AU FIL DES HOMELIES

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L’ESPRIT DE LIBERTÉ

1 Jn 5, 1-4 ; Jn 3, 1-12

(6 janvier 2006)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous avons là, frères et sœurs, un des textes les plus terribles de la tradition évangélique. Des plus terribles, parce que la plupart du temps, l’histoire du christianisme montre que nous n’avons pas été à la hauteur de cette parole. Que veut dire Jésus lorsqu’il dit à Nicodème : "L’Esprit souffle où il veut, tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va". L’Esprit souffle, bien entendu, et il souffle à travers la liberté et dans la liberté, et dans le cœur des fidèles. Donc, c’est cette puissance de Dieu qui traverse le monde et qui habite l’Église, c’est la puissance de l’Esprit. L’Esprit créateur, l’Esprit de Jésus, l’Esprit de Pentecôte.

Evidemment, l’Esprit souffle où il veut parce que la liberté de Dieu est souveraine. Simplement, il faut accepter deux choses, premièrement, qu’il souffle aux endroits où il veut bien souffler, comme le vent, et deuxièmement, le mystère du vent, c’est comme le dit très bien Jésus, c’est qu’on ne sait pas d’où cela vient. A cette époque-là, on n’avait pas encore des connaissances de météorologie aussi raffinées qu’aujourd’hui, donc, on ne sait pas d’où vient le vent, et on a l’impression que cela ne va nulle part ! D’une certaine manière c’est ce qui est insupportable aux hommes, de ne pas savoir d’où la force qui les meut vient, et où elle va, c’est-à-dire, où elle les emmène. Ce que demande le Christ à Nicodème, c’est ceci : à partir du moment où tu es sous la mouvance de l’Esprit, tu n’es pas maître de la situation, parce que tu es pris par le souffle de quelque chose qui vient de infiniment plus loin que toi, et qui va infiniment au-delà de toi. C’est ce que la tradition de sagesse humaine s’est acharnée à nier. Quand on lit la plupart des philosophes, surtout en Occident sur la liberté, la liberté est toujours conçue d’abord comme une puissance d’initiative personnelle. La liberté, c’est la maîtrise de soi, je fais ce que je veux, quand je veux, comme je veux. Et précisément, avec l’Esprit, cela ne marche pas !

C’est pour cela que nous autres, chrétiens, nous sommes toujours un peu au rouet sur cette question. A la fois, nous ne pouvons pas dédire cette conception de la liberté dans laquelle est engagée la responsabilité dans chacun de ses actes. A partir du moment où la liberté entre sous le régime et sous le souffle de l’Esprit Saint, à ce moment-là, la liberté entre dans un certain régime de dépossession. La grande tentation dans les Églises dans ces cas-là est de dire que le vent qui souffle, cela vient de moi, et ça roule pour moi. C’est à ce moment-là qu’il se passe ces terribles récupérations de l’initiative chrétienne au profit d’une institution qui cadre et contrôle et finalement pèse sur la réalité de la vie et de la liberté de chacun. C’est évidemment une chose assez redoutable et l’on peut dire que dans l’histoire de l’Église, cela s’est souvent produit de cette façon-là.

Je pense qu’en relisant ces jours-ci le message de Jésus à Nicodème, c’est une interrogation fondamentale sur notre liberté. Comment vivons-nous notre liberté ? La vivons-nous comme cette espèce de puissance organisatrice de maîtrise de soi et des autres, la liberté n’y va pas par quatre chemins, et elle peut très vite devenir volonté de puissance, ou bien est-ce que cette liberté c’est de nous laisser inspirer, façonner et soulever par l’Esprit ?

 

 

AMEN

 

 

 
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