AU FIL DES HOMELIES

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PAR MARIE, LE CREATEUR ENTRE DANS SA CREATION

Nb 6, 22-27 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 15-21
Solennité de Sainte Marie Mère de Dieu – année C – 1er janvier 2019
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, c’est une excellente initiative de la part de l’Eglise que de conclure l’octave de Noël– ça coïncide avec l’année civile mais c’est en réalité à cause de la fin des huit jours de la fête de Noël–par une fête en l’honneur de Marie, plus spécialement dans le mystère de sa maternité. Cela veut dire en réalité qu’il s’agit là d’une dimension essentielle et fondamentale de notre foi à condition toutefois de ne pas se méprendre sur le sens de cette fête.

En effet, on peut dire que dans un certain courant catholique, la piété mariale est devenue majoritairement affective. On a tellement peur de s’adresser à Jésus parce qu’on n’est pas certain qu’Il nous écoute, Il a d’autres chiens à fouetter et Il a beaucoup d’autres soucis ; donc si on s’adresse à maman ça ira mieux. Et c’est comme ça qu’évidement à certains moments on a l’impression que la Vierge Marie est un peu une sorte d’intercesseur plus commode, plus amadouable, plus sympathique et plus compatissant que le Christ Lui-même. Cela dit, on ne se rend pas compte que l’on fait une véritable injure à Dieu puisque la seule source de tout amour, de tout salut et de toute miséricorde est bien évidemment le cœur de Dieu manifesté en son Fils. Si Marie peut manifester pour nous de la miséricorde et de l’amour, ça ne lui vient que de Dieu, là-dessus on ne peut pas discuter, on ne peut pas mégoter. Ce n’est pas restreindre l’amour et la tendresse maternelle de la Vierge Marie que de dire et de reconnaître, de confesser, que tout ce qu’elle peut apporter à chacun d’entre nous dans son accompagnement de notre vie, que tout cela ne vient que de Dieu, et d’ailleurs c’est pour cela que nous la fêtons tant. Tout ce qui fait sa gloire, comme on dit, c’est-à-dire tout le poids de sa personne et de son existence, ne vient que du fait qu’elle a été Mère de Dieu.Or pour être Mère de Dieu, c’est Dieu Lui-même qui l’a décidé. Il ne faut donc pas se tromper d’adresse.

Mais alors pourquoi la Vierge Marie a-t-elle tant de poids dans la Tradition, dans la foi et la prière chrétienne ? C’est pour une raison à laquelle nous ne pensons plus beaucoup. Et c’est hélas très dommage. En effet, quand les Pères de l’Eglise, les plus grands comme saint Cyrille qui a défendu la maternité virginale à Ephèse, tous ces gens-là, j’aime autant vous dire que ce n’était pas des dévots. Ils proclamaient la Vierge Marie Mère de Dieu, mais que voulaient-ils dire ?Ils voulaient répondre à la question suivante, qui est au cœur de la foi chrétienne, et uniquement au cœur de la foi chrétienne : c’est que Dieu est entré dans le monde, le Créateur s’est fait créature, or c’est pratiquement impensable. Il est impensable que Dieu, qui est le Créateur, qui est le Tout-Puissant puisse se faire, Lui l’infini, qu’Il puisse se faire un enfant d’homme. Et donc le mystère est celui de l’entrée de Dieu Créateur dans sa création.C’est cela que l’on fête.

Or, pourquoi fêtons-nous Marie ? C’est parce qu’elle est la seule personne créée, j’inclus les anges, par qui Dieu a fait son entrée dans le monde.

Voilà le problème. Les Pères de l’Eglise, les traditions les plus anciennes, se sont véritablement fixés sur ce mystère, Dieu a voulu entrer dans sa création, mais Il n’y est pas entré tout seul indépendamment de tout. Il a voulu entrer dans le monde par une créature, par une femme. Et donc, la position absolument privilégiée de Marie dans la foi chrétienne, c’est le fait que c’est le seul être créé par qui Dieu est entré dans sa création.

Aujourd’hui,cela nous paraît évident, Marie a dit oui, fiat etc.mais en réalité pour les Anciens, et ça devrait l’être encore pour nous aujourd’hui, le grand mystère de Marieest de savoir pourquoi Dieu, quand il a voulu se faire homme, humain,créature, a voulu passer par une créature. Et c’est ce que l’on appelle le privilège de la Vierge Marie. Aujourd’hui, nous fêtons à travers Marie la possibilité que Dieu veuille entrer dans ce monde, dans le monde créé, se faire créature Lui-même par quelqu’un de ce monde, la Vierge Marie. Et comme je vous le disais, ce n’est pas arrivé aux anges, ce n’est arrivé à personne. C’est elle, et elleseule, qui a été Mère de Dieu – et nous avons cette très belle expression poétique, mais qui veut bien dire ce qu’elle veut dire–, elle estla « Porte du ciel ».Pas simplement la porte pour entrer au ciel, c’est ce que nous pensons spontanément, mais la porte pour venir du ciel sur la terre. Elle est la porte par laquelle Dieu est entré dans ce monde. N’essayons pas de savoir comment ça se fait, aucune d’entre vous n’est appelée à être Mère de Dieu, mais c’est le fond même du problème : c’est que les Anciens, nos Pères dans la foi, étaient absolument stupéfaits que Dieu qui peut tout, qui arrive "tout équipé",voulant passer par la plénitude de l’humanité,dans tout son itinéraire de la naissance jusqu’à la mort, ait voulu entrer par la naissance dans le sein d’une femme. C’est donc ce réalisme-là de l’incarnation de Dieu qui fait que Marie est au cœur même de notre confession de foi.

Frères et sœurs, c’est très important pour nous car c’est ce qui a permis de comprendre ensuite que l’Eglise, c’est-à-dire nous les humains, nous puissions à notre manière être aussi les portes d’entréede Dieu dans le monde, d’abord dans notre propre vie, dans notre propre monde, mais dans le monde tout court.S’il y a un tel parallélisme entre Marie et l’Eglise ce n’est pas simplement pour faire joli, ce n’est pas de la poésie :à partir du moment où Dieu a pu entrer dans le monde à travers Marie dans sa chair, dans sa constitution de femme, Il peut aussi entrer dans ce monde à travers l’Eglise et à travers chacun d’entre nous en tant que baptisés. Nous devenons nous aussi, d’une certaine manière beaucoup plus modeste, car Dieu ne rentre pas personnellement en nous,Il ne passe pas par nous personnellement, Il nous fait entrer par la grâce de l’Esprit, mais c’est quand même la même question et c’est pour cela que là aussi nous devrions avoir un sens de l’Eglise beaucoup plus grand et beaucoup plus large que simplement une sorte de système "hiérarchico-disciplinaire" dans lequel il faut se plier à toutes les injonctions de la hiérarchie.

En fait, qu’est-ce que l’Eglise ? C’est la porte d’entrée de Dieu dans notre propre vie et notre porte d’entrée dans lavie de Dieu. Frères et sœurs, aujourd’hui, si on a une compréhension du mystère de Marie à la bonne place, c’est beaucoup plus qu’une sorte de compensation affective féminine dont on aurait besoin parce que là-haut tous les troisseraient des hommes.C’est vraiment le mystère même de l’entrée de Dieu dans le monde et c’est pour ça que c’est à travers la féminité que ça s’est accompli ; car la féminité de Marie accueille le fait que Dieu veuilledans cette créature humaine – la femme capable d’accueillir la vie –établir la vie de Dieu, la vie en personne.

Frères et sœurs, c’est pour cela que d’une certaine manière ça cadre si bien avec le Nouvel An, car le Nouvel An est le temps qui s’ouvre à une nouvelle dimension, celle de l’avenir.Si aujourd’hui nous sommes là,c’est pour demander à Dieu de devenir, tous et chacun à notre place dans le mystère de l’Eglise,les lieux de manifestation et d’entrée de la plénitude de la vie de Dieu, à la fois dans notre propre existence et dans la vie des autres. Alors, nous avons des moyens très limités, ce n’est pas la peine de gonfler les plumes, mais vraiment, la totalité même du mystère de Dieu est capable d’entrer dans ce monde.Demandonsdonc au Seigneur, à travers l’intercession de la Vierge Marie, de pouvoir de mieux en mieux comprendre ce mystère et cette donnée fondamentale de la vie de l’Eglise et de la vie humaine tout court.

 
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