AU FIL DES HOMELIES

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LA MORT, MYSTÈRE DES NOCES

1 Jn 5, 5-12 ; Jn 3, 13-21

(7 janvier 2012)

Obsèques d'Hippolyte Mouren

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La lumière brillera

F

rères et sœurs, tous les membres de la famille d'Hippolyte, je vous disais au début de cette célébration que la mort est une épiphanie, une manifestation. C'est évidemment une manifestation pour nous d'abord, parce que c'est le moment où nous découvrons face à face le visage de Dieu, mais c'est une épiphanie au sens où cette lumière que Dieu pose sur nous manifeste notre visage d'éternité. C'est là ce qui est le plus beau et le plus bouleversant dans le mystère de la mort, c'est que nous ne voyons que la face de la terre, ce combat, cet arrachement de la personne qui nous quitte, et comme Hippolyte, cela a été après de longs mois de souffrance et petit à petit de poids de la maladie sur lui, même si au dernier moment il a eu comme une sorte de lumière sur son visage lors de la réception du sacrement des malades. Nous ne voyons en fait que la face la plus obscure de la mort celle qui nous arrache à celui qui nous quitte. Mais l'autre face, celle qui pour nous les croyants est essentielle et fondamentale, c'est précisément ce moment où la lumière de Dieu vient envahir l'être même de celui qui entre dans la Pâque du Christ.

Or, les deux textes que nous venons d'entendre nous situent très exactement le sens de cette manifestation. Il y a deux aspects : pour tout homme, quelle qu'ait été sa vie, il y a la manifestation de notre cœur de pécheur. Tous, c'est ce que saint Paul nous apprend, nous sommes sous le poids du péché. Saint Jean dans son épître qu'on a lu tous ces temps-ci durant le temps de Noël, saint Jean termine par ce mystère du péché qui même s'il ne conduit pas à la mort, comme il le dit, ce péché est constamment à l'œuvre dans notre cœur. Même les plus grands saints savent à quel point leur chemin est fragile et menacé, et être sans péché, c'est le privilège de la vierge Marie et de Jésus, mais pour les autres, je crois que nous sommes tous logés à la même enseigne.

Cette épiphanie du Christ dans le mystère de notre apparition devant lui, cette épiphanie de la lumière du Christ dévoile en nous le péché. Mais là où pour nous, notre regard humain le péché est sans cesse synonyme de remords, nous ne l'acceptons pas, nous voudrions n'avoir pas cédé, celle lumière-là qui met en évidence notre être de pécheur, elle nous dit, en même temps qu'elle nous dit le profil de notre faiblesse et de notre fragilité, elle nous dit que nous sommes pardonnés. Je me souviens de ce mot du grand écrivain Julien Green à qui un jour Bernard Pivot demandait : "qu'est-ce que vous voudriez que Dieu vous dise quand vous arriverez là-haut ?" il a répondu avec un visage absolument lumineux : "j'espère qu'il me dira : je suis le grand pardonneur". Je pense qu'Hippolyte n'a peut-être pas pensé à la phrase de Julien Green, mais il a lui aussi rencontré le grand pardonneur, comme chacun d'entre nous le rencontrera. C'est celui qui nous dit : dans ta fragilité, dans ton chemin difficile, dans les passages où ton cœur n'était peut-être pas tout à fait près de moi, moi, j'étais là, je ne t'avais pas quitté. Comme le dit encore saint Augustin : quand on est dans l'obscurité on est loin de Dieu, mais Dieu reste proche de nous. C'est une première chose.

Le deuxième visage est encore plus mystérieux et plus beau, c'est qu'après s'être manifesté lui, comme le grand pardonneur et nous par conséquent comme les grands pardonnés, Dieu nous manifeste que nous sommes faits pour des noces. La création tout entière est faite pour être épousée. C'est tout le mystère des noces de Cana. Ce n'est pas simplement un petit épisode d'un miracle que Jésus aurait fait et judicieusement choisi pour attirer l'attention au début de sa vie publique. Non, les noces de Cana, c'est vraiment le moment où le Christ dit : de même que je suis venu épouser votre condition humaine, maintenant, toi qui rentres en ma présence, tu es épousé pour être divinisé, pour épouser définitivement la condition de fils de Dieu, telle que nous te l'avons préparée. C'est cela le vin nouveau, c'est toute la joie de Cana, c'est cela le vin encore meilleur que celui de la vie ici-bas. C'est vrai que déjà le vin de la vie est quelque chose de très beau, il y a aussi des moments de bonheur et de joie, c'est aussi la joie de donner, d'aimer et de partager, mais il y a un moment où c'est Dieu lui-même qui nous procure ce vin-là : la joie divine d'aimer, la joie divine d'être aimé, la joie divine de rencontrer son Seigneur et d'être épousé par lui.

Frères et sœurs, au moment où nous entrons dans ce mystère de l'Épiphanie et où nous accompagnons notre frère Hippolyte dans son passage, dans sa Pâque, que nous essayions de faire face au mystère de toute mort, non pas seulement sur le mode de la crainte et de peur, mais aussi avec ce visage de gloire de l'Épiphanie. C'est la vocation de chacun d'entre nous de rencontrer le grand pardonneur et l'époux plein de tendresse et d'amour qui vient épouser chaque cœur humain jusque dans sa détresse et dans sa mort.

Qu'aujourd'hui, en offrant ce pain et ce vin en priant pour Hippolyte, que s'accomplisse la Pâque d'Hippolyte, la Pâque de tous ceux qui nous sont chers, notre propre Pâque un jour et la Pâque du monde dans le cœur de Dieu pour l'éternité.

 

AMEN

 

 

 
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