AU FIL DES HOMELIES

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SUIS-MOI !

1 Jn 7-14 ; Jn 1, 43-51

(4 janvier 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e récit a la fraîcheur du commencement, ce récit qui ressemble à une naissance. Nous pouvons nous sentir assez éloigné de ce pre­mier élan qui animait les apôtres comme Philippe ou Nathanaël. Nous pouvons avoir oublié ce premier regard posé sur nous, quand, avant même que nous ne prononcions son nom, Dieu nous voyait, Dieu pour­voyait, prévoyait pour nous notre vie.

Nous sommes un peu dans le temps second, non pas que nous soyons "moins frais" à ses yeux. Nous gardons cette même nouveauté sous le regard de Dieu, mais il nous est difficile de renouer avec ce premier élan. C'est pourquoi nous nous sentons un peu usés comme un vieux tapis qu'on a roulé et Dieu s'est fait à nous comme nous nous sommes faits à Lui. Nous avons l'impression que les différents reniements que nous avons pu vivre intérieurement, en nous, s'ils n'ont pas été très visibles à l'extérieur, ont gâté quel­que peu le fruit que nous mangions avec le Seigneur. Un écrivain disait récemment : "Quand je commence à renier Dieu, le plus dur, c'est le moment qui suit juste après." Or après, les gens vont et viennent comme avant, et le sang circule dans les veines comme avant, rien n'a bougé, et pourtant tout a com­mencé dans la séparation. Il n'y a pas beaucoup de signes visibles, extérieurs dans ce qui pourrait, en moi, avoir été un refus, non pas radical mais imper­ceptible entre ma vie et ce que le Seigneur veut en faire.

Il y a forcément des poids qui m'empêchent de revenir, léger, vers le Seigneur et de répondre à un "Suis-Moi !" autoritaire, efficace. Il y a forcément dans ma vie des éléments qui, à force d'être traînés, ralentissent ma course et sont à mes pieds comme des boulets. Il est bon en ce début d'année de revenir un peu, non pas d'analyser les boulets ou les poids qui peuvent être attachés à nos pieds, mais d'analyser un peu notre obéissance à l'Esprit, à l'intérieur de nous. Il n'est pas forcément bon de revenir sur le passé pour tenter de dénouer, par nous seul, les liens qui nous rivent à ces poids, mais nous avons de nouveau à être léger, à être frais, à être capable de répondre à un "Suis-Moi !" catégorique, impérieux, et à ne pas nous complaire dans un manque de goût par rapport à Dieu.

Ceci est le réapprentissage permanent de l'obéissance à l'Esprit. L'Esprit c'est cette présence active, puissante, efficace, réelle en nous qui ne s'ar­rête pas, qui coule à travers nous, cette puissance que nous ne pouvons pas saisir mais dont il nous faut re­prendre à la fois la trace et le chemin et surtout la saveur. C'est comme un torrent où il nous faut, pour profiter du courant le plus fort, nous mettre en son sein, en son cœur, afin de ne pas être rejetés sur les berges mais profiter du plein élan de l'eau qui coule.

Avec cet évangile de la vocation, nous som­mes invités à nous remettre en plein cœur, dans le courant même du Fleuve pour retrouver la saveur, pour retrouver le goût de l'appel de Dieu. Nous som­mes invités à ne pas nous satisfaire de notre relation tant soit peu défraîchie avec le Seigneur, mais d'exi­ger en nous, pour Lui, par amour pour Lui, quelque chose encore nouveau, quelque chose où nous retrou­vions la lumière réelle, profonde de ses yeux qui se posent sur nous, où Il y voit une créature aimée et toujours sauvée.

 

 

AMEN

 

 
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