AU FIL DES HOMELIES

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LE VENT

1 Jn 5, 1-4 ; Jn 3, 13-21

(6 janvier 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Nicodème (Carennac)

F

rères et sœurs, nous continuons la lecture de l'évangile de Jean et nous assistons en écho à la fête de Noël à toute une série de nativités, toute une série de commencements. Hier, c'était l'appel des disciples, et aujourd'hui, nous assistons début de l'entretien, du dialogue entre Jésus et Nicodème. Dieu a beaucoup d'humour parce que si l'on regarde attentivement le début de l'évangile de Jean, on se rend compte que Jésus est plutôt avare en paroles, il ne parle pas beaucoup. Il ne dit pratiquement rien, même aux disciples, il leur dit seulement : "Venez, suivez-moi". Jésus ne distille sa parole qu'à ceux qui s'opposent à lui. Le premier, c'est Natanaël, quand Natanaël lui dit : "De Nazareth que peut-il sortir de bon?" Jésus part dans un discours magnifique sur ce lien entre le ciel et la terre.

Ici, c'est un peu pareil, à travers cet évangile, Dieu veut nous dire que le meilleur moyen pour dialoguer avec lui, c'est en fait, de s'opposer à lui, mais d'une manière intelligente. Nicodème est un pharisien, mais il ne faut pas trop rapidement opposer Jésus avec les pharisiens. Ils avaient une manière de vivre très ordonnée, et ils suivaient des règles très strictes. Pharisien voulait dire "séparé". Pour vivre avec Dieu, pour vivre les commandements de Dieu, il fallait se séparer de la société à travers toute une série de lois et de choses à faire et à ne pas faire. Mais ils étaient connus pour ne pas avoir leur langue en poche, et ils avaient beaucoup de répartie. Ces réparties assez violentes entre eux ne signifient pas que cela générait de la haine entre eux. Ils avaient envie de parler et ils partaient du principe que les choses n'allaient pas de soi.

Dans ce dialogue entre Nicodème et Jésus, on assiste à la naissance de Nicodème, d'un homme qui a envie de savoir, qui a envie de comprendre. Il vient voir Jésus à la nuit tombée, et il lui pose des questions. A un moment donné, Jésus dit : "Le vent souffle où il veut, tu ne sais ni d'où il vient ni où il va". Aujourd'hui, on peut dire que nous sommes gâtés avec le mistral qui souffle. Aujourd'hui, quand on parle du vent, il y a la météo et notre esprit rationnel cherche à comprendre d'où vient le vent et où il va, et nous sommes capables de prévoir à quelques jours près quand le mistral va arriver et nous savons aussi d'où il arrive et où il va.

Or dans le dialogue entre Jésus et Nicodème, à travers cette métaphore du vent, il nous est dit plusieurs choses. La première, c'est vrai que cela fait partie de l'humanité, nous voulons savoir d'où cela vient, et où cela va et notre esprit du XX ème siècle, rationnel et la société dans laquelle nous vivons cherche à comprendre l'origine des choses et où elles vont. C'est pareil pour Dieu. Notre société passe à la moulinette Dieu, Jésus, les évangiles, l'Esprit Saint, les dogmes, et on essaie toujours de comprendre d'où ils viennent et où ils vont ! C'est là que la résistance naît chez nos contemporains : si l'on considère qu'on n'est pas capable de trouver l'origine et le but de la chose, on met un veto : non, ça je ne le comprends pas, je ne suis pas maître de sa compréhension, de Dieu de Jésus, donc je ne veux rien avoir à faire avec cela.

Mais Dieu aime jouer avec notre résistance. Quand le vent souffle et qu'il souffle sans être arrêté dans une résistance, on ne l'entend pas. Il peut parcourir des kilomètres dans des plaines, sans rencontrer de résistance, mais quand il rencontre un obstacle, on commence à entendre sa musique et son chant. Le chant des arbres, le chant des fleurs, ou même quelquefois le chant du vent qui va s'infiltrer dans le chambranle d'une porte. C'est exactement la même chose pour nous. Nous essayons d'ériger des barrières vis-à-vis de Dieu : je ne veux pas recevoir ce souffle dont je ne connais pas l'origine et dont je ne sais pas où il va. Et tout en nous opposant à Dieu, il y a quelque chose de ce vent qui passe en nous et nous fait réagir.

C'est ce qui se passe avec Nicodème. Par le fait même qu'il va résister d'une manière intelligente et poser des questions, il va renvoyer la balle à Jésus, et Jésus le fera encore plus s'exprimer et lui donner la possibilité de comprendre la raison pour laquelle Jésus, le Fils de Dieu, est venu parmi les hommes. C'est cela l'humour de Dieu, même auprès de nos contemporains, quand ils pensent fermer leur porte à Dieu, il y a toujours un petit interstice entre la porte et le chambranle et ce petit vent souffle et s'infiltre. Parfois, cela peut être pour des questions difficiles, de la mort d'un être cher devant laquelle on se retrouve désemparé, de la souffrance ou la maladie de quelqu'un. Cela peut être aussi pour des moments heureux, vous les jeunes du Sacré Cœur, vous êtes là parce que vous préparez à recevoir le sacrement de confirmation, c'est un moment heureux. Mais, vous êtes aussi comme Nicodème, invités non pas à fermer la porte, mais à profiter de ce temps de réflexion qui vous est donné cette année, de ces temps de prière et de rencontres pour faire résonner ce vent dont vous ne savez pas d'où il vient ni où il va vous emmener. Et en même temps, vous pouvez proposer à Dieu des questions qui vous sont personnelles.

Que cet évangile soit pour nous l'occasion de laisser résonner ce vent, nous ne connaissons pas toujours son origine, nous ne savons pas où il va nous emmener, et pourtant, Jésus avec Nicodème laisse résonner une espérance en lui proposant de se laisser emmener par le vent de l'Esprit Saint.

 

AMEN

 

 

 

 

 
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