AU FIL DES HOMELIES

Photos

VOUS LE RECONNAÎTREZ À CE SIGNE

1 Jn 3, 1-10 ; Jn 1, 29-34

(3 janvier 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

e bref passage de l'évangile que nous venons d'entendre est un peu étrange, il résonne de façon un peu paradoxale à nos oreilles parce qu'habituellement les récits concernant Jean ont plutôt tendance à souligner l'affinité, la préparation de Jean, à reconnaître Jésus comme Sauveur et comme Messie pour Israël. De fait, même si plus tard, au moment où il est en prison, Jean a des doutes, les autres récits nous montrent plutôt quelqu'un qui immédiatement reconnaît le rôle de Jésus, sa préséance, son impor­tance et le fait que Jésus est celui pour lequel il est venu. Or ici, vous avez remarqué Jean prend pour ainsi dire le contre-pied des autres récits qu'on trouve dans les autres évangiles. En effet, deux fois, Jean dit : "Et moi, je ne le connaissais pas". Jean insiste sur le fait que lorsque Jésus arrive, c'est la divine surprise, c'est le cas de le dire. Jean n'est pas par lui-même capable d'identifier le Messie, et c'est pourquoi il dit : le seul élément de préparation que j'avais pour recon­naître Jésus, c'est le signe que l'Esprit m'avait donné : Celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre.

Jean nous introduit d'emblée, et en ce temps de Noël c'est très important, dans la démarche de foi pour répondre à la révélation. Qu'il s'agisse des ber­gers, ou de Jean-Baptiste, au fond, c'est toujours la même chose : "Vous le reconnaîtrez à ce signe". Et le signe est plutôt toujours d'ordre visible, humain, concret, donc pas d'intuition immédiate du person­nage et du secret messianique de Jésus, pas de fulgu­rance au moment où on se trouve devant Lui, et où l'on a envie de dire, ça y est, c'est Lui, Il est arrivé, le voilà. En fait, rien qu'une économie de signes discrets, posés comme des pierres blanches sur le chemin du petit Poucet, pour nous conduire progressivement dans les mystères de la révélation de Dieu. Si parfois nous disons : si nous avions été à l'époque des apôtres, si nous avions été au début du ministère de Jésus, cela aurait été tellement plus facile. Non, les signes soutiennent, encouragent, approfondissent la foi, mais ils ne dispensent jamais de la foi, pour eux, comme pour nous, c'est la même économie des signes.

Ici, nous avons déjà toute une réflexion sur le mystère de la foi. Qui est le premier révélateur ? En fait, c'est l'Esprit Saint. C'est l'Esprit qui éveille le cœur de l'homme à lire les signes que ce même Esprit donne, Jésus n'est pas avant l'Esprit, mais Jésus vient dans la puissance de l'Esprit, et cette puissance de l'Esprit, c'est d'abord son premier rôle, celui de faire connaître et reconnaître Jésus. "Et moi, je ne le connaissais pas". A ce moment-là vient Jésus, il ne le connaît toujours pas, c'est au moment où l'Esprit donne le signe de discernement à Jean-Baptiste, qu'à ce moment-là seulement, Jean peut le reconnaître.

Ainsi, paradoxalement, nous sommes presque mieux placés que Jean-Baptiste, parce que l'Église vit d'une plénitude de l'Esprit que Jean-Baptiste n'avait pas encore, et donc nous vivons d'une plénitude et d'une richesse de signes que les premiers témoins n'avaient pas encore, nous sommes plutôt dans une position privilégiée, c'est le même acte de foi, c'est la même démarche, c'est le même itinéraire, mais on peut dire que pour nous, les signes sont plus nom­breux.

Frères et sœurs, que ce temps de Noël n'essaie pas de nous faire tomber dans l'illusion d'un pas­séisme ou d'une nostalgie : si on l'avait connu di­rectement, mais qu'au contraire, cela nous fasse entrer dans le vrai mouvement de la foi, et le vrai mouve­ment de la foi, c'est d'accueillir les signes et de laisser agir la puissance de l'Esprit pour qu'à travers ces si­gnes nous reconnaissions le Christ non pas ailleurs, non pas autrefois, mais aujourd'hui et ici même.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public