AU FIL DES HOMELIES

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LES APPELS PERSONNALISÉS

1 Jn 3, 18-24 ; Jn 1, 35-42

(4 janvier 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, dans l’évangile de Jean, aussitôt après ce grand prologue où Jean nous proclame que "au commencement le Verbe était auprès de Dieu", et qu’à la fin des temps, "le Verbe s’est fait chair", aussitôt après ce Prologue que nous avons lu le jour de Noël, parce qu’il est comme le résumé, la condensation de tout le mystère de Jésus, aussitôt après, Jean l’évangéliste passe au témoignage de Jean le Baptiste. Nous avons entendu déjà hier, ce témoignage : "Voici l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde". Aujourd’hui, nous lisons la suite de ce texte : à nouveau Jean proclame, voici l’Agneau de Dieu. Et deux de ses disciples, André et un autre disciple qui n’est pas nommé et que la Tradition a identifié à Jean l’évangéliste lui-même, deux disciples suivent Jésus, c’est ce que nous venons d’entendre. Le lendemain, André va annoncer à son frère Pierre : "Nous avons trouvé le Messie" et il le conduit à Jésus. Demain, nous entendrons Jésus appeler Philippe, puis Natanaël. C’est dire que immédiatement dans le mouvement de l’Incarnation de Jésus, l’évangéliste voit l’appel des disciples, la première fondation de l’Église qui est ainsi comme la conséquence immédiate de cette venue de Jésus dans le monde, même s’il y a eu trente années de vie cachée entre ces deux épisodes.

L’appel des disciples par Jésus, tel que nous le rapporte Jean dans ces textes que nous lisons hier, aujourd’hui et demain, se passe de manière assez différente selon les disciples. Il y a une manière impérieuse de la part de Jésus d’appeler certains. Quand Il croise Philippe, Il lui dit ces seuls mots : "Viens, suis-moi !" Et Philippe laisse tout pour le suivre. De la même manière, avec Pierre, Jésus avec autorité change son nom : "Tu t’appelais Simon, désormais, tu t’appelleras Céphas, c’est-à-dire Pierre". Manière de prendre en quelque sorte du destin, de la personnalité profonde de Pierre révélé par son nom, il sera la pierre choisie, sur laquelle Jésus nous dira plus tard qu’Il va fonder son Église.

Avec d’autres, et nous le verrons demain avec Natanaël, Jésus s’y prendra d’une manière assez différente, car Natanaël n’est pas si disposé à reconnaître en Jésus le Messie. Il dira : "Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ?" Jésus sera obligé de pénétrer dans le cœur de Natanaël en lui révélant qu’il l’a vu dans un épisode secret de la vie de Natanaël, que nous ne saurons jamais, il était sous le figuier, et Natanaël, bouleversé par cette vision si pénétrante du regard de Jésus rend les armes : "Tu es le Christ".

Avec André et le disciple non nommé qui est sans doute Jean l’évangéliste, les choses se passent d’une manière assez différente et je vais m’y arrêter quelques instants. C’est Jean-Baptiste d’une certaine manière qui prend l’initiative en désignant Jésus qui passe, comme l’Agneau de Dieu, la réalisation de toutes ces figures de l’Ancien Testament, l’agneau pascal offert en sacrifice pour délivrer Israël de la servitude, et puis, toutes ces prophéties d’Isaïe, de Jérémie, où le Messie est comparé à un agneau innocent, muet, conduit à la boucherie. Toutes ces prophéties de l’Ancien Testament qui annoncent une souffrance, un sacrifice du Messie, Jean le Baptiste, proclame qu’elles se réalisent en cette personne qui passe devant lui, Jésus : "Voici l’Agneau de Dieu". Et sur cette initiative de Jean-Baptiste, les disciples qui suivaient celui-ci dans sa prédication prophétique, vont le quitter. Ils ont compris que celui qui vient après Jean-Baptiste et qui est plus grand que lui, comme il l’avait annoncé, est présent, et que désormais ils peuvent le suivre lui-même.

Les disciples se mettent donc à suivre Jésus. Et Jésus de nouveau, va prendre l’initiative. Après Jean-Baptiste, c’est Jésus qui va préparer cette rencontre main non point d’une manière impérieuse, comme il le fera avec Pierre ou encore avec Philippe, mais d’une manière beaucoup plus intérieure et amicale : "Que cherchez-vous ?" Vous me suivez, mais pourquoi ? Les disciples comprenant qu’à travers les paroles de Jean-Baptiste, celles de Jésus maintenant, c’est à une rencontre intérieure, profonde, lui demandent : "Où habites-tu ? Où demeures-tu ?" Où est ta demeure ? Où as-tu fait ton habitation parmi nous ? Jésus leur dit simplement : "Venez et voyez !" Et c’est tout. Il sont venus, ils ont vu, ils sont restés avec lui toute cette soirée. Qu’ont-ils dit ? Nous ne le saurons jamais. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont découvert la demeure, l’intimité profonde, Il les a introduits dans on amitié, dans sa tendresse, et à partir de là, ils sont devenus ses disciples, bientôt ses apôtres, ils ont tout quitté pour lui.

Vous le voyez, chacun est appelé par le Christ d’une manière différente, chacun selon son tempérament, selon les événements de sa vie, selon son charisme propre. Chez certains, l’appel de Dieu se manifeste d’une façon précise et impérieuse, chez d’autres, Dieu doit lutter contre le doute qui habite notre cœur, comme ce sera avec Natanaël. Chez d’autres, Jésus va se révéler par l’intimité du cœur, par la proximité de son amitié, par l’introduction dans sa vie intérieure.

Frères et sœurs, cet appel des disciples ne leur appartient pas en propre, nous sommes tous appelés, chacun d’entre nous, chacun selon une manière propre unique, et irremplaçable. Sachons entendre cet appel du Christ, au fond de notre cœur, au fond de notre vie, et sachons nous laisser prendre par cet appel pour lui répondre.

 

 

AMEN

 

 
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