "Quelle bonne fortune !" et elle appelle son enfant Gad, parce que ce nom signifie "fortune". Et ainsi de suite. Le nom est donc quelque chose qui touche très profondément à la personnalité. C'est pourquoi connaître le nom de quelqu'un c'est déjà, pour les sémites, avoir une pre­mière appréhension de son être profond. C'est la rai­son pour laquelle, dans la Bible, quand on demande à Dieu : "Quel est ton Nom ?", en général Dieu refuse de donner son nom, parce qu'Il ne veut pas que son interlocuteur s'imagine qu'il peut mettre la main sur la personnalité de Dieu, qu'il peut se bercer de l'illusion de connaître Dieu en profondeur, car Dieu est inson­dable, Dieu est infini, Dieu est au-delà de nos prises. C'est pour cela que Dieu refuse de donner son nom à Jacob au moment du combat. Dieu ne fait entrevoir son nom qu'une seule fois, lors du buisson ardent, quand Il dit à Moïse : "Je suis : Je suis ! Mon Nom c'est Je suis ! Je suis présent suis avec toi !"

Par conséquent, de même que Dieu ne révèle pas son nom à n'importe qui, parce qu'Il ne se met pas entre les mains de n'importe qui, de la même manière quand Il veut prendre possession de la vie de quel­qu'un, d'une manière plus particulière, plus profonde, en en faisant son disciple d'un façon privilégiée, il arrive qu'Il transforme ou change complètement son nom pour manifester cette vocation nouvelle qu'Il lui donne. Et c'est cela qui se passe avec Simon que Jésus rebaptise Céphas c'est-à-dire Pierre, par un jeu de mot à l'origine de ce nom : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église !" Il fait de Simon le roc, la fondation, la pierre angulaire, la base de son Église, c'est-à-dire de la communauté chrétienne de ses disci­ples. C'est donc toute une orientation de la vie de Pierre, de la personnalité de Pierre, de la mission de Pierre qui est contenue dans ce nom.

L'Apocalypse nous dit que chacun d'entre nous, au moment de notre mort, quand nous entrerons dans le Paradis de Dieu, nous recevrons un "nom nou­veau". Un nom nouveau qui sera l'accomplissement, l'épanouissement, la plénitude de notre être profond. Tout ce que nous portons en nous, depuis l'instant de notre naissance, tout ce que nos parents, nos amis, nos connaissances, les événements de notre vie, et à tra­vers cela, tout ce que Dieu a déposé dans notre être profond, tout cela prendra une splendeur nouvelle, une lumière nouvelle, un épanouissement définitif qui sera caractérisé par ce nom nouveau que nous rece­vrons. Et de ce nom nouveau, notre nom de baptême est déjà la préfiguration. Le nom que nous avons reçu est l'ébauche de ce nom nouveau et éternel qui sera le nôtre dans le paradis.

Essayons, par avance, de déchiffrer ce nom nouveau, essayons de familiariser notre cœur avec ce mystère qui, déjà, naît en nous, grandit en nous, jour après jour, essayons de mettre notre oreille à l'écoute du murmure !de Dieu qui, déjà, nous appelle de notre nom nouveau, à l'écoute de Dieu qui déjà s'adresse à nous avec cette tendresse, cette proximité, cette inti­mité dont ce nom nouveau sera la révélation fulgu­rante et définitive au jour de notre mort.

Que cette eucharistie soit un moment de grâce où, en nous approchant du Seigneur, en le recevant en nous, nous écoutions davantage le murmure de sa voix et ainsi la révélation de ce qu'Il veut faire de nous.

 

 

AMEN

 

 
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