AU FIL DES HOMELIES

Photos

NAÎTRE DE L'EAU ET DE L'ESPRIT

1 Jn 4, 15-21 ; Jn 3, 1-12

(5 janvier 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s'il ne naît pas de l'eau et de l'Esprit !" La parole de Jésus est extrêmement claire. L'eau et l'Esprit, c'est le baptême. Personne ne peut entrer dans le Royaume éternel, dans la vie, s'il n'est pas d'abord baptisé. Et cette question rejoint tout à fait celle de Nicodème : "Comment cela peut-il se faire ?" puisque, comme vous le savez, la plupart des hommes qui ont vécu, qui vivent aujourd'hui sur la terre ne sont pas baptisés et ne le seront probablement pas avant leur mort. Or le Christ dit sans équivoque, sans ce baptême, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. Cette question aussi, nous nous la posons souvent à propos de la mort prématurée d'enfants non encore baptisés. C'est d'ailleurs le même problème pour les gens qui meurent âgés sans être baptisés, mais notre sensibilité se porte davantage sur ces en­fants. Aux yeux de Dieu c'est la même chose. Pour Dieu, il n'y a pas des enfants, des adultes ou des vieux, il y a des êtres, il y a des personnes. Et quel que soit leur âge, peu importe, Dieu les aime dès qu'ils commencent à exister.

Comment comprendre, de façon intelligente, cette parole de Jésus ? Il n'y a qu'un seul baptême. C'est celui du Christ Lui-même qui a dit : "Il faut que Je sois baptisé dans la mort" pour manifester la vie. Il faut que Je sois plongé dans la mort humaine pour manifester la résurrection de la vie éternelle, mani­festation de la vie éternelle dans la mort même. C'est cela le baptême. Il n'y a qu'un seul baptême. C'est celui du Christ. Il n'y a qu'un seul ministre du bap­tême, c'est le Christ Lui-même. Ce qui veut dire que, quoi qu'il arrive, c'est toujours "dans le Christ" qu'un homme est baptisé. Seulement voilà le Christ a laissé à son Église, au ministère de son Église, une forme de ce baptême qui est sa propriété même en tant que Fils de Dieu. Et cette forme de son baptême s'appelle le baptême sacramentel. "Sacramentel" veut dire justement une réalité divine, spirituelle, invisible, manifestée, de façon visible et efficace, dans une réalité matérielle qui est l'eau. Il faut donc naître de l'eau et de l'Esprit. Le Christ a laissé à son Église le baptême sacramentel pour que ceux qui le désirent puissent vivre, pendant leur vie terrestre, déjà baignés dans la vie éternelle, c'est-à-dire la connaissance de Dieu. "La vie éternelle" dit Jésus "est qu'ils Te connaissent Toi, le Père !" Et nous sommes déjà, nous dans la vie éternelle parce que nous connaissons le Père et que nous sommes connus de Lui. Donc le baptême sacramentel a été laissé à l'Église pour que ceux qui veulent puissent, sur cette terre, connaître Dieu et vivre de sa vie. C'est pour cela que c'est ce baptême qui inaugure, en chaque chrétien, la vie sacramentelle, la réception et la fécondité des autres sacrements Mais ceci n'est qu'une forme du baptême.

Quant-à ceux qui ne sont pas baptisés, qui n'ont pas reçu le baptême sacramentel, dans le signe de l'eau et dans la parole baptismale, ceux-là entreront dans le Royaume de Dieu par un baptême identique mais différent dans la forme. Identique parce que c'est aussi le baptême du Christ, mais différent dans sa forme, parce que ce ne sera pas le baptême sacra­mentel, pour la vie terrestre, pour la vie sur la terre. Et ce baptême qu'ils connaîtront, que tout homme connaît, quelle que soit sa foi, sa religion, ses options ou ses péchés, ce baptême que tout homme connaît et qu'il accepte, pour entrer dans le Royaume de Dieu, il le vivra dans la simultanéité de sa propre mort. Dans sa mort, de toute façon il verra Dieu. Tout homme qui meurt voit Dieu. Et dans cette vision de Dieu, il ac­ceptera l'amour de Dieu, la vie de Dieu ou il ne l'ac­ceptera pas. S'il l'accepte, et je pense que c'est la plu­part des cas, en tout cas je l'espère, à ce moment-là, il connaîtra, dans la réalité même de sa mort et de son passage vers le Royaume de Dieu, la réalité baptis­male. Il sera plongé, avec le Christ, dans la mort hu­maine, pour ressusciter, avec le Christ auquel il va adhérer à ce moment-là, pour ressusciter à la vie éter­nelle.

Donc il ne faut pas penser de façon falsifiée à ce problème du baptême ou des non-baptisés. Nous entrons toujours dans le Royaume de Dieu par la conformité, en notre mort, avec la mort du Christ, pour que Lui-même nous conforme a la vie éternelle. C'est cela le baptême du Christ que tout homme connaîtra, dans sa mort et dans l'acceptation de la vie éternelle. Simplement, parce que nous, nous avons la grâce de connaître cette vie éternelle, avant notre mort, nous pouvons déjà en vivre par ce don que le Christ a laissé à son Église, par cette forme terrestre, cette forme événementielle du baptême sacramentel. Alors, comme dit saint Jean il nous faut ne pas crain­dre pour ceux qui meurent sans baptême, car cette crainte serait un manque de confiance en l'amour de Dieu, et un manque de foi en la réalité baptismale dans laquelle tout homme est inscrit lorsqu'il est plongé dans sa propre mort, puisque dans la perspec­tive rédemptrice, cette mort doit ouvrir la porte et le chemin vers le royaume éternel.

Quant-à nous, nous devrions prier les uns pour les autres, pour que nous puissions vivre avec intensité, avec vérité, dans toute notre capacité possi­ble de conversion cette grâce qui nous est déjà don­née. Car elle nous est donnée pour nous-même, c'est vrai, mais aussi pour les autres. Et lorsqu'un membre de l'humanité est baptisé, comme c'est le cas de cha­cun d'entres nous ici, toute l'humanité est déjà mar­quée dans une sorte de solidarité intérieure par cette grâce baptismale. Et c'est ainsi que nous nous sauvons les uns par les autres, les uns avec les autres, et tous, par le même baptême, si ce n'est que nous ne recevons pas tous au même moment.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public