AU FIL DES HOMELIES

Photos

DÉCOUVRIR LA FACE DE DIEU

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 43-51

(5 janvier 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

D

ans ces évangiles qui suivent le temps de Noël, la Nativité, nous avons l'impression de laisser le côté merveilleux d'un petit enfant, d'une naissance, pour reprendre des évangiles qui nous paraissent parfois bien loin de tout ce temps de Noël, de cette venue de Dieu. Cependant en y réfléchissant, les évangiles, que ce soit celui d'hier, ou que ce soit celui d'aujourd'hui, nous montrent une nouvelle manière de Dieu de se livrer aux hommes, non plus sous la forme d'un petit bébé mais sous la forme d'un adulte. Devant ces deux évangiles, il me semblait que la scène aurait pu se tourner dans un grand magasin, les gens viennent, repartent, s'en vont, reviennent encore, parlent avec d'autres personnes, comme à la recherche du produit miracle. En entrant dans le magasin, on a en tête une liste, des courses très précises, et puis on se laisse aborder par autre chose, par le dernier fromage qui vient d'être mis sur le marché, on vous propose de le goûter. Dans l'évangile, il y a ces gens qui sont près de Jean-Baptiste, qui attendent quelque chose, ou quelqu'un, et puis, une fois qu'ils ont trouvé Jésus par l'intermédiaire de Jean-Baptiste, il y a ce désir de suivre Jésus et de penser d'ailleurs que s'ils le suivent, c'est parce que c'est leur choix personnel et non pas le Christ. Il y a là une sorte d'appréhension activiste de la foi et de la religion, en se disant que c'est nous qui maîtrisons, c'est nous qui cherchons, c'est nous qui désirons, et que le Christ, que Dieu serait comme une sorte de "produit" empaqueté, qui n'attend qu'une chose : être acheté et utilisé.

Aujourd'hui, c'est une variante de l'évangile d'hier, c'est Natanël. Là aussi il s'agit de chercher et de découvrir Dieu tel que nous voulons qu'il soit par rapport aux Ecritures. Natanaël me fait penser d'une certaine manière à Jacob : "Si je pars, si je suis sauf, si telle et telle chose, si tout le contrat est rempli, alors Dieu sera mon Dieu". Natanaël lui, va dire : "Si le Christ remplit telle et telle obligation, alors Il est véritablement le Christ". C'est un petit peu ce rapport difficile que nous pouvons avoir au texte, à la Bible, à l'évangile. On peut toujours se demander si Dieu est Celui qui remplit exactement ce que nous attendons de Lui ? Et pourtant, nous avons une multiplicité de preuves, et les évangiles sont là comme preuves paradoxales, de ce que Dieu n'a pas rempli très exactement les attentes et les désirs des hommes. Oui, il les as remplies ces attentes, mais d'une manière complètement différente Il est venu sur terre comme un petit bébé, et là il va les remplir auprès de Natanaël non pas tant en disant : oui, il faut que je sois né à tel endroit, il faut que je fasse telle et telle chose, mais plutôt remplissant cette attente que le Christ va montrer à travers cette phrase des anges qui montent et qui descendent. L'attente de l'homme est cette espèce de déchirement des cieux, et c'est cela qui compte. Ce n'est peut-être pas tant de regarder si le Christ doit venir de Bethléem, si rien de bon ne peut venir de Galilée ou autres choses, mais plutôt que certains évènements, certaines paroles semblent être encore incompréhensibles pour nous, et vont commencer à s'éclairer à la lumière d'un événement, à une rencontre. C'est ce qui se passe pour les premiers disciples. Ils pensaient acheter un produit tout fait, le Messie, Celui qui doit renverser politiquement, celui qui doit reconstruire le royaume politique d'Israël, ils pensaient que le Messie devait venir de tel ou tel endroit, et le produit "clé en mains" ne va pas se laisser faire, et va travailler au coeur des hommes, à mesure des mois qui vont passer. Ces personnes qui pensaient suivre quelqu'un, le Christ, connaissant les tenants et les aboutissants, de ce que devait être le Christ, vont apprendre à se laisser dépouiller de ce qu'ils pensaient être leurs désirs les plus profonds. Il vont apprendre que ce n'est pas eux qui ont choisi le Christ, mais que c'est Lui qui les as choisis. Là aussi, tel un clin d'œil ces deux scènes, celle d'hier et celle d'aujourd'hui, sont comme en écho de ce qui va se passer au bord du lac de Galilée, quand le Christ ressuscité va revenir. Là il s'agira de le suivre, mais de suivre un Christ qui est mort et qui est ressuscité, il s'agira de le suivre, non pas fort de sa vaillance, et sûr de son bon droit, mais avec ses péchés et ses doutes. Il s'agira comme Natanaël, d'avoir vécu ce combat de Jacob et d'avoir découvert la face de Dieu. Mais découvrir la face de Dieu, dire que nous avons pu lutter contre Dieu se fait à travers une blessure, cette hanche déboîtée de Jacob et que les disciples vont eux aussi éprouver dans leur corps et dans leur coeur.

Frères et sœurs, dans ce temps où Dieu se révèle à nous, cette révélation se fait aussi à travers le combat, à travers le doute, et à travers cette hanche qui nous fera claudiquer jusqu'au jour où nous le verrons face à face.

 

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public