AU FIL DES HOMELIES

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IL FAUT RENAÎTRE

1 Jn 5, 5-12 ; Jn 3, 1-12

(7 janvier 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'Esprit souffle où il veut, et tu ne sais ni d'où il : vient, ni où il va". Lorsque dans la nuit qui symbolise la condition dans laquelle nous menons notre existence, Nicodème s'approchait du Seigneur pour demander à Jésus qu'il tenait pour un maître, ce qu'il fallait faire pour rentrer au plein jour, Jésus lui fait cette réponse mystérieuse : "Il faut naître une deuxième fois".

Cette parole prend pour nous aujourd'hui un sens infiniment plus fort parce que nous sommes ras­semblés pour confier au Christ celui qui vient de naî­tre une deuxième fois, notre frère Emmanuel. Chacun d'entre nous est né une première fois. Nous avons été portés par l'amour de nos parents, nous avons grandi, nous avons progressivement trouvé notre pleine sta­ture, notre liberté et notre personnalité. Cette nais­sance n'est pas seulement le jour de notre venue au monde, cette première naissance, c'est la vie que nous menons sur la terre, c'est le fait de s'ouvrir au jour le jour, à tout ce qu'il y a de beau, de grand dans le monde, de deviner le secret de la présence de Dieu, pour nous laisser petit à petit saisir et émerveiller par tout ce que Dieu nous donne de vivre. Cette première naissance, nous la vivons au jour le jour, et si nous sommes portés, lancés dans la vie par l'amour de nos parents, il faut un jour que nous prenions le relais et que progressivement, nous-mêmes, nous devenions capables d'aimer et d'être aimés.

Mais, Jésus le dit : il y a une deuxième nais­sance. Il dit même avec une sorte de force qui prend valeur d'impératif : "il faut naître une seconde fois !" Cette nouvelle naissance, c'est celle qui s'amorce dans notre vie baptismale, telle que Jésus la décrit ici : " il faut naître de l'eau et de l'Esprit". Mais c'est une naissance qui n'a pas le même profil que celle par laquelle nous nous éveillons aux autres, au monde et à Dieu. Cette seconde naissance est un mystère de mort à nous-mêmes qui se conclut en tant que naissance par notre propre mort, pour s'ouvrir sur le Christ res­suscité.

C'est cela qu'Emmanuel a vécu sans sa chair, dans sa mort accidentelle. C'est cette seconde nais­sance à laquelle à travers sa mort, il a été enfanté au mystère de la Résurrection du Christ. Le baptême et la grâce qu'il avait reçus aux premiers jours de sa vie, a comme nous le croyons, trouvé à ce moment-là, la plénitude de la nouvelle naissance. C'est pourquoi, à propose de la nouvelle naissance, le Christ ajoute : "L'Esprit souffle où il veut, et tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va !" A vues humaines, Emmanuel et nous-mêmes ne savions pas d'où venait le souffle de l'Esprit au cœur même de cet événement de la mort. Et à vues humaines, nous ne savons pas où conduit ce souffle de l'Esprit que nous avons reçu à notre bap­tême et qui nous emporte au jour de notre mort. Oui, nous sommes emportés, d'où l'image du vent que le Christ prend, comme quelque chose de trop grand pour nous qui nous emporte au cœur même de Dieu. La mort vient d'on ne sait où, à vues humaines, on ne sait où elle nous conduit, et pourtant Emmanuel a entendu la voix de son Seigneur et il est entré dans le mystère de sa Résurrection et de ce souffle de la vie de Dieu qui s'est épanoui en lui.

Notre foi en ce mystère ne retire rien à la souffrance et à la douleur qui pèsent sur notre cœur. Cette foi dans le mystère du vent violent de Dieu qui au cœur même de nos morts humaines vient nous sauver, vient nous arracher à cette mort et nous conduire à lui, cette foi ne retire pas l'horreur de la mort, du drame, de l'arrachement et de la séparation. Elle nous prend nous aussi dans le souffle même qui conduit à la résurrection. Aujourd'hui, Emmanuel ne nous est pas arraché simplement, mais c'est nous qui commençons à être emportés dans ce souffle violent de l'Esprit qui nous conduit à la résurrection.

Et si nous pouvons maintenant "partager le pain" et "boire à la coupe", qui sont vraiment corps livré, sang versé, si nous pouvons entre nous recevoir ce signe de la présence du Ressuscité, parce qu'Il est passé par la mort, c'est parce que nous savons que la communion que le Christ a établie entre Emmanuel et nous dure au-delà de la mort, comme dit le Cantique des Cantiques : "L'amour est fort comme la mort mort! Même si les torrents des grands eaux ve­naient à passer sur lui, ils ne pourraient éteindre son feu".

Ce feu de l'amour au cœur de la mort, c'est la présence vivante de Celui qui a donné sa vie pour Emmanuel et qui par la puissance de son Esprit l'a conduit au cœur de Dieu. Qu'en recevant ce corps et ce sang du Christ, ce ne soit pas seulement une mé­moire que nous ferions, que ce ne soit pas simplement un souvenir que nous entretiendrions, mais que ce soit vraiment la présence d'Emmanuel au cœur de notre assemblée, à travers la présence réelle du corps du Christ ressuscité et vivant pour toujours.

 

AMEN

 

 

 
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