AU FIL DES HOMELIES

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 L'ANNÉE DU CŒUR

Nb 6, 22-27 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 15-21

(1er janvier 1997)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Orbais : Saint Paul

A

vant que le premier janvier soit le début de l'année civile, l'Église a aimé honorer Marie et a célébré, dans l'octave de la Nativité, la maternité de la Vierge Marie parce que Marie est en filigrane de tout le merveilleux récit que saint Luc nous fait découvrir de la venue de Dieu parmi nous. De la Conception à la Naissance, jusqu'à la Circoncision et la Présentation au Temple, Marie est là, présente à son Fils parce qu'elle le reçoit au plus profond d'elle-même, présente à son Fils parce qu'elle le donne aux hommes, présente à son Fils parce qu'elle ne le garde pas pour elle, mais elle en fait le centre de sa vie.

Je voudrais simplement retenir avec vous, aujourd'hui, deux phrases qui me semblent importantes, c'est-à-dire celle qui est dite par saint Paul, apôtre, dans l'épître aux Galates comme celle qui est dite aussi dans l'Évangile de Luc et qui concernent, pour les deux, le cœur. Saint Paul nous dit que la preuve que nous sommes fils, c'est que : "envoyé par Dieu, l'Esprit de son Fils est dans nos cœurs. Et Il crie vers le Père en l'appelant Abba". Et l'évangile de Luc précise que "Marie cependant retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur".

Dans la Bible, contrairement peut-être à notre conception, le cœur n'est pas simplement le lieu de l'affectivité ou du sentiment. Mais, pour l'homme de la Bible, le cœur c'est le lieu où tout se rassemble, c'est le lieu aussi bien des souvenirs que de la pensée, c'est aussi le lieu des projets et des désirs. C'est ce qui fait que l'homme a une personnalité, est quelqu'un d'individuel, qu'il a une relation propre, qu'il est profondément humain parce que l'homme de la Bible ne veut pas s'arrêter à l'extérieur, mais comme Dieu le dit Lui-même : il ne regarde pas à la surface, mais il regarde à l'intérieur du cœur.

Ainsi le Seigneur Lui-même, dans la Bible, nous est montré comme Celui qui sonde les reins et les cœurs, Celui qui connaît au plus intime, au plus profond de l'être, chacun d'entre nous. Le cœur, c'est le siège de la relation avec Dieu, c'est ce qui doit tisser peu à peu la vie entre l'homme et Dieu. Et c'est pourquoi si Dieu regarde au cœur et non aux apparences, c'est parce qu'Il veut que l'homme se retrouve au plus profond de cette intimité et de cette relation. C'est pourquoi Dieu n'aime pas ceux qui honorent des lèvres et qui Le méprisent dans son cœur. Il veut que ce cœur soit la capacité pour Lui d'être reçu. C'est pourquoi, dans la Bible, Il promet à ceux qui ont le cœur endurci de leur mettre à la place d'un cœur de pierre un cœur de chair. Il promet à l'homme, en même temps que l'esprit nouveau, ce cœur nouveau afin que dans l'homme se réalise pleinement la Loi, c'est-à-dire cette parole que Dieu confie à l'homme pour qu'il soit recréé et pour qu'il soit un être nouveau, qu'ainsi l'homme puisse méditer à l'intérieur de son cœur, qu'il puisse garder au plus profond de lui-même le don même de Dieu et qu'ainsi le cœur soit vraiment cette possibilité pour l'homme d'aimer de tout son être, de toute son âme et de tout son cœur le Seigneur qui vient.

Le cœur est donc dans la Bible le lieu par excellence où l'homme se réalise pleinement, où l'homme se dit, où l'homme se vit, où l'homme est recréé par Dieu. Et c'est pourquoi saint Paul comme la Vierge Marie, dans le Nouveau Testament, nous indiquent le centre même de notre vie et récapitulent ainsi pour nous ce que doit être la relation entre l'homme et Dieu.

Dieu ne peut pas se contenter à notre égard d'une relation de surface. Et, nous, nous ne pouvons être chrétiens que si justement la Parole de Dieu atteint jusqu'au plus profond de nous-mêmes. Il nous est demandé dans la foi de ne pas nous disperser, de ne pas être à l'extérieur de nous-mêmes. Si nous nous arrêtons à la superficialité ou à la surface des évènements, si nous ne donnons pas aux événements que nous vivons une maturation, une relecture dans notre propre histoire comme dans l'histoire du monde, si nous n'avons pas les yeux de notre cœur ouverts sur la profondeur des choses qui passent, sur la relation que les évènements tissent entre eux, si nous n'arrivons pas à percevoir et à regarder, au-delà des modes et des idées passagères, ce qui est le profond même du cœur de l'homme, alors nous passons à côté du sens même que Dieu donne aux réalités, des évènements mêmes que Dieu veut tisser à l'intérieur de la vie d'un homme, de ce que Dieu veut réaliser au plus profond du cœur de chacun d'entre nous. Et Marie est bien par excellence le signe de ce qui doit se réaliser en nous. Marie a accueilli Dieu dans la profondeur de sa chair et il ne pourrait pas y avoir de Fils de Dieu, vrai homme et vrai Dieu, s'il n'y avait pas eu véritablement une Mère de Dieu qui a voulu accueillir dans la profondeur de sa chair la divinité. Mais elle ne s'est pas contentée d'être simplement mère biologique et maternelle, mais elle a été mère profondément et, comme le dit saint Luc, parce qu'elle a su comprendre ce qui se faisait en elle, au plus profond de son cœur. C'est pourquoi elle médite et garde tous ses souvenirs dans son cœur.

Nous, nous ne devons pas nous contenter du temps qui passe d'un événement à l'autre, d'une année qui s'évanouit pour laisser place à une autre. Mais nous devons garder dans notre cœur tout ce qui a pu le marquer au long de notre histoire, même si ce que nous avons pu vivre est parfois douloureux, est parfois lourd, est parfois difficile à porter. Mais Dieu connaît plus profondément que nous-mêmes le secret des événements qui nous arrivent. Et il nous demande justement d'être atteints au plus profond de nous-mêmes pour comprendre comment le salut en nous se réalise, comment nous sommes vraiment fils de Dieu à l'image du Fils qui Lui-même a pu connaître la vie des hommes jusqu'à la Passion et à la mort et qui a révélé au plus profond de Lui-même de quel amour Il nous aimait. Et c'est pourquoi saint Jean nous présentera un Fils de Dieu dont le côté est transpercé, c'est le côté du cœur, là où comme saint Luc l'a dit à la Vierge Marie : "un glaive transpercera ton cœur et les pensées d'un grand nombre seront révélées".

C'est parfois dans ces difficultés, c'est parfois dans ces souffrances, dans ces évènements lourds de conséquences que nous pouvons peut-être connaître au plus profond de nous-mêmes combien Dieu nous touche, combien Dieu se révèle et se manifeste. Dieu ne veut pas s'arrêter à la surface de nos vies, nous ne pouvons pas cantonner notre foi simplement à un culte où nous honorerions Dieu des lèvres. Mais nous devons avoir un cœur à cœur profond avec Dieu. Et c'est ce que nous offre le mystère de Noël comme le mystère de cette eucharistie. Que la pensée de notre cœur soit celle d'être heureux avec Dieu, rempli de son bonheur et de sa vie. Que cette vie soit marquée par la Passion peut-être, mais surtout par sa Résurrection qui déjà se profile comme les vœux que Dieu nous adresse, pour chacun d'entre nous.

 

AMEN

 

 

 
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