AU FIL DES HOMELIES

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DEUX VOLETS D'UNE MÊME FÊTE

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année C (1er janvier 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Prieuré Saint Léonard
Circoncision 
Pour ceux qui ont eu la chance ou le courage de venir hier soir aux vigiles et qui sont encore là ce matin, je voudrais attirer votre attention sur les deux volets qui constituent la fête d'aujourd'hui, du premier janvier, de Marie, Mère de Dieu.

C'est vrai que l'on parle souvent de la Vierge Marie, mère de Dieu, et l'on oublie de parler de l'autre volet de cette fête qui est la circoncision du Christ. A l'occasion du texte d'hier soir aux vigiles et concernant Abraham, je voudrais vous rappeler deux petites choses par rapport à cette fête pour en tirer une conclusion face à l'année qui s'ouvre devant nous, pour notre vie spirituelle.

Ce que nous fêtons, c'est la fête de la chair. D'une part, la chair de l'homme qui est blessée par la circoncision, et d'autre part la chair de la féminité qui est la fécondité et l'événement d'un nouvel être dans la personne d'un petit enfant. La circoncision est cette marque particulière qui montre à l'homme une blessure profonde dans sa vie. Il est vrai que nos frères juifs ne sont pas toujours d'accord sur cette interprétation, sur le péché originel, mais d'une certaine manière, la circoncision indique le péché originel, non pas par rapport à l'acte sexuel, mais sur quelque chose de bien plus important, c'est que nous sommes en dépendance vis-à-vis de Dieu. Ce n'est pas tant une question de sexualité, avec le côté mauvais de la sexualité, que de pointer la faiblesse dans notre chair et dans notre vie et du fait que nous dépendons de Dieu. C'est cela le péché originel, et c'est cela la marque de la circoncision. C'est la raison pour laquelle Abraham quand il a foi en Dieu, justement accepte de dépendre de Dieu, accepte de reconnaître sa faiblesse, son état de pécheur, mais aussi que Dieu est là, et que c'est Lui qui le sauve. Par conséquent la circoncision devient la marque de cette appartenance à Dieu et de notre faiblesse.

Si la circoncision dans la chair est la marque d'une non-plénitude dans notre faiblesse humaine, la fécondité de la femme, à l'inverse et celle qui nous ouvre tous les possibles. La fécondité de la femme, c'est de découvrir cette chair qui est la sienne, se détache au fur et à mesure et devient un petit être tout à fait autonome, qui va acquérir sa propre liberté et qui va vivre sa vie. Par conséquent, la chair de la femme marquée par sa fécondité nous indique que nous portons en nous quelque chose de plus grand que nous, qui nous dépasse et que nous ne pouvons pas contrôler. D'une part cette faiblesse et d'autre part en même temps, cet appel à un avènement plus grand que ce que nous sommes.

Je crois que ce sentiment un peu confus nous habite souvent à la fin de toutes les années, avant le premier janvier. A la fois les flonflons, la musique, les petites cabanes sur le Cours Mirabeau, ou avec le vin chaud, ne doivent pas nous tromper. La fin de l'année pour beaucoup d'entre nous est toujours très difficile. Je ne parle pas nécessairement de problèmes matériels, de problèmes d'argent, mais je parle de cette expérience profonde de fin d'année dont quelquefois tous, à des niveaux différents, de nous sentir perdus et abîmés, de nous sentir faibles. Nous tirons comme conclusion en fin d'année, que non seulement nous n'avons pas su tenir nos engagements, ce qui n'est peut-être pas le plus important de savoir si j'ai arrêté de fumer, de boire ou d'avoir perdu du poids, mais de faire une expérience de solitude profonde au milieu de ce monde, comme si en définitive ce surplus de fête n'était pas là dans notre monde pour cacher la grande solitude au cœur de la ville et au cœur du monde. C'est plutôt du côté de la circoncision cette expérience de la faiblesse, que nous ne pouvons pas nous en sortir tout seul, que nous avons parfois la tête sous l'eau et que nous essayons d'appeler au secours. Nous pouvons avoir l'impression de ne pas être dans la normalité, de mal vivre ces fêtes de fin d'année au milieu de ce monde qui veut nous faire croire que tout va bien et que nous avons à nous réjouir et à faire la fête.

D'une certaine manière cette fête de Noël et puis cette fête de la maternité divine qui est donnée à la Vierge Marie, est cet autre volet : la fécondité. Au milieu de toute cette faiblesse, de cet appel au secours, nous vivons comme confusément l'impression que nous portons tous en notre cœur, en notre vie quelque chose qui vaut la peine d'être vécu, quelque chose qui nous appelle vers un avenir, vers Dieu qui est là et qui nous dit : "Je t'appelle à quelque chose de plus grand que toi".

Frères et sœurs, si véritablement et fondamentalement, malgré la confusion, nous croyons que si Dieu s'est fait chair, c'est pour que dans notre chair nous puissions porter la divinité, tournons-nous vers le Seigneur et rendons-lui grâce lui qui permet à notre chair d'être porteuse de cette divinité, de cet avenir, de ce projet de l'humanité de fils et filles de Dieu. Que tous ces vœux que nous allons nous échanger au cours de ce mois de janvier, soient pour nous l'occasion de nous rappeler que nous sommes tous filles et fils de Dieu, et que nous portons cette maternité divine.

 

AMEN

 

 

 

 
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